2026-02-26
Scream 7 : Une catastrophe artistique et industrielle à la production problématique
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Scream 7 est au cinéma depuis le 25 février 2025. La célèbre franchise revient aux sources, dans un volet dénué d'originalité et d'audace. Un film problématique, de sa production à sa réalisation, qui s'enfonce scène après scène dans la médiocrité abyssale. Retour sur un naufrage artistique et industriel.
A l'origine de la sortie de route
La production chaotique de ce 7e volet présageait déjà de la catastrophe industrielle à venir. Après la mort de Wes Craven, papa de la saga et réalisateur des 4 premiers films, la machine hollywoodienne a pris le relais pour continuer à essorer une franchise déjà à bout de souffle. Le duo Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin ont proposé leur vision de Scream, en essayant de redynamiser les règles de Woodsboro. Dans le 5e volet, le legacy sequel était au cœur du côté méta propre à la saga. La final girl Sidney Prescott (Neve Campbell) passait une tête tout en transmettant le flambeau à Samantha Carpenter (Melissa Barrera) et Tara Carpenter (Jenna Ortega), les héroïnes de cette version new look. Un film qui essayait de construire une mythologie originale sur la mythologie originelle. Dans le 6e volet, point de Sydney, l’actrice Neve Campbell demandant un salaire trop important. Qu’à ne cela ne tienne, le duo de réalisateurs rempile et exporte l’action pour la première fois hors de Woodsboro, à New York. Ghostface y délaisse le temps d’une scène (assez réussie) son célèbre couteau pour un fusil à pompe (une idée qui ne reviendra malheureusement jamais). Mais le film n’a pu s’empêcher de faire des rappels putassiers à notre nostalgie avec le retour de Courteney Cox dans le rôle de Gale Weathers. Malgré l’investissement de la nouvelle génération, Scream 6 rate tout, notamment son final des plus ridicules.
Le succès au box-office de Scream 6 pousse la Paramount a enclenché un nouveau film. Le script est écrit, les plans établis. C’est alors que Melissa Barrera enchaîne les tweets en soutien à la Palestine à la suite des attaques meurtrières d’Israël. L’actrice est évincée du projet. En soutien, Jenna Ortega, très investie pour la cause palestinienne, quitte à son tour le film. Christopher Landon, engagé comme nouveau réalisateur, suit le pas, à la suite de menaces de mort de la part d’internautes. On pensait la saga enterrée pour un petit moment. Pourtant, quelques mois après tous ces départs, Neve Campbell annonce son retour pour Scream 7 (contre un chèque qu’on devine mirobolant) et le scénariste de Scream, Scream 2 et Scream 4, Kevin Williamson, est engagé en tant que réalisateur. Courteney Cox sera aussi de la partie.
Avec l’éviction de Melissa Barrera et le départ de Jenna Ortega, les producteurs ont perdu des têtes d’affiche bankable pour la jeune génération. Le pari (qu'on peut qualifier de cupide), avec le retour des protagonistes originels de la saga, est évidemment de faire vibrer la fibre nostalgique des fans de Scream. Adieu toute ambition artistique, bonjour classicisme calibré. Une telle décision, purement financière, pose de sérieuses questions morales et éthiques et n’inaugurait rien de bon. Le résultat est encore pire que prévu.
L'originalité portée disparue
Quand un film n’a pas de projection presse, ce n’est jamais très bon signe. Avec Scream 7, cette règle s’applique une nouvelle fois. Tout est raté, du début à la fin. On assiste, médusé, à une catastrophe industrielle totale, à un film qui s’écroule de scène après scène. Les minutes défilent et un constat se pose : ce nouveau volet n’aurait jamais dû voir le jour. C’est une énième manœuvre de la part de producteurs de surfer sur la vague émotionnelle provoquée par la saga Scream. Mais rien dans ce film ne justifie la mise en place d’une nouvelle itération.
Kevin Williamson, réalisateur du divertissement Sick (2022), slasher sur la période Covid, n’apporte aucune magie et trouvailles visuelles à une saga qui tourne en rond depuis bien trop longtemps. Si la photographie du film est acceptable, la pauvreté de la mise en scène est désespérante. Tout est plat ; un enchaînement de contre-chant dénué d’audace. Les jump scare sont tellement répétés qu’on finit par en rire. Tout est mécanique. Dès qu’une idée fonctionne à peu près, elle est réutilisée encore et encore. C’est, dans un sens, une mise en abîme réussie et involontaire de la franchise. En somme, ce “pseudo” film d’horreur ne provoque aucun frisson et ne propose que du réchauffé indigeste. Là où Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin tentaient de nouvelles approches, pas toujours réussies, certes, Kevin Williamson propose un film déjà vu, sans une once d'audace. Et ce n’est même pas l’aspect le plus raté du film.
