2025-09-22
Soundtrack to a Coup d'Etat : Autopsie d'un assassinat politique sous fond de jazz
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Le 1er octobre sort sur nos écrans le film-documentaire hors norme réalisé par le talentueux Johan Grimonprez : Soundtrack to a Coup d’Etat. Durant deux heures trente, le spectateur se trouve immergé dans l'histoire de la décolonisation et de l'indépendance du Congo en 1960 et du rôle des États-Unis et de la Belgique dans l’assassinat de Patrice Lumumba, alors Premier ministre, en 1961. Un crime ayant été possible, entre autres, par une manœuvre de la CIA qui s'est servi de la venue au Congo de Louis Armstrong, un Ambassadeur du Jazz, comme couverture. Johan Grimonprez décortique méthodiquement cette affaire aussi hallucinante qu’épouvantable, le tout accompagné d’une bande-son jazzy. L’ensemble donne une oeuvre à la documentation extraordinairement riche et pertinente. Un film sans concession, aux accents de thriller et d'espionnage. Retour sur un coup de cœur qui prend aux tripes.
Hollis Brown
He lived on outside of town
Hollis Brown
He lived on outside of town
With his wife and five children
And his cabin broken down…
C’est sur une musique jazz que nous commençons ces lignes, sur le titre « The ballad of Hollis Brown » de Nina Simone. Comme lors de son show en 1965, les pieds tapent le sol à mesure que les corps s’enflamment sur la piste de danse. D’autres après elle montent sur la scène, comme Louis Armstrong, Dizzie Gillespie et Max Roach, prêts à faire corps avec la musique et à se mélanger dans les notes propulsées. Les doigts pincent les cordes, les cuivres respirent à plein poumon, la sueur tapisse le visage des chanteurs et des musiciens, tandis que les spectateurs, hypnotisés par ce spectacle bouillonnant, entrent dans une forme de transe indescriptible. Le jazz, musique de toutes les musiques, né au début du siècle dernier, constitue la « bande-son » du nouveau documentaire de Johan Grimonprez. Les partitions parcourent les images d’archives, les témoignages, les extraits audio, distillés puis réunis pour constituer une œuvre dense, puissante et nécessaire sur un épisode effarant de la Guerre froide. Un roller-coaster musical qui nous rappelle que le jazz n’est pas qu’un simple genre musical : c’est un véritable protagoniste et une arme politique.
Louis Armstrong © droits réservés
Les Ambassadeurs du Jazz : la parfaite couverture
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale naît la Guerre froide, qui sera une guerre d’influence et de propagande. Une période où les États-Unis (L’Ouest) et l’URSS (L’Est) s'affrontent sur le plan idéologique, par des guerres régionales et ponctuelles, par une course aux armements, notamment atomiques. D’autres enjeux comme la conquête spatiale sont au cœur de cette lutte entre les deux superpuissances. Le documentaire Double Take (2010) de Johan Grimonprez évoque justement cette période via un jeu de dualité et de paranoïa. Avec Soundtrack to a Coup d’Etat, le réalisateur évoque à nouveau cette guerre en se recentrant sur les événements ayant entraîné la mort de Patrice Lumumba, Premier ministre d’un Congo nouvellement indépendant, avec la connivence des États-Unis et de la Belgique. Pour ce faire, Johan Grimonprez choisit l’angle du jazz comme munition politique. La guerre passe aussi par l’art et la musique. À la fin des années 50, alors que les ballets du Bolchoï et du Kirov sont applaudis partout dans le monde, « les responsables américains ont (…) l’idée d’utiliser le jazz pour représenter la culture américaine dans ce qu’elle avait de plus singulier. » C’est « la naissance de ce qui fut connu sous le nom Jazz Ambassadors ».
