sam. 4 avr. 2026

Croox : Une aventure sentimentale et amicale détonante, au cœur des années 90

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Croox, "escroc" en anglais, est le nouveau court-métrage de Mehdi Ould Mohamed Salem. Une proposition audacieuse et référencée, qui nous emporte dans un univers old school, inspiré des meilleurs films des années 80 et 90. Découverte d’une oeuvre d’ambitions, aux accents goofy et funky.

 

Ah l'amour !

 

Qu’il est passionnant de découvrir l'univers d'un réalisateur prendre forme, petit à petit. Croox, la nouvelle création de Mehdi Ould Mohamed Salem, condense toutes ses inspirations (la West Coast, Martin Scorsese, les Hood Movies...), tout en affirmant sa singularité. Ce nouveau film, le quatrième disponible sur la chaîne YouTube Zahra Productions, s’éloigne de la thématique gangster, tueur à gage, criminel, explorée auparavant, pour aller du côté de l’intime, de l’introspection, du décalage et de la comédie. On conserve le style graphique et l'esthétique développés par Mehdi, bercé aux années 1980 et 1990 et au cinéma de Spike Lee, tout en s'orientant vers des perspectives différentes. En résulte un court-métrage bourré de bonnes intentions, qu’elles soient visuelles et scénaristiques. 

 

Croox raconte, en vingt minutes, l’expédition chaotique de deux amis d’enfance, Malik (joué par Mehdi lui-même) et Kephren, aussi immatures qu’inséparables pour rejoindre l’anniversaire de Sarah, la fille avec qui Malik espère enfin conclure. Cette journée va bousculer leur vision de l’amitié, de la virilité et surtout… des femmes. Le pitch est accrocheur et ne cesse de nous surprendre. Mehdi développe un propos prenant et original, avec une vraie réflexion sur le virilisme des années 90 et du rapport homme/femme. Dès les premières images, le cadre est posé : musique funk, esthétique rétro, voix off à l’ancienne. On remonte dans le temps, alors que les téléphones n’existaient pas encore comme aujourd’hui, que le réel était plus fort que tout.

 

Du cinéma, du très bon cinéma

 

Ce qui frappe d’entrée de jeu, c’est la qualité visuelle du court-métrage. On ne se retrouve pas devant un énième court-métrage étudiant disponible sur YouTube, filmé à l’arrache et aux jeux d’acteurs discutables. Rien de tout ça ici. On est devant une œuvre cinématographique à la dimension et l’ambition filmiques évidentes et appréciables. Un soin particulier a été apporté à l’immersion, avec une voix-off amusante (et non surplombante), des passages en caméra VHS, des looks rétro. On sent l’amour, la passion, la nostalgie d’une époque, et également du cinéma américain. Mehdi s'amuse avec la caméra et le cadre de l'image, pour épouser les sensations et sentiments des personnages du film. En découle un court-métrage profondément stimulant. 

 

Alors bien sûr, le film a quelques petits défauts de-ci de-là (un montage qui n’est pas toujours sur le bon tempo, notamment comique, une fin un peu facile et évidente), mais honnêtement, le plaisir pris devant cette œuvre suffit à les oublier très vite. Saluons, enfin, la volonté du réalisateur d’organiser une soirée au cinéma La Lanterne, à Bègles (33), preuve d’une ambition affirmée et méritée. C’est un film qui, en effet, se vit et se ressent sur grand écran, en compagnie d’autres spectateurs, dans une osmose sensorielle. 

 

Lien vers le court-métrage : https://www.youtube.com/watch?v=sWsReseAy08

 

Croox, c’est un shot de plaisir, qui donne envie de se plonger dans une époque disparue. Le cinéma, lui, peut la faire revivre, dans un élan magique. Mehdi Ould Mohamed Salem l’a très bien compris. On a désormais hâte de voir la suite d'un réalisateur en plein expansion, qui ne cesse de nous surprendre.