Le syndicat du crime : Le chef-d'œuvre de John Woo ressort au cinéma | TACK

2026-03-11

Le syndicat du crime : Le chef-d'œuvre de John Woo ressort au cinéma

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Classique du cinéma hongkongais des années 1980, Le syndicat du crime (1986) de John Woo ressort en 4K dans les salles obscures françaises ce mercredi 11 mars. L’occasion de revenir sur ce chef-d’œuvre, entre polar, action et drame, qui sera complété plus tard par deux films, afin de former une des trilogies les plus passionnantes de la fin du siècle dernier. 

 

Le style Woo


Le syndicat du crime premier du nom sort en 1986 et pose les bases de la grammaire cinématographique développée dans la carrière de John Woo. C’est une œuvre référence dans sa filmographie, qui découle sur un deuxième volet passionnant l’année suivante (il ne réalise pas le troisième), puis sur les classiques The Killer (1989), Une balle dans la tête (1990) et À toute épreuve (1992). Une productivité démentielle et à chaque fois d'une qualité explosive. John Woo s’impose comme le maître du polar et du cinéma d’action hongkongais, en développant des gimmicks reconnaissables entre mille :  fusillades invraisemblables et jouissives, ralentis excessifs et esthétisant, travellings anthologiques… On retrouve tous ces éléments emblématiques dans Le syndicat du crime, film qui pose les jalons du style Woo. L’histoire d’abord, aussi simple que passionnante, écrite par Woo lui-même : Sung Tse Ho et Mark Gor, deux seigneurs de la mafia à Hong Kong, coulent des jours heureux sous les ordres d'un parrain vieillissant. Tout irait pour le mieux si Ho n'avait un frère cadet qui a choisi de faire carrière dans la police. Entre trahisons, quête rédemptrice, vengeance, scènes d’action époustouflantes, le film est une petite merveille. La réalisation léchée nous plonge dans un univers mafieux, par moments crapoteux. L'immersion est vertigineuse, le découpage millimétré, la composition des plans d'une belle richesse. 

 

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Intense

 

Une des grandes forces du métrage est l'iconisation de ses personnages, Chow Yun-Fat en tête, dans son incarnation jusqu’au-boutiste du mafieux Mark Gor. Son dialogue dans un restaurant sur son histoire avec son frère d'armes Ho Tse Sung (Ti Lung) est tout bonnement exceptionnel, d’une intensité et d’une profondeur démentes. On boit ses paroles. L'atmosphère est éléctrique, tout comme la mise en scène d'une ampleur hallucinante. On est immergé dans cet univers où tout est sur un fil, où tout peut basculer d'un instant à l'autre. L'argent domine le monde. Mark représente cette obssession du pouvoir, du désir de mettre l'univers à ses pieds. Peut-on faire plus iconnique que ce plan où il allume sa cigarette en brûlant un billet ? Et que dire de cette fusillade à couper le souffle où Mark déchaîne avec flegme sa violence par les flingues. Les balles fusent, le sang gicle, la tragédie se met en marche. La musique, quant à elle, accompagne dans une osmose saisissante cette traversée funèbre. 

 

Certes, Le syndicat du crime ne possède pas le scénario le plus développé de l’Histoire. On est dans un récit classique de mafieux où les coups par derrière, la violence et la vengeance rythment l'existence des personnages. Le film n'en reste pas moins une référence, de part sa sobriété scénaristique et sa complexité relationnelle et visuelle. John Woo décide de développer les liens entre ses personnages et l’évolution de leurs états d’âme. Dès le départ, le spectateur peut deviner, dans les grandes lignes, les événements de l’histoire. Et c’est justement là, une des grandes forces du film : comment échapper à l’inéluctable ? Que choisir : la vengeance ou le pardon ? La rédemption ou la damnation ? Les thématiques sont relativement simples, mais John Woo les creuse à son paroxysme, développe un propos à la fois cruel et véritable. Une réalité tragique qui fonce droit vers la mort. 

 

Enfin, il est vrai que le côté excessif du frère de Ho Tse Sung, Kit Tsung, flic déterminé à mettre hors d'état de nuire la mafia locale, et de sa compagne Jackie, pourrait en rebuter certains, mais l’ensemble pousse tellement les curseurs à son maximum que l'on pardonne facilement cette théâtralité surfaite.

 

Excursion à Hollywood

 

Après cette succession de films références à Hong-Kong, John Woo débarque à Hollywood. Si le début de sa carrière américaine est prometteuse avec le divertissant (mais imparfait) Chasse à l’homme (1993), avec nul autre que Jean-Claude Van Damme, l’excellent Volte-Face (1997) et le correct Mission Impossible II (2000) - le début de la fin pour certains -, sa carrière se gâte par la suite avec les moyens, voire mauvais Windtalkers (2001) et Paycheck (2003), pour finir avec les oubliables Silent Night (2023) et son propre reboot de The Killer (2024) avec Omar Sy. Revoir du John Woo au cinéma, dans sa période dorée, est donc une bouffée d’air frais filmique. Il y a du corps, de la chair, de la teneur émotionnelle ; tout ce qui a, petit à petit, été perdu dans sa narration et sa mise en scène. Profitons donc de cette ressortie exceptionnelle en 4K pour se délecter de ce classique intemporel. 

 

La note : 4,5 ♥ / 5

 

Le syndicat du crime représente la quintessence originel du cinéma de John Woo, un brillant condensé de sa grammaire filmique, où il développe ses tropes singuliers : sa mise en scène percutante et inventive, sa construction narrative dramatique, son développement de personnages iconiques. On est immergé dans un univers captivant qui nous donne envie de revoir encore et encore la maestria de Woo !

 

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