2026-04-14
La déception "Honey Don't" : Ethan Coen passe encore à côté
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Honey Don’t ! est la nouvelle réalisation d’Ethan Coen, qui revient en solo après Drive-Away Dolls (2023). Pensé comme le deuxième volet d’un triptyque thématique, le film met à nouveau en scène Margaret Qualley, dans une comédie noire, queer, déjantée. Elle incarne une détective privée qui enquête sur le meurtre d’une femme, qui aurait des liens avec une secte, dont le gourou est incarné par Chris Evans. Si le résumé de Honey Don’t ! offre un terrain de jeu propice au style d’Ethan Coen, cette comédie noire et satirique se perd en chemin et s’embourbe dans un gloubiboulga narratif incompréhensible.
Catastrophe industrielle
Que s’est-il passé avec Honey Don’t ! ? Pour sa deuxième réalisation solo, Ethan Coen ne rectifie pas le tir de la première, déjà sacrément imparfaite. Le film propose un postulat potentiellement savoureux, parfaitement dans le style du cinéaste, mais ce dernier n’en tire jamais son plein potentiel. Présenté au Festival de Cannes l’année dernière en Séance de Minuit, le film sort un an plus tard, le 22 avril 2026… en VOD. Pas de sortie cinéma donc, et même pas une place sur une plateforme SVOD… Le coup est rude. On parle tout de même d’un des frères Coen, derrière les scénarios de The Big Lebowski (1998) et Fargo (1996), et co-réalisateur sur l'incroyable No Country for Old Men (2007) ! Alors pourquoi cette sortie en catimini ? Honey Don’t ! a d'abord eu des retours catastrophiques sur la croisette et a ensuite été un four au box-office domestique avec seulement 3 millions de dollars récoltés (!). Forcément, tout le monde s’est montré frileux quant à une distribution en France, d’autant plus lorsqu’on regarde le score de Drive-Away Dolls dans l’Hexagone (après une plantade outre-Atlantique) avec seulement 36000 entrées ! Aïe ! Au moment de lancer Honey Don’t ! sur notre télévision, le scepticisme était dès lors de mise.
Disons-le d’entrée de jeu : si Honey Don’t ! est une catastrophe industrielle et n’est pas un film réussi… on est loin de la catastrophe artistique annoncée. On ne passe pas un mauvais moment à voir Margaret Qualley essayer de se dépatouiller du marasme scénaristique conçu par le duo Ethan Coen / Tricia Cooke. Honey O'Donahue, une détective privée d'une petite ville, enquête sur une série de morts étranges liées à une église mystérieuse. Un synopsis d’une ligne, témoin de l’incapacité du film à se décrire. On sourit devant les performances de Chris Evans, en gourou addict au sexe, et d’Aubrey Plaza, la flic lesbienne mystérieuse, même si on se demande s’ils jouent dans le même film. Si une identité se dégage de l’ensemble, l’intention de départ, entre relation queer, comédie noire, enquête policière, finit par perdre le spectateur, plus qu’à le captiver.
© Focus Features
Cherche cohérence scénaristique désespérément
Le mélange de genre ne fonctionne pas. Le scénario ne cesse de dérailler et s’éparpille en mille morceaux tout du long. On ne comprend plus ce que le réalisateur veut véritablement nous raconter. On est aussi perdu que les comédiens, en mal de direction. Certains personnages apparaissent dix minutes, puis disparaissent à tout jamais. Pourquoi ? Quel est le propos du film ? Que veut réellement nous dire le duo Coen / Cooke ? Quel est leur point de vue ? Honey Don’t ! ne tranche jamais (on devine le joyeux bazar en salle de montage). Le spectateur est lui aussi complètement étouffé devant tant de lignes narratives, et perd tout intérêt à les suivre. L’adhésion initiale s’effrite au fur et à mesure de l’avancée du film. A cela s'ajoute une terrible absence de rythme. L’ensemble ronronne et ne décolle jamais. Où est passé le sens du tempo cher aux frères Coen ?
Et pourtant, difficile de détester Honey Don’t !. Une atmosphère se dégage de ce lieu, Bakersfield, en Californie, pas tout à fait dans l’air du temps. Le côté rétro détonne et s’applique parfaitement à Margaret Qualley, dans de jolies tenues old school. La photographie et ses couleurs chaudes agrippent la rétine, certaines scènes marquent par leur violence décomplexée et absurde (la scène dans la maison de campagne avec ce vrai faux suspense dans les draps est bien trouvée), la mise en scène est efficace (sans être impactante). Mais une fois le générique fini, on se demande : tout ça pour ça ?
On termine en mettant un carton orangé à Ethan Coen, qui, lors de la scène d’ouverture, déshabille un personnage gratuitement, sans y apporter une intention autre que titiller des pulsions désireuses. On s’interroge sérieusement sur son utilité (et ce n’est pas la seule).
La note : 2,5 ♥ / 5
Honey Don’t ! est, au final, un film malade, qui possède de sérieux atouts dans sa manche, mais ne sait pas bien s’en servir. Ethan Coen passe encore à côté et on se demande si le troisième volet de cette série de films verra bien le jour. Vivement que les deux frères se retrouvent…
Crédit photo image de couverture : © Focus Features
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