Un film sans âme
Comment Kevin Williamson, le scénariste des premiers Scream, a pu valider une telle infamie scénaristique ? On ne peut y croire ! Puis, on se pose et on réfléchit aux 4 premiers films. Si les histoires se tiennent globalement (non sans certaines incohérences), elles n’ont jamais été le point fort de la saga. Wes Craven parvenait à sublimer des scénarios classiques, par un découpage millimétré, un rythme haletant et des clins d'œil horrifiques réguliers. La grande force des premiers Scream, c’est aussi la mise en place maligne d’un côté méta absolument réjouissant. Wes Craven chérissait son bébé, le malmenait même par moments. Dans Scream 7, on bafoue l'héritage de son maître artisan. On insulte la mythologie de Scream pour livrer un slasher conformiste. Pire, le côté méta, fer de lance original de la franchise, n'existe quasiment plus, à part dans une scène d’introduction peu inspirée, une question sur Freddy, une référence à Jamie Lee Curtis et l’affiche de Massacre à la tronçonneuse dans un cinéma à l’ancienne. C’est maigre, forcé et paresseux, surtout que ces bribes de mise en abîme n’apportent quasiment rien à l’histoire, contrairement aux premiers volets. Aujourd'hui, le style et les codes initiés par Wes Craven ne sont plus qu'à l'arrière-plan, prêt à être effacé. Bien sûr, une franchise peut et doit évoluer, se renouveller, mais souvent, il vaut mieux la laisser là où elle est et arrêter de tirer sur une corde devenue ficelle.
Le scénario de Scream 7 laisse pantois. On pensait avoir touché le fond avec Souviens-toi… l’été dernier sorti l’année dernière, mais le pire n’était pas encore atteint (c’est dire). Le retour de Sidney est tellement forcé et dénué d'intérêt, que tout son (non) développement devient gênant. Neve Campbell cabotine et ne croit même pas à cette histoire. Son personnage n’a plus rien à dire : il est essoré jusqu’à la lie. C’est uniquement une caution nostalgique. Un nouveau Ghostface à Woodsboro fait son apparition ? Est-ce Stuart Macher, tué dans le premier volet ? Rien qu’avoir pensé à une telle idée donne mal à la tête. Là où Scream 7 aurait pu être le renouvellement d’une formule épuisée, en dévoilant l’identité du tueur à la tête de fantôme dès le début, l’audace ne dure jamais. Car non, tout doit être calibré et rien ne doit dépasser. On ne croit jamais à cette histoire (comment les personnages peuvent croire à ça ?). Elle ne sert, une nouvelle fois, qu'à justifier l'apparition de têtes connues de la saga, à faire des clins d'oeil forcés aux fans. Le résultat est abominable et sans aucun sens, avec comme point culminant une scène comme un tourniquet nostalgique sur fond d'IA très embarassant. Le film perd avec ça le côté ludique et fun des films de Wes Craven. Il n'y a plus de passion et d'émotions. Malgré quelques mises à mort plutôt graphiques, Scream 7 manque de corps et étonnamment de pep’s. Les aberrations scénaristiques s’enchaînent et aucune ampleur n’est donnée au récit. Et ce n’est pas la révélation finale (compréhensible en 2 secondes) qui vient donner des bons points au métrage (au contraire !) Le jeu d’acteurs, plus qu’aléatoire, enfonce le dernier clou d’un cercueil qui auraît dû être enterré il y a bien longtemps maintenant. Mais tant qu’il y a de l’argent à se faire…
La note : 1 ♥ / 5
Scream 7 est un naufrage complet, l’archétype-même d’un projet industriel et mercantile dénué de sens. Problématique jusqu’à sa production, ce volet est le pire de la saga, et ce, malgré un 6e film déjà calamiteux. Une suite sans intérêt qui ne sert qu'à exploiter jusqu’à plus soif une licence essorée. Allô Sidney, il est grand temps de raccrocher.
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