2026-04-15
"Caravane" de Zuzana Kirchnerová : Sur la route de la vie
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Caravane par la réalisatrice tchèque Zuzana Kirchnerová était une grosse attente après sa sortie remarquée lors de l’édition 2025 du Festival de Cannes. Le film raconte le road trip d’une mère, Ester (Aňa Geislerová), et de son fils David (David Vodstrcil), atteint d’une déficience intellectuelle. Ils partent pour l’Italie rejoindre des amis et profiter de vacances méritées. Après un événement, la famille se retrouve exilée dans une vieille caravane au fond du jardin. C’en est trop pour Esther. Ni une, ni deux, ils partent sur les routes italiennes, où ils font la rencontre de Zuza (Juliána Brutovská), jeune routarde sans préjugés. Elle embarque avec eux, formant un trio inattendu, entre joie fragile et désir de liberté. En salles le mercredi 22 avril 2026.
Plus fort que tout
Le premier long-métrage de Zuzana Kirchnerová est une douce réussite, qui attrape subitement les cœurs. Film de l’intime, Caravane dépeint la réalité singulière, pas toujours facile, d’une famille, sans jamais aller dans un pathos pompeux. Un juste équilibre appréciable, qui n’en fait jamais trop. La cinéaste place sa caméra à hauteur de ses personnages, en conservant une forme de pudeur. Elle s'attarde sur le non-verbal, les gestes du quotidien, telle une symphonie corporelle. On suit ce road trip improvisé, où les épisodes de joie et de crise se succèdent. L’accent est mis sur les moments de bonheur, dans un champ, sur la plage, lors de fêtes nocturnes, entre deux accès de David. La délicatesse s’empare de l’atmosphère du film, grâce à une mise en scène aérienne, sans artifice, déposée légèrement sur la toile de cinéma. Les mots se font rares (David ne parle pas), mais se font surtout précieux. Ils craquèlent dans la bouche d’une mère courage, épuisée, mais toujours debout. Quand Zuza les rejoint, un souffle nouveau jaillit. Le bonheur d’une virée et d’une respiration partagées.
L’histoire de Caravane dépasse le cadre du cinéma. Ce n’est pas un film comme les autres : c’est une sensation, une aventure, une singularité. Après avoir été remarquée pour son court-métrage Bába, prix de la Cité fondation en 2009, Zuzana Kirchnerová a traversé les épreuves pour tourner son premier long et le sortir sur grand écran. En 2010, la cinéaste donne naissance à un enfant en situation d’handicap, appelé, comme dans le film, David. Les contours de l'histoire de Caravane éclosent, mais mettront des années à se faire, à cause de financement empêché en République Tchèque. Finalement, 16 ans après ce court-métrage primé, Caravane voit le jour et est projeté au Festival de Cannes, dans la section Un Certain Regard 2026. Quel long chemin semé d’embûches. Le film, de par son voyage à l’errance sensible et émotive, peut aussi, dans un sens, être une métaphore de ce processus.
© Les Alchimistes
Les mots du silence
Caravane dépasse le simple cadre du cinéma. La spontanéité et sincérité des mots et des images captivent le spectateur. C’est aussi un film de comédiens. Aňa Geislerová livre une prestation bouleversante où son visage devient le tableau de ses douleurs, de ses joies, de ses espérances. Elle souhaite ne plus être qu’une mère et “redevenir” une femme, avec ses envies, ses désirs, ses sentiments. Juliána Brutovská est le symbole d’un regard différent, d’une acceptation d’une situation incomprise, à la dérive. Et que dire, enfin, de David Vodstrcil, acteur non professionnel et en situation d’handicap mental : il accapare l’écran à chacune de ses apparitions. Les silences sont dès lors plus authentiques que les paroles, parfois tempétueux, parfois décalés, toujours touchants. La mise en scène apporte cette fluidité émotive. Le film respire et vit, comme ses personnages, en quête de liberté et d’existence. On aime suivre ce trio, même si le film n’arrive pas à donner de la place à chacun. Qu’importe, cette 1h40 est une proposition unique que vous ne retrouverez pas cette année.
La note : 4 ♥ / 5
Zuzana Kirchnerová n’abordait pas un sujet facile en traitant de l’handicap mental. La cinéaste s’empare d’une thématique personnelle pour livrer un film d’une profonde sensibilité. Un joli coup de cœur.
Crédit photo image de couverture : © Les Alchimistes
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