2026-03-02
A Fidai Film : Kamal Aljafari expose la contre-mémoire palestienne
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A Fidai Film est un documentaire expérimental réalisé par Kamal Aljafari, artiste palestinien reconnu pour son combat sur la mémoire de son peuple. Après avoir tourné dans de nombreux festivals, dont le FIFIB en 2024, cette réalisation aussi audacieuse qu’exigeante à droit à une (toute) petite sortie nationale, à partir du mercredi 4 mars.
Les images palestiennes volées
À l’été 1982, l’armée israélienne a envahi Beyrouth. Pendant cette période, elle a attaqué le Centre de recherches palestinien et a pillé l’intégralité de ses archives. Elles contenaient des documents historiques sur la Palestine, y compris une collection d’images fixes et en mouvement.
Depuis de trop nombreuses années, le peuple palestinien n’a plus accès à ses propres images. La guerre fait rage et l’accès à ce territoire cadenassé est quasiment impossible. Depuis le 7 octobre 2023 et l’attaque du Hamas sur la population israélienne, lors d’un festival de musique, la déferlante hébreue frappe la Palestine. Les innocents sont assassinés, tout comme les journalistes, rendant les reportages dangereux et impossibles. Si le génocide palestinien n'est plus d’actualité pour les médias mainstream, le drame continue bel et bien, et s'aggrave un peu plus chaque jour. L'art est politique. Parler de la Palestine ensanglantée au cinéma est un parcours du combattant. Afin d’évoquer sa situation, des cinéastes sont obligés de prendre des chemins détournés. Annemarie Jacir réalise Palestine 36 (2026) qui revient sur les origines de ce conflit et de l’implication britannique et Sepideh Farsi filme son téléphone afin de capter les mots de la photojournaliste Fatima Hassouna, depuis tuée dans des frappes israéliennes, dans Put Your Soul on Your Hand and Walk (2025). Kamal Aljafari travaille lui aussi cette idée en proposant une œuvre expérimentale et déstabilisante : A Fidai Film, un documentaire d'archives palestiennes volées par l'armée israélienne en 1982.
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Contre-mémoire
A Fidai Film est un documentaire qui met en lumière le passé étouffé de la Palestine, les images volées par l’armée hébreue durant l’invasion du Sud-Liban en 1982. L’histoire de la création du film est des plus surprenantes. Kamal Aljafari a mis la main sur un nombre considérable d’archives mises en ligne lors de la période COVID, après 2020, par l’Etat hébreu, sûrement par erreur, en provenance du Centre de recherches palestinien de Beyrouth. Les images projetées, étalées de 1920 à 1980, sont uniques et chargées d’émotions. On y découvre une banale cueillette d’oranges, en 1957, qualifiée par Israël “d’image terroriste". A la lumière des événements de l'époque, cette archive du quotidien, loin de son "image terroriste", possède plutôt une mélancolie certaine, une nostalgie irrécupérable. La mémoire visuelle palestinienne était un bulletin de guerre, aujourd’hui montrée aux yeux de tous. Pour le réalisateur : « [L]es archives des colonisateurs sont devenues la caméra des “dépossédés” (...) Nous devons nous employer à mettre un miroir face à ces images. Ce n'est pas un film sur un passé ou un présent qui doit être reconnu, mais un film sur un avenir qu'il est encore possible d'imaginer. » Un an et demi après cette prise de parole, le génocide palestinien continue. Les coupables sont aujourd’hui célébrés pour leurs actions en Iran, comme si les attaques passées étaient oubliées, voire pardonnées.
A Fidai Film est un film à la teneur historique puissante. Il ne reste pas moins une proposition profondément exigeante. Le manque de narration et de contextualisation peut perturber la compréhension de certaines scènes projetées. Kamal Aljafari laisse très souvent parler les images, dans un "sabotage" narratif et visuel passionnant, quitte à laisser des spectateurs de côté. Sa volonté n’est pas tant de créer une histoire que de rendre les silences vivants et bruyants, les souvenirs, visibles et révélateurs. C’est un long-métrage de contre-mémoire face à la propagande mnémotechnique israélienne.
La note : 3,5 ♥ / 5
A Fidai Film est un documentaire de résistance contre l’effacement de la mémoire et de l’histoire palestinienne. Le peuple opprimé se réapproprie les images confisquées, comme un poing levé face à la machine propagandiste ennemie.
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Congo-océan, un chemin de fer et de sang : Un documentaire éclairant sur un des plus terribles scandales de l'Histoire coloniale française Entretien avec Annemarie Jacir, réalisatrice du bouleversant Palestine 36 (FIFIB 2025) Entretien avec Lola Maupas, chercheuse en études cinématographiques (FIFIB 2025) La Voix de Hind Rajab : L'allégorie tragique du peuple palestinien (FFHP 2025) Congo-océan, un chemin de fer et de sang de Catherine Bernstein et Nicole Bary revient sur un chapitre méconnu de l’Histoire coloniale française. Près de 20000 travailleurs, la majorité africains, forcés par l'administration coloniale à participer à un projet ferroviaire colossal, sont morts durant sa construction. Ce documentaire de mémoire donne la parole aux descendants et apporte un éclairage nécessaire sur une des nombreuses zones d’ombre de la France coloniale. Palestine 36 d'Annemarie Jacir est un film choc, un retour éloquent sur le passé oublié du territoire palestinien et du rôle décisif des britanniques dans le conflit qui court encore aujourd’hui. La réalisatrice palestienne remonte le temps et place le début de son récit en 1936. À l'occasion de la 14e édition du Festival International du Film Indépendant de Bordeaux, nous nous sommes entretenus avec Annemarie Jacir, invitée d'honneur de l'événement. Nous en avons ainsi appris davantage sur la conception hors-norme et difficile de son nouveau film Palestine 36. À l’occasion de la 14e édition du FIFIB, nous avons rencontré Lola Maupas, chercheuse en études cinématographiques. Le festival lui a confié la conception d'une carte blanche, réunissant trois séquences sur l’histoire du cinéma palestinien comme acte de documentation et de résistance : le film Scenes from the occupation in Gaza (1973) de Mustafa Abu Ali, le film expérimental Introduction to the end of an argument (1990) de Jayce Slalom et Elia Suleiman et la compilation Videotracts for Palestine (2023) du collectif du même nom. Pendant une vingtaine de minutes, Lola Maupas nous a présenté les films sélectionnés, leurs enjeux, la difficulté à les programmer et sa vision de l'avenir. CRITIQUE CINE - Les bruits de vagues s’écrasent contre le générique de fin, à mesure que nos pensées se perdent dans le vide de l’océan. Hind Rajab, fillette de six ans, aimait se baigner dans la mer de la Bande de Gaza, les rêves plein la tête. Elle est l'héroïne, malgré elle, du nouveau film de la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania (Les filles d'Olfa). La Voix de Hind Rajab est une oeuvre poignante et anxiogène, où la vie ne tient qu'à un fil. Kaouther Ben Hania s'empare de cette tragédie, qui touche au plus profond de notre humanité, pour montrer aux yeux de tous la réalité des Gazouis. Les rouleaux bleutés ont désormais emporté les espoirs d'un peuple meurtri. La Voix de Hind Rajab laisse sans voix.