lun. 23 mars 2026

Un jour avec mon père (My father's shadow) : entre poésie, rêve et histoire

Écrit par : Salima Fofana

Le 25 mars 2026 sort le très attendu Un jour avec mon père (My father’s shadow dans sa version originale) de Akinola Davies Jr. Entre tendresse, tension, rêve et réalité, le film est un choc total. Retour sur un des coups de cœur de la dernière édition du festival bordelais Afriques en vision !

 

Akinola Davies Jr., le réalisateur, et Wale, son frère, écrivent ensemble un scénario pour nous emmener à bord d’une longue journée avec leur père, qu’ils ont perdu lorsqu’ils étaient enfants. Dans ce film, ils reconstituent son portrait, avec ce qui leur reste de souvenirs et un imaginaire fabriqué par leurs pensées. Dans la mise en scène, tout est fait pour que le père, ainsi que la journée passée avec lui, se confondent à un rêve. Le récit se déroule en 1993, mais nous ne remarquons pas que les scènes sont filmées dans la ville de Lagos, en plein 2025, tant notre champ de vision est soumis à la hauteur d’enfant que nous empruntons durant notre escapade.

 

Le principal enjeu du récit est la relation qui se tisse entre le père et ses enfants. En apprenant à connaître leur père, les frères forgent le lien qu’ils ont l’un avec l’autre. Le réalisateur n’a pas voulu d’une énième représentation du père africain dur et insensible, car ce n’est pas le souvenir que son père lui a laissé. La relation mise en scène est touchante par sa justesse, son réalisme. Les discussions entre père et fils sont tantôt banales, tantôt profondes, toujours criantes de tendresse, mais toujours enserrées par le climat pesant du contexte politique qui surcharge l’environnement. À hauteur d’enfant, nous ne comprenons pas de suite l’enjeu de tout ce qui nous entoure. Mais Akinola Davies Jr. réussit à tout nous faire ressentir parfaitement. Expérimenté dans la réalisation de clips pour des artistes hip-hop, sa photographie hypnotisante, dans ce qui paraît être un long clip de deux heures trente, réussit à transcrire le sentiment de perte que son frère et lui ont connu à la mort de leur père. A la fin du film nous sommes laissés là, entre l’envie immense que ce temps passé n’ai pas été un rêve, et la tristesse face à l’évidence que s’en était bien un : dans le réel, les moments de vies avec leur père ont été arrachés aux frères Davies.

 

Un jour avec mon père rappelle à quel point la montée de l’autoritarisme est un mouvement de bousculade qui déboulonne entre tous les corps qui s’aiment ou qui traversent simplement les mêmes rues. Et lorsque nous le croisons, il sculpte à son envie le chemin de nos vies, et  les plus intimes parties de nous. Nous, contraints d’avancer avec un réglage par défaut, avec des pièces manquantes, qu’il nous a confisqué, à jamais. Akinola Davies Jr. a matérialisé la perte en photographie. Gros coup de cœur du festival Afriques en vision 2025 et de cette année !