2026-03-20
L'île de la demoiselle : Une promesse devenue naufrage
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CRITIQUE CINE - Marguerite de la Rocque, figure historique invisibilisée, à l’histoire insensée, prend enfin vie sous la direction de Michal Wald. Si L'île de la demoiselle promet un film de survie, à la portée organique, il ne cesse de nous faire déchanter, dans un naufrage à tous les niveaux. En salle le 25 mars 2026.
Promesses
L’île de la demoiselle de Michal Wald, projeté en avant-première lors de la dernière édition du Festival du Film d'Histoire de Pessac, propose un postulat accrocheur : 1542, Marguerite de la Rocque est promise à son oncle, vice-roi du Canada et commandant de l’expédition vers le Nouveau Monde. Elle fait la connaissance de Thomas d’Artois, un homme de l’équipage qui finit par abuser d'elle. Lorsque sa grossesse est découverte en pleine traversée, Marguerite est abandonnée sur une île déserte avec Thomas et sa servante. Isolés, ils vont devoir lutter contre les éléments, tandis que le désespoir et la folie menacent de les emporter…
Le synopsis laissait présager une histoire intense, douloureuse et dramatique. Marguerite de la Rocque, très jeune femme de la noblesse française, incarnée par Salomé Dewaels, est abandonnée sur une île après que son futur époux, un vieil oncle et tuteur, découvre lors d’une expédition coloniale pour le Canada, qu’elle est enceinte d’un autre, de Thomas (Louis Peres), ce dernier l’ayant forcé à coucher avec elle. Débarquée en compagnie de sa servante (Candice Bouchet), de Thomas, d’un peu de nourriture et de quelques munitions, la jeune femme doit survivre pour elle et pour un enfant qu’elle ne désire pas. La faim, le froid, l’hostilité de Thomas, l’arrivée prochaine de l’enfant : les chances de vivre diminuent chaque jour passé sur cette terre rocheuse. Si la note d'intention annonce un film de survie à l’ampleur dramatique, le spectateur déchante très vite. Présentée comme une relecture organique de l’histoire de Marguerite de la Rocque, L’île de la demoiselle déçoit, de par son manque d'ambition et de profondeur. Et rien n’est plus frustrant qu’une promesse non tenue…
© KG PRODUCTIONS
Caricatural
L’île de la demoiselle est un naufrage scénaristique et visuel. Les minutes défilent et le film n’a de cesse de s’écrouler sous nos yeux, dans une sidération totale. La volonté “de raconter une histoire passée à la trappe” est des plus louables, mais le résultat, lui, laisse plus que pantois. Du début à la fin, rien ne fonctionne. On ne croit jamais à cette histoire et aux personnages d’une caricature affligeante. Les acteurs sont dans un surjeu permanent, surtout Louis Peres, découvert aux yeux de tous dans la très bonne série de Canal + Les Sentinelles. Il est à côté de la plaque tout du long et finit même par nous faire rire par son absurdité démentielle. Salomé Dewaels, quant à elle, n’arrive jamais à nous transmettre les doutes et la combativité de son personnage. Seule Alexandra Lamy, dans un petit rôle, s’en sort bien, comme souvent.
Le bât blesse avec un choix scénaristique incompréhensible, dévoilé au tout début du film, détruisant toute la potentielle teneur dramatique du métrage. Le film saccage un de ses enjeux centraux dès le départ. On a dû mal à comprendre cette décision.
Le manque de budget se fait cruellement ressentir à l’image, à commencer par la réalisation. L’action se passe à l’île d’Ouessant, aux caractéristiques similaires à des îles canadiennes, qui n’est toutefois pas l’endroit le plus adapté pour un tournage. Il était compliqué d’y amener le matériel nécessaire, pour des questions de budget et de logistique. Pour contourner cette problématique (ou pour cacher la misère, c’est selon), Micha Wald utilise d’anciennes optiques afin de donner à l’image une patine particulière, granuleuse et hors du temps. Cette volonté est finalement une fausse bonne idée. La photographie du film souffre d’une incohérence visuelle régulière, tantôt terne, tantôt surexposée. L’ensemble est hétérogène et rien n’accroche véritablement la rétine.
La réalisation ne sauve pas l’ensemble et l’aggrave même. La mise en scène est d’une grande pauvreté, à la fois plate et sur-signifiante. Le point d’orgue est atteint avec un naufrage mal filmé, découpé à la truelle. La spatialisation est tout bonnement incompréhensible : on peine à suivre et à comprendre l’action. Finalement, l’ambition du récit n’a de cesse d’être rattrapée par la réalité.
© KG PRODUCTIONS
Dévitalisé
Micha Wald filme l’île comme un personnage à part entière. Mais à nouveau, alors que ce bout de terre, surnommé par la suite “l’île des démons”, aurait dû être présenté comme hostile, le réalisateur n’y apporte pas une ampleur en correspondance avec sa caractérisation. D’après les dires de l’équipe, le tournage a été éprouvant. Les acteurs pouvaient se prendre l’eau des vagues écrasées sur la roche, rendant les scènes difficiles et périlleuses. Pourtant, on ne ressent jamais profondément l’inhospitalité de l’île. Rien ne nous prend aux tripes, rien n’est organique, et ce, malgré la promesse initiale ! Le film manque clairement de corps. Marguerite de la Rocque a beau se battre sur cette île présentée comme diabolique, avec des péripéties qu’on ne révélera pas ici, on ne ressent que trop peu sa lutte, sa résilience et son obstination. Elle ne porte pas cette bataille sur sa peau. C'est un combat pour la vie dépourvu de vitalité. En l’état, outre le fait qu’on a dû mal à croire à ce récit, on s’ennuie ferme. Le film dure 1h40 mais paraît bien plus long, ponctué des mêmes problématiques en boucle : survivre, quitter l’île, que faire de l’enfant à naître. Micha Wald n’a pas grand chose à nous raconter dans ce faux survival. Il étire son sujet à l’excès, s'embourbe dans son propos. Il voulait “jouer avec l’île”, mais "l'île" reste paradoxalement trop souvent extérieure au propos.
La note : 1,5 ♥ / 5
On avait sincèrement envie d’aimer L’île de la demoiselle, proposition cinématographique audacieuse sur la papier. Malheureusement, la note d’intention est dépassée par la réalité. Alors qu’on aurait espéré un film charnel, organique, éprouvant, il apparaît comme dévitalisé et désintéressé. Terriblement frustrant.
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