Le jazz est aussi libre que les États-Unis, telle est la mentalité des dirigeants américains de l’époque. Il faut donc envoyer ces ambassadeurs du jazz « où l’alliance à l’est ou à l’ouest n’est pas encore décidée, afin de dorer l’image des États-Unis et d’exposer fièrement les valeurs de la démocratie américaine », d'après l'article « Le hot jazz, arme improbable contre la Guerre froide » (2021) de Léopold Tobisch. Dizzy Gillespie devient le premier ambassadeur du jazz et est envoyé avec son orchestre de dix-huit musiciens « en Iran, Pakistan, au Liban, en Turquie et en Yougoslavie ». Le succès est total. Duke Ellington, Louis Armstrong, Dave Brubeck emboîtent le pas de Gillespie. En 1960, Louis Armstrong est envoyé au Congo où « il sera accueilli comme un roi (…) porté sur trône dans les rues ». Sauf que derrière cette venue, se cache une toute autre raison. Le célèbre trompettiste n’est en réalité qu’un « cheval de Troie pour la CIA ». L’hôte d’Armstrong durant cette visite n’est nul autre que Larry Devlin, chef de station de la CIA en Afrique centrale. Outre les intérêts économiques d’une telle rencontre (la province de Katanga possède des infrastructures minières cruciales, avec plus de 1500 tonnes d’uranium), un autre enjeu, politique cette fois-ci, est débattu : le sort de Patrice Lumumba. Les États-Unis craignent que l’homme politique congolais fasse basculer le pays dans le camp soviétique, et, avec lui, l’exploitation de l' uranium si précieux pour les armements américains, surtout atomiques. Il y a donc un nouvel épisode de la Guerre froide qui se joue en arrière-plan.
Le basculement des régions dépendant de l'orbite des puissances coloniales non seulement affaiblit les alliés européens potentiels des États-Unis, mais aussi prive les États-Unis eux- mêmes de l'accès aux bases et ressources matérielles de ces régions en cas de guerre. Si les pays récemment ou actuellement libérés s'orientent vers l'U.R.S.S., la sécurité militaire et économique des États-Unis serait sérieusement menacée. - C.I.A, le 3 septembre 1948.
Les Ambassadeurs du jazz / © droits réservés
Les doubles
La première heure de Soundtrack to a Coup d’Etat narre cette période de l’Histoire et pose méthodiquement ses enjeux. Elle nous amène dans plusieurs directions et déstabilise le spectateur par sa forme inhabituelle, extrêmement riche en informations. Ici, nous ne sommes pas face à un documentaire « classique », au format calibré d’une cinquantaine de minutes, comme peut le proposer brillamment la chaîne ARTE. Nous ne sommes pas non plus dans un sensationnalisme malvenu et bourré d’encarts numériques, comme peuvent le proposer Netflix et consorts. Non, Soundtrack to a Coup d’Etat détonne par sa construction atypique, son parallélisme pertinent entre l’utilisation du jazz à des fins politiques et le coup d'État contre Patrice Lumumba en 1961. Le jazz est politique et il parcourt le film de sa liberté. Sauf que derrière cette liberté se cachent d’autres intérêts, économiques et politiques. Le documentaire de Johan Grimonprez est une œuvre cinématographique à part entière, un audacieux pamphlet sur les pages obscures de l’Histoire de la Belgique et du monde occidental.
Johan Grimonprez n’en est pas à son premier coup d’essai. C’est un véritable virtuose du film-documentaire, qui n’hésite pas à proposer des expériences cinématographiques uniques et des constructions narratives étonnantes. Dans Double Take (2010), le cinéaste crée déjà un parallèle entre l’obsession du double et de la dualité chez le « maître du suspense » Alfred Hitchcock, et la bataille à tous les étages entre les États-Unis et la Russie durant la Guerre froide, l’un étant une sorte de duplicata de l’autre. Une musique lancinante et répétitive, couplée à un montage tortueux, propre à l’univers d’Hitchcock, ajoute un aspect paranoïaque à l’ensemble ; une paranoïa qui s’exprime également entre les deux puissances mondiales qui se font face. On retrouve cette construction atypique dans Soundtrack to a Coup d’Etat. Johan Grimonprez assemble méticuleusement son récit, sans jamais aller trop vite. Il parle du jazz et de ses ambassadeurs américains, de la politique internationale, de la crise au Congo, avec un éclairage d’une grande précision. Puis, les lignes narratives s’assemblent et proposent un chemin vers le cœur du sujet : le coup d'État des américains contre Patrice Lumumba, avec le soutien de la Belgique, et toutes les discussions politiques gravitant autour de cet événement.
