Lost Media : Le cauchemar anthologique de Timothée Hochet | TACK

2026-03-15

Lost Media : Le cauchemar anthologique de Timothée Hochet

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Timothée Hochet, jeune créateur ayant débuté sur Internet, revient sur Canal + après Stéphane, son premier long-métrage décalé, distribué sur la plateforme en 2023. L’originalité est à nouveau au cœur de sa nouvelle proposition, aussi étrange que surprenante, en collaboration avec Lucas Pastor : Lost Media

 

Une tentative de narration

 

Les lost media, média perdus en français, désignent des œuvres ou productions médiatiques dont l’existence est avérée mais qui sont disparues ou indisponibles pour le grand public, comme des films, des émissions de télé, de la musique, des jeux vidéo. C’est donc dans cet univers creepy que Hochet et Pastor s'engouffrent. Le terrain de jeu était gigantesque pour proposer une anthologie étrange, originale et stimulante. Et le pari est plus que tenu. 

 

Avant d'évoquer les lost media en eux-mêmes, il faut revenir sur l’introduction développée dans chacun des épisodes, d’une durée de vingt secondes environ, qui sert de fil conducteur à l’ensemble. Si les huit lost media sont indépendants entre eux, cet avant-propos sous forme de dialogue vocal entre un père (joué par Kad Merad) et sa fille, retranscrit à l’écrit, développe un récit tout du long. On y parle d’expériences, de remords, de manipulation. Ce choix scénaristique est peut-être le seul point d’interrogation de cette série. Avait-on vraiment besoin de ces ouvertures à chaque épisode ? Apportent-elles véritablement de l’intérêt pour le spectateur ? On aurait pu totalement adhérer à ce choix, si l’histoire racontée était prenante. Mais en deux minutes dans sa totalité, difficile de développer un propos percutant. Notre scepticisme se trouve décuplé quand on découvre les lost media créés par le duo Hochet - Pastor car un constat émerge rapidement : ils se suffisent à eux-mêmes. Mais mise à part cette critique, le reste nous emporte suffisamment pour passer à autre chose. Cette anthologie possède de nombreuses qualités, dont l’homogénéité des histoires inventées. Sur les huit propositions, seules deux nous ont un peu laissé sur la touche. On y revient de suite.

 

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 © Gwenegan JOSSE / CANAL+ / STUPEFY

Une anthologie passionnante et homogène

 

Le premier lost media, Love Story, pose les bases du concept avec l’introduction d’un aspect fantastique en guise de métaphore sur l’abandon de nos rêves et le sacrifice des femmes pour fonder une famille. Le ton est donné. Le deuxième, Mais que fait Papy Chouette ?,  un de nos préférés, met en scène la toujours impeccable Alison Wheeler, dans une étrange histoire sur fond de jeu télévisé. La peur viscérale et suggérée frappe fort. Le troisième, Good Morning People, est aussi prenant que jusqu’au-boutiste sur la notion de deuil avec des effets spéciaux de qualité. Le quatrième, Comment réussir son entretien d’embauche, met en scène le co-créateur de la série, Lucas Pastor. Il est le moins emballant par son côté absurde un peu trop gentil. On reste sur notre faim. Le cinquième est construit comme une vidéo YouTube mené par le maître du lost media en France, Feldup. Le cas Andrew Youngman est plaisant dans ses thématiques et original dans sa forme. Le côté irréaliste, également présent précédemment, est ici plus dérangeant (même si la fin ratrappe l’ensemble). On revient avec de l’excellent et le sixième lost media, Mimichat, où la peur viscérale s’introduit dans un dessin animé pour enfant. Le septième est tout aussi réussi avec Perdre son ventre en 12 minutes, qui est peut-être le plus traumatisant, non pas avec des images chocs, mais dans sa manipulation cauchemardesque. Le huitième et dernier lost media, Tuto Tour de magie revient dans une sorte d’hallucination fantastique avec un brin de magie noire.

 

L’anthologie Lost media est donc enthousiasmante à bien des égards. Faire plonger le spectateur dans un univers en dix à quinze minutes est une vraie performance. On se laisse emporter par l’inventivité des créateurs et par le jeu globalement solide des acteurs. Il y a des moments forts et frontaux qui marquent et hantent instantanément notre esprit. Un soin indéniable a été apporté à l’esthétique de chaque épisode, à chaque fois radicalement différent (on passe d'une caméra de surveillance en intérieur, à une caméra sur un plateau télé, à un caméscope...). Le found footage est renouvellé avec maestria. Les épisodes se passent à différentes temporalités et lieux, mais la crédibilité est pratiquement toujours au rendez-vous. A tel point qu’à part un ou deux épisodes, on adhère à l’irréalisme des situations exposées. L’anthologie se binge-watch à merveille, et on aimerait même qu’il y ait un deuxième volet rapidement !

 

La note : 4 ♥ / 5

 

Lost media est un petit bonbon tantôt acidulé, tantôt piquant, qui se déguste d’une traite. La peur n’est jamais frontale mais prend aux tripes. Timothée Hochet s’impose comme un des réalisateurs les plus intéressants de sa génération. Un coup de cœur qui ne pourra pas vous laisser indifférent. Foncez… et ne vous faites pas embarquer dans les failles d’un système perdu dans l’étrange…

 

Pour terminer cet article, un point rapide sur la “polémique” inutile incluant Feldup. Comme développé plus tôt, le créateur de contenu spécialisé dans les histoires creepy et les lost media a participé à l’épisode Le cas Andrew Youngman. Il lui est reproché d’avoir joué dans cette anthologie distribuée par Canal +, dont le propriétaire est le plus que controversé Vincent Bolloré. Feldup a reconnu en live avoir fait une “erreur” en acceptant ce rôle, tout en expliquant avoir fait la série pour Timothée Hochet, un réalisateur de “génie", et qu’à ce moment-là, ce dernier n’avait pas encore de financeur. Seul Canal + est intervenu en donnant carte blanche au projet. De plus, Feldup assure n'avoir touché aucun centime dans cette production 

 

Jouer dans une “création Canal +” peut en effet poser question éthiquement parlant, avec toute l’idéologie extrémiste qu’il y a derrière. Toutefois, faut-il rappeler que Canal + est le premier financeur du cinéma français ? Que nombre de productions françaises et internationales ne pourraient voir le jour sans le soutien du groupe de Bolloré ? C'est factuel. On peut s’en émouvoir, à raison, mais telle est la réalité. Si on critique Feldup pour sa participation à une production Canal +, que dire des créateurs de contenu et acteurs jouant dans des films financés en partie par Netflix et Prime Video (du groupe Amazon) ? Que dire aussi des streamers sur la plateforme Twitch, toujours dans l’écosystème Amazon, entreprise polluante à l’accent MAGA, qui ne paie pas d’impôts en France ? Que dire aussi des créateurs sur YouTube, plateforme qui a assoupli ses règles de modération pour laisser passer plus de contenus problématiques en 2025, tout en instaurant une censure sur des mots et des images historiques, comme le souligne le site Netcost ? Malheureusement, le système médiatique et audiovisuel est imparfait. Le reprocher à Feldup ne semble pas être productif...

 

 

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