jeu. 16 avr. 2026

Didy : Sur les traces de la mémoire rwandaise

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Didy de Gaël Kamilindi et François-Xavier Destors est un film d’une profonde sensibilité et sincérité, qui évoque, par l’intermédiaire d’un récit personnel, une histoire universelle sur les ravages burundais et rwandais dans les années 1990. Diffusé lors de l’édition 2025 du festival bordelais Afriques en vision, le documentaire a enfin droit à une sortie nationale ce mercredi 22 avril. 

 

Faire mémoire

 

Didy raconte l’histoire intime de l’artiste Gaël Kamilindi, co-réalisateur du film. Sa mère, Didy, meurt lorsqu’il n'a que 5 ans. Les souvenirs d’elle se sont depuis perdus dans la fureur des guerres civiles, du génocide et du sida qui ont ravagé le Burundi puis le Rwanda, et ont précipité son exil vers la Suisse. Trente ans plus tard, Gaël décide de partir sur les traces de sa mère en rouvrant les pages de son histoire familiale. A travers la mémoire de Didy, c’est le portrait de toute une génération de femmes rwandaises qui se dévoile, renouant le dialogue avec ceux qui portent leurs histoires. 


Gaël Kamilindi est membre de la Comédie-Française depuis 2017. Une poésie se dégage de cet acteur animé par les mots et l’histoire. Lors de sa diffusion en clôture de la 4e édition d’Afriques en vision, Gaël Kamilindi avait réalisé une lecture musicale, empreinte d’émotions, de Culbuter le malheur (2024) de l’autrice Beata Umubyeyi Mairesse, accompagné par Edouard Lhoumeau, musicien et joueur de duduk. Ce texte possède une résonance directe avec le documentaire, en revenant sur le génocide des Tutsi en 1994. Un million de morts sont à dénombrer, en seulement trois mois. Depuis, le silence est roi. Beata Umubyeyi Mairesse trouve les mots justes pour faire mémoire, tout comme Gaël Kamilindi et François-Xavier Destors trouvent les images justes pour faire empreintes sur l’histoire. Peut-on avancer sans convoquer un passé traumatisant et silencié ? Gaël Kamilindi a choisi d’y répondre en se rendant sur la terre de sa mère, en retrouvant une famille inconnue. Les émotions sont puissantes. Didy est un femmage bouleversant, qui vous emporte sur les chemins de l’intime. Les photographies se remplissent d’une histoire traumatique, où les souvenirs jaillissent dans les yeux des disparus. Les terres sont également frappées par les crimes mutiques des décennies passées.

 

La note : 3,5 ♥ / 5

 

Le documentaire ne tombe jamais dans un mélodramatique pesant et conserve une légèreté et une joie de vivre héritées de la mémoire de Didy. Si certaines scènes peuvent paraître un poil forcées en termes de symboliques, le film offre une douce puissance qui nous amène dans un voyage dans l’Histoire, les douleurs d’une époque, les cicatrices vivantes. Bouleversant et immanquable.

 

©  François-Xavier Destors / Gaël Kamilindi / Adok Films / Compagnie des Phares et Balises (CPB Films) / Iyugi Productions