Bone Lake : Un thriller sulfureux aux notes d'hémoglobine | TACK

2026-03-07

Bone Lake : Un thriller sulfureux aux notes d'hémoglobine

Disponible en France depuis le 5 mars sur Paramount +, Bone Lake est une série B intense et radicale. Quand la tentation charnelle est présentée comme le point de bascule d’une redoutable histoire de manipulation, le dérapage fatal n’est pas loin. Suivre ses désirs ou son instinct, ce choix pourrait bien être le dernier… 

 

Un drôle de week-end...

 

En voilà une joyeuse bisserie ! Bone Lake sort (enfin!) en France, sur Paramount +, un an et demi après sa sortie officielle outre-Atlantique. Réalisée par Mercedes Bryce Morgan, cette proposition à la croisée des genres raconte le week-end en enfer vécu par un couple, Sage (Maddie Hasson) et Diego (Marco Pigossi). Alors qu’ils avaient loué une somptueuse maison située en bord de lac, pour une virée romantique, un autre couple, Will (Alex Roe) et Cin (Andra Nechita), débarquent à leur tour. Plutôt que de renoncer, les deux couples décident de cohabiter le temps du séjour. Très vite, les éléments étranges s’accumulent… 

 

Ne nous y trompons pas, Bone Lake n’est pas le film révolutionnaire de l’année (il n’en a du reste pas l’ambition). C’est toutefois un divertissement honnête, de très bonne facture, dans le haut du panier des propositions de plateformes. Présenté à tort comme un film d’épouvante-horreur à tendance érotique, Bone Lake flirte davantage avec la comédie décalée aux accents sulfureux et le thriller jusqu’au-boutiste. La première scène du métrage expose parfaitement cette volonté, dans une note d’intention maintenue tout du long. 

 

Sage et Diego roulent en direction de leur location, pensant passer un week-end sous le signe de l’amour. Très vite apparaît un dysfonctionnement dans la mécanique du couple. D’un côté, Sage doit porter une relation sur son seul salaire, à la suite de la décision de Diego d’abandonner son travail pour vivre son rêve d’écrivain, entraînant des complications dans le quotidien et de l'anxiété. De l’autre côté, Diego, en recherche constante de chaleur corporelle et désireux de relations sexuelles à répétition, ne perçoit pas les états d’âme et le déplaisir de Sage, qui lui cache son désintérêt pour ses histoires. Arrivent Will et Cin, l’archétype du couple parfait : beau, solaire, ouvert d’esprit, taquin, sulfureux. Comment cette histoire pourrait-elle mal tourner ? 

 

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 © Paramount +

Jeu de massacre

 

On vous prévient d’emblée, si vous êtes sensible aux montées de cringe, Bone Lake n’est pas fait pour vous. Sinon, foncez ! Grâce à des acteurs parfaitement castés, l’humour grinçant frappe fort et les crispations de mâchoire s’enchaînent, dans un dosage savoureusement distillé. Tous les curseurs sont à fond, jusqu’à un final généreux en hémoglobine où les références à des films d'horreur cultes font sourire. Bone Lake étonne dans sa construction narrative renouvelée, malgré un postulat maintes fois exploité. Si le chemin est balisé, on se laisse porter par cette histoire de plus en plus étrange où l'inéluctable s'annonce en pointillé. 

 

Le film aborde les mécanismes du couple avec un œil savoureux, sans détour. Il possède même un aspect ludique : on se demande quand et/ou comment le point de bascule sera atteint. Jeu de massacre en couple aux dés pipés, Bone Lake fracasse quand il faut. Le climax, certes un poil étiré, parvient à garder une narration cohérente, qui ne part pas dans tous les sens et dans un absurde répétitif. On n'évite pas les quelques facilités scénaristiques, mais le film n'en reste pas moins plaisant, divertissant et entreprenant. Mercedes Bryce Morgan se permet même quelques mouvements de caméra stylisés, certes théoriques, mais exécutés avec justesse.  On aurait tout de même aimé que le "lac de crânes" soit un peu plus développé. 

 

La note : 3,5 ♥ / 5

 

Bone Lake est une agréable surprise. Cette série B, méchante comme il faut, attrape le spectateur du début à la fin. La tension monte et quand tout explose, le plaisir régressif est au rendez-vous. Jusqu'à un dernier plan, résumé parfait de cette comédie qui n'en dit pas le nom. 

 

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