Nikita Khrushchev et Dwight D. Eisenhower / © AP
Patrice Lumumba : la mort d'un rebelle
Le 17 janvier 1961, le premier ministre du Congo, Patrice Lumumba, « meurt en brousse », comme l’indique son certificat de décès. Pour comprendre cette mort, il faut remonter à la fin du XIXe siècle. D’après l’article « Il était une fois la colonisation au Congo… » (2019) de Hassina Semah, pour la RTBF, « la colonisation du Congo se découpe en deux grandes parties : la première phase (1885-1908) où le Congo était la propriété personnelle du roi Léopold II et la seconde phase (1908-1960) où le territoire congolais était la colonie de l’État belge ». En 1885, Léopold II récupère, durant la conférence de Berlin, où les puissances européennes se partagent l’Afrique, le Congo dont il est proclamé roi. Cette première phase de colonisation entraîne « l’un des plus grands massacres de l’Histoire » (évalué par certains historiens à plus de 10 millions de victimes). En 1908, le roi Léopold II lègue le Congo à l’État belge. La colonie est alors rebaptisée Congo belge. Après une première phase sanglante, source de critiques, la Belgique cherche à lisser son image « en s’inscrivant dans une mission civilisatrice », en « éduquant les populations africaines y compris par la force ». En 1959, la population cherche à renverser la colonie en se révoltant et en attaquant les symboles de la domination coloniale. Elle subira une répression des plus violentes. Le 30 juin 1960, le Congo obtient son indépendance à la suite de nouvelles révoltes. Joseph Kasavubu devient le premier président du Congo indépendant et nomme Patrice Lumumba, figure célèbre pour sa lutte acharnée et radicale, premier ministre.
Patrice Lumumba, homme politique de culture, passionné par la lecture, par les discours du général De Gaulle, par l’Afrique coloniale française, refonde en 1958 le Mouvement national congolais (MNC), le seul à vocation nationale. Lumumba « se propose désormais de libérer le Congo de l’emprise du colonialisme impérialiste et d’obtenir par des voies pacifiques l’indépendance du pays. » Il prend ensuite conscience de la force du nationalisme africain lorsqu’il participe, en décembre 1958, à la conférence des États africains indépendants d’Accra. Il s’imprègne des discours radicaux de leaders africains. « Mais, tandis qu’il sillonne le pays et consolide sa popularité, qui déborde son fief de Stanleyville, la direction du MNC est traversée de nombreuses rivalités. Il n’y prend pas garde. Elles lui coûteront des défections, et plus tard des ennemis irréductibles, tel Albert Kalonji, qui fera sécession au Kasaï. »
Lors de la cérémonie d’indépendance à Léopoldville, le 30 juin 1960, le roi Baudouin « prononce son discours à la gloire de la colonisation », le tout « sur un ton paternaliste ». Patrice Lumumba clame ensuite un discours imprévu qui va fortement contrarier le roi de Belgique. L’homme politique congolais parle de racisme, de terres spoliées, d’exploitation effrénée, « d’humiliant esclavagisme ». Il souligne que la Belgique n’a pas offert l’indépendance au Congo, mais qu’elle a été conquise par la lutte. Il dresse un véritable « réquisitoire contre le système colonial ». La journaliste Augusta Conchiglia écrit dans le Monde diplomatique que son destin a peut-être été scellé ce jour-là et que « ses amis lui reprocheront sa surestimation des rapports de force ». Car après ce discours, tout s’est accéléré :
« Cinq jours plus tard, deux garnisons de la force publique se mutinent contre leurs officiers belges. C’est la panique : exode massif des colons et des fonctionnaires, intervention des troupes métropolitaines, sécession du Katanga. Le 15 juillet, les casques bleus de l’ONU débarquent à Léopoldville, à la demande du gouvernement. Ils n'empêchent pas la dégradation de la situation et assisteront passifs à l’arrestation de Lumumba, destitué par Kasavubu le 5 septembre. Avec deux fidèles, il est torturé et assassiné le 17 janvier 1961 au Katanga, avec la complicité belge et le soutien des Etats-Unis, dont la CIA, qui reconnaîtra plus tard son rôle actif. »
Patrice Lumumba / © droits réservés
Les images au service de la mémoire
Après un début plus tortueux, Soundtrack to a Coup d’Etat raconte avec précision cet épisode dramatique qui fait date dans l’histoire du Congo. On se retrouve devant une œuvre au tempo jazzy, qui propose un florilège d’archives, d’audio, d’extraits écrits, le tout d'une qualité remarquable. On est captivé, presque hypnotisé, par ce rythme endiablé. Mais on est surtout abasourdi par la perfidie américaine et belge. Les scènes à l’ONU sont d’une puissance folle ; les interventions de Nikita Sergueïevitch Khrouchtchev, premier ministre de l’URSS, avec sa gestuelle grandiloquente, ses envolées verbales enflammées, restent en mémoire.
