Congo-océan, un chemin de fer et de sang : Un documentaire éclairant sur un des plus terribles scandales de l'Histoire coloniale française | TACK

2026-02-28

Congo-océan, un chemin de fer et de sang : Un documentaire éclairant sur un des plus terribles scandales de l'Histoire coloniale française

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Congo-océan, un chemin de fer et de sang de Catherine Bernstein et Nicole Bary est un documentaire chargé émotionnellement, qui revient sans détour sur un chapitre méconnu de l’Histoire coloniale française. Près de 20000 travailleurs, la majorité africains, forcés par l'administration coloniale à participer à un projet ferroviaire colossal, sont morts durant sa construction. Ce documentaire de mémoire donne la parole aux descendants afin d'apporter un éclairage nécessaire et poignant sur une des nombreuses zones d’ombre de la France coloniale.  

 

La réalité de l'Histoire

 

Le Festival Vrai de Vrai, porté par la SCAM (Société Civil des Auteurs Multimédia), a lieu chaque année à Paris à la fin du mois de novembre. Il diffuse et récompense les meilleures créations documentaires de l’année. La Cinémathèque du Documentaire, la Ville de Bordeaux, ALCA Nouvelle-Aquitaine, l’Institut des Afriques et l’école MANO (Maison de l'Audiovisuel Normale et Ouverte) s’associent pour proposer une sélection resserrée du festival. L’occasion de (re)découvrir le puissant et plus que d’actualité White Power, au cœur de l’extrême droite de Christophe Cotteret ou Adieu sauvage de Sergio Guataquira Sarmiento. En tout, ce sont sept films, tous plus passionnants les uns que les autres, qui sont diffusés dans le cadre de cette reprise. Un de ces documentaires a particulièrement attiré notre attention : Congo-océan, un chemin de fer et de sang de Catherine Bernstein et Nicole Bary. 

 

Diffusé sur France Télévisions, ce documentaire édifiant, étoile de la SCAM 2025, raconte un fait historique saisissant, scandaleux et révélateur de l’action française coloniale dans l’entre-deux-guerres : la construction d’une ligne de chemin de fer appelée « Congo-Océan », d'une longueur de 500 kilomètres. Un projet pharaonique et sanguinaire. 

 

De 1921 à 1934, la France coloniale entreprend la construction d’une ligne de chemin de fer appelée « Congo-Océan », reliant à travers la montagne Brazzaville à Pointe Noire, sur la côte. Travail forcé, mauvais traitements, châtiments : tout rappelle l’esclavage, pourtant aboli depuis plus d’un siècle. 20 000 hommes perdent la vie au cours de cette entreprise terrifiante dénoncée par l’écrivain André Gide, puis le journaliste Albert Londres. Le scandale finit par éclater.

 

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Mettre des mots et des images sur l'horreur coloniale

 

Catherine Bernstein, réalisatrice d'une trentaine de films documentaires, et Nicole Bary, remettent en lumière une initiative française qui avait pour volonté d’acheminer la richesse des colonies vers la métropole. Cette "aventure" coloniale était alors qualifiée de “civilisatrice”. La Société de construction des Batignolles était en charge du chantier. L'adminstration coloniale fournissait la main-d'oeuvre nécessaire à la mise en place du projet, mais manquant de moyens humains, elle se tourna vers une main-d'oeuvre forcée, principalement composée de travailleurs africains, "recrutés tous azimuts aux quatre coins de l'Afrique-Équatoriale française et au-delà". Cette pratique occasionera pendant plusieurs années de nombreux déplacements de populations, selon Les Archives nationales du monde du travail

 

Ce documentaire aussi éloquent que déchirant, narré par Léonie Simaga, s’inscrit dans une volonté de rendre visible les exactions commises du temps des colonies, que la France aimerait continuer à mettre sous le tapis. Cette construction édifiante de A à Z, inhumaine et meurtrière, est dans le prolongement de l’esclavagisme. Elle est le symbole de la violence coloniale. Les descendants des exploités se réapproprient les images en racontant la terrible et ignomineuse réalité, entre travail forcé, déportation massive et morts de milliers d’ouvriers (près de 20000). Des archives inédites accompagnent cette puissante prise de parole. 

