2026-02-27
The King Tibe (ou La Grande Marée) : Le pouvoir du fondamentalisme religieux et de ses croyances
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The King Tibe de Christian Sparkes est un film trop méconnu sur notre territoire. Objet filmique passionnant, source de réflexions et d'analyses, La Grande Marée, dans sa version traduite, aborde la question de la religion, des croyances et du fondamentalisme. (Re)découvrez cet article issue du numéro 51 de TACK magazine !
L'enfant tombé du ciel
Sur une île rocheuse, vit une petite communauté en autarcie. Des maisons dispersées de part et d’autre jonchent le sol rocailleux. La pêche est la manière principale de nourrir cette population qui ne désire pas entrer en contact avec le continent. Sauf que depuis quelques années, les poissons se font de plus en plus rares dans l’océan, à cause de la pêche intensive et du réchauffement climatique. Il est dès lors difficile de nourrir comme il faut toute la communauté. Les tensions se cristallisent. C’est alors qu’au gré d’une marée apparaît comme par un enchantement divin un bébé dans une barque échouée. Les habitants se précipitent en contrebas de l’île et découvrent l’origine des cris entendus plus haut. Ils y voient un signe de Dieu. Bobby et Grace, un couple sans enfant, décident d’adopter le bébé qu’ils nomment Isla, dérivé du mot « île » dans la langue écossaise. Dans le folklore et les légendes du pays au chardon, ce prénom est associé à la beauté naturelle, à la force et au mystère. Très vite, Isla développe des pouvoirs magiques ; elle possède des dons de guérison et attire miraculeusement les poissons une fois sa main plongée dans l’océan. La ville peut donc à nouveau prospérer… jusqu’au jour où les pouvoirs d’Isla s’éteignent à la suite d’un événement tragique…
Du divin au fléau
The King Tibe ou La Grande Marée est un film (injustement) passé inaperçu en France et sur les plateformes de SVOD. Le long-métrage réalisé par Christian Sparkes secoue dans son déroulé narratif et ses thèmes abordés. Il parle de multiples sujets qui s’imbriquent à la perfection, entre le fondamentalisme religieux et la quête d’un pouvoir divin.
Alors que l’inquiétude et le désespoir secouent les habitants de cette petite île, un miracle a lieu, comme si Dieu leur donnait de sa main un enfant pour survivre et prospérer loin du continent prétendument hostile. Isla symbolise l’espoir enchanteur. Les habitants revivent à nouveau, quitte à outrepasser les limites humaines, en faisant de cet enfant un « objet » de guérison, une « fonction » qui apporte soin et nourriture. Elle est le pouvoir. Et qui détient la clef, détient la domination. Forcément, les tensions commencent à naître de manière sous-jacente au sein de la communauté, où chacun cherche à glaner du pouvoir. Et quand Isla perd son don à la suite d’un terrible accident, tout finit par éclater. Les plus bas instincts s’éveillent, quitte à bafouer les valeurs humaines. Dès lors, le film bascule dans une horreur pernicieuse et malsaine. Les citoyens se heurtent à des dilemmes moraux qu’ils décident, pour la majorité, d’enfreindre. Isla devient à la fois la béatitude et la damnation, notamment pour Faye (jouée par Frances Fisher), la grand-mère malade qui retrouve enfin sa tête et son esprit grâce à l’enfant divin. Coûte que coûte, Isla doit continuer à la guérir et la nourrir comme pour les autres habitants, même quand ses forces l’abandonnent. L’épouvante germe de l’intérieur et ce qui devait être une bénédiction se transforme en une malédiction…
Jusqu’à l’obsession
La Grande Marée montre comment le divinatoire peut être manipulé et engendrer le fanatisme. Faye représente ce sectarisme exacerbé. Le film évoque le pouvoir dans toute sa largesse, en allant à la rencontre de tous les points de vue. Une approche non manichéenne qui permet d’interroger et de heurter le spectateur, de le confronter à des choix imparfaits. Le tout dans un écrin cinématographique de haute volée où l’environnement de l’île est dépeint comme de somptueux tableaux. Les quelques VFX sont de qualité, notamment lors de l’arrivée massive des poissons autour de l’embarcation de pêche, une fois la main d’Isla plongée dans l’eau.
La Grande Marée est un long-métrage qui transcende le pouvoir et montre jusqu’où l’être humain peut aller dans son obsession fanatique. Si certaines personnes conservent leur humanité, l’attrait à l’éternel engendre aussi des comportements diaboliques. Jusqu’au dernier effroi, emporté dans une dernière marée…
Article issu de l'édition 51 Marée et métamorphoses
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