L’époque est en proie à des bouleversements politiques majeurs avec la création des États-Unis d’Afrique, qui ne tiendra pas dans le temps. On découvre également les autres protagonistes du film, comme Malcom X, leader afro-américain et internationaliste, Miriam Makeba, chanteuse sud-africaine et militante anti-apartheid, Fidel Castro, leader de la Révolution cubaine ou encore Kwame Nkrumah, Président du Ghana.
Il y a aussi une figure centrale de la décolonisation du Congo, citée à de nombreuses reprises par le réalisateur durant notre entretien à retrouver sur notre site : Andrée Blouin. Militante panafricaine et féministe, cheffe de protocole et rédactrice des discours de Lumumba, convaincu qu’une Afrique unie était le seul chemin vers une véritable indépendance, elle joue un rôle important dans la révolte de 1960. Elle entre dans le gouvernement de Lumumba et mobilise des milliers de femmes congolaises à travers le Mouvement féminin pour la solidarité africaine.
Johan Grimonprez : Il n’est donc pas étonnant que les services secrets belges tentent de discréditer Blouin : on l’a tour à tour présentée comme communiste, « courtisane » des dirigeants africains, ou encore comme une redoutable femme fatale. Lorsque ces campagnes de diffamation se révélèrent inefficaces, et que la victoire de Lumumba devint inévitable, elle fut expulsée du pays quelques jours avant l’indépendance. Dans ses mémoires, elle raconte comment elle transforma cette expulsion en arme politique : avant d’embarquer, elle cacha un document dans son chignon. Ce document, une fois arrivé en Europe, prouvait que c’était bien Lumumba, et non Kasa Vubu (le candidat soutenu par la Belgique), qui avait constitutionnellement le droit de former un gouvernement. La Belgique ne pouvait plus contester la légitimité de son élection.
Eve Blouin, fille d'Andrée, a ouvert ses archives familiales et films personnels pour ce documentaire, tout comme l'écrivain franco-congolais In Koli Jean Bofane.
La grande force de Johan Grimonprez est de raconter tous ces récits, de présenter toutes ces personnes devenues le temps d'un film personnages, en gardant une ligne directrice claire et originale. Il y a une forme de désillusion qui parcourt le métrage. Johan Grimonprez veut se confronter à « une des pages les plus obscures de l’histoire de la Belgique », quitte à creuser dans la bassesse la plus abjecte de l’Occident. C’est une mise en lumière sans concession d’un drame qui n’a pas encore livré tous ses secrets.
Johan Grimonprez : Si les atrocités commises par la Belgique durant la colonisation sont désormais largement reconnues, la période entourant l’indépendance du Congo reste encore souvent abordée à mots couverts.
Un devoir de commémoration
L’enquête publiée par le Guardian, nommée « Louis Armstrong and the spy : how the CIA used him as a trojan horse in Congo » date de 2021, soixante ans après l’assassinat de Patrice Lumumba. Le passé colonial des puissances occidentales est sujet à un tabou encore fortement présent. Elles préfèrent fermer les yeux sur les exactions du passé et faire comme si de rien n’était. Soundtrack to a Coup d’Etat est une manière puissante et nécessaire de continuer à montrer aux yeux du monde la vérité, même si elle est difficile à admettre. C’est un devoir de mémoire.