 

Le documentaire Congo-océan, un cheminement de fer et de sang, par la force de ses mots et de ses images, raconte avec précision cette page noire de l’Histoire. Il est important aujourd’hui, dans une société où la vérité peut rapidement et facilement être oubliée et détournée, de continuer à mettre en lumière les faits du passé afin de mieux appréhender l’Histoire de la France, terre d'une liberté malmenée et d’horreurs coloniales passées sous silence.  

 

Crédit photo : POINT DU JOUR/LES FILMS DU BALIBAR

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Camp de Thiaroye : La mémoire empêchée d’un massacre français (grand format) La Voix de Hind Rajab : L'allégorie tragique du peuple palestinien (Festival du Film d'Histoire de Pessac 2025) Rencontre avec Nayan Ducruet, réalisateur du documentaire Ukraine Fire (Musical Ecran 2025) Entretien avec Annemarie Jacir, réalisatrice du bouleversant Palestine 36 (FIFIB 2025) Entretien avec Lola Maupas, chercheuse en études cinématographiques (FIFIB 2025) Dans le cadre de la 4e édition d’Afriques en vision, le film événement de 1988, Camp de Thiaroye, d’Ousmane Sembène et Thierno Fady Sow, fut diffusé dans une version restaurée aux spectateurs venus en nombre au Cinéma Utopia Bordeaux. L’occasion de mettre en lumière le 80e anniversaire du massacre des Tirailleurs sénégalais au camp de Thiaroye, commis par la France coloniale en 1944. Censuré depuis 36 ans sur notre territoire, Camp de Thiaroye peut enfin s’exprimer et se partager aux yeux de tous. Une œuvre poignante, douloureuse et fondamentale dans la compréhension du passé colonial français et des exactions qui y ont été commises. CRITIQUE CINE - Les bruits de vagues s’écrasent contre le générique de fin, à mesure que nos pensées se perdent dans le vide de l’océan. Hind Rajab, fillette de six ans, aimait se baigner dans la mer de la Bande de Gaza, les rêves plein la tête. Elle est l'héroïne, malgré elle, du nouveau film de la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania (Les filles d'Olfa). La Voix de Hind Rajab est une oeuvre poignante et anxiogène, où la vie ne tient qu'à un fil. Kaouther Ben Hania s'empare de cette tragédie, qui touche au plus profond de notre humanité, pour montrer aux yeux de tous la réalité des Gazouis. Les rouleaux bleutés ont désormais emporté les espoirs d'un peuple meurtri.  La Voix de Hind Rajab laisse sans voix. Ukraine Fire est un des documentaires les plus politiques diffusés durant le festival Musical Ecran cette année. Réalisé par Nayan Ducruet, habitué au genre, ce film nous amène dans la vie du groupe ukrainien Dakh Daughters, de juin 2022 à l’été 2024, alors que la Russie a décidé d’envahir leur pays en février 2022 (après l’annexion de la Crimée en 2014). Les Dakh Daughters, composés de 5 femmes, accompagnés de leur metteur en scène, mènent un combat culturel, de l’extérieur, pour faire éveiller les consciences en Occident, notamment en France. Rencontre avec Nayan Ducruet, qui nous raconte l'intimité d'un groupe qui cherche à faire entendre la voix de l'Ukraine. Palestine 36 d'Annemarie Jacir est un film choc, un retour éloquent sur le passé oublié du territoire palestinien et du rôle décisif des britanniques dans le conflit qui court encore aujourd’hui. La réalisatrice palestienne remonte le temps et place le début de son récit en 1936. À l'occasion de la 14e édition du Festival International du Film Indépendant de Bordeaux, nous nous sommes entretenus avec Annemarie Jacir, invitée d'honneur de l'événement. Nous en avons ainsi appris davantage sur la conception hors-norme et difficile de son nouveau film Palestine 36. À l’occasion de la 14e édition du FIFIB, nous avons rencontré Lola Maupas, chercheuse en études cinématographiques. Le festival lui a confié la conception d'une carte blanche, réunissant trois séquences sur l’histoire du cinéma palestinien comme acte de documentation et de résistance : le film Scenes from the occupation in Gaza (1973) de Mustafa Abu Ali, le film expérimental Introduction to the end of an argument (1990) de Jayce Slalom et Elia Suleiman et la compilation Videotracts for Palestine (2023) du collectif du même nom. Pendant une vingtaine de minutes, Lola Maupas nous a présenté les films sélectionnés, leurs enjeux, la difficulté à les programmer et sa vision de l'avenir.