Johan Grimonprez : Le colonialisme n’a pas disparu. Il a seulement changé de costume.
Aujourd’hui, l’art est un des moyens de raconter l’histoire coloniale au Congo. En 2013, l’artiste congolais Dieudonné Niangouna crée Shéda, « une épopée grandiose de cinq heures, nourrie de folie artistique ». En 2020, c’est par le jazz et le théâtre que cette histoire est clamée avec le spectacle « Congo Jazz Band », écrit par Mohamed Kacimi et mis en scène par Hassan Kouyaté. Soundtrack to a Coup d'Etat s'inscrit dans cette lignée.
« Louis Armstrong and the spy : how the CIA used him as a trojan horse in Congo » publié dans The Guardian, en 2021.
Le poing levé
Soundtrack to a Coup d’Etat est un film-documentaire d’une rare ambition. C’est une réussite totale qui vous tiendra en haleine de la première à la dernière image. C’est un thriller musical par moments dantesque, fruit d’un travail de recherches monstre. Ce n’est pas pour rien si le film a remporté de nombreux prix dans le monde comme le « Prix Spécial du Jury du World Cinéma Documentary pour l’Innovation Cinématographique » au Festival Sundance 2024 et le « Grand Prix documentaire musical » au FIPADOC 2025. C'est un grand film au service d'une vérité que les puissances occidentales espèrent faire oublier.
Cet article ne se terminera pas par un paragraphe de conclusion comme à l'accoutumée, mais par les mots prononcés par Patrice Lumumba le 30 juin 1960. La puissance des films-documentaires comme Soundtrack to a Coup d'Etat est de faire prolonger l'histoire après sa diffusion. On cherche à comprendre et à appréhender une telle tragédie, à obtenir des renseignements supplémentaires sur tel ou tel protagoniste, à écouter en boucle la bande-son survolté du métrage. Un film est une galaxie et Soundtrack to a Coup d'Etat en est la plus belle preuve. Grâce à lui, nous avons découvert le discours si poignant, si cru dans sa vérité de Lumumba. Comme nous, nous vous invitons à en apprendre encore plus, à prolonger votre expérience et à relire ces derniers mots, comme un poing levé face à l'omerta et aux mensonges.
Extrait du discours de Patrice Lumumba lors de la cérémonie de l'indépendance le 30 juin 1960 à Léopoldville, sept mois avant son assassinat (retranscription par le site Perspective Monde) :
« A vous tous, mes amis qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez ineffaçablement gravée dans vos coeurs, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants, pour que ceux-ci à leur tour fassent connaître à leurs fils et à leurs petits-fils l'histoire glorieuse de notre lutte pour la libertés. Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd'hui dans l'entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d'égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c'est par la lutte qu'elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n'avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang. C'est une lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu'au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l'humiliant esclavage, qui nous était imposé par la force.
Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire (...)
La République du Congo a été proclamée et notre cher pays est maintenant entre les mains de ses propres enfants (…) ».
Sources :
Burke J., 2021, « Louis Armstrong and the spy : how the CIA used him as a trojan horse in Congo », The Guardian.
Conchiglia A., 2006, « Patrice Lumumba, un rebelle d’Afrique », Le Monde diplomatique.
France Inter, 2004, « Patrice Lumumba, l’indépendance assassinée ».
Lefebvre J., 2006, « Alfred Hitchcock, l’obsession du double », Cycnos.
Le Point, 2021, « Armstrong aurait été le cheval de Troie de la CIA au Congo en 1960 ».
Moller N., 2017, « Qu’est-ce que le jazz ? », France Musique.
Noraogo K., 1992, « Les États-Unis et le nationalisme en Afrique noire à l'épreuve de la décolonisation (Deuxième Guerre mondiale-1960), Revue française d'histoire d’outre-mer.
Source image de couverture : © British Pathé
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