Planètes : Plongée dans le bijou poétique et organique de Momoko Seto (Les Toiles Filantes 2026) | TACK

2026-02-18

Planètes : Plongée dans le bijou poétique et organique de Momoko Seto (Les Toiles Filantes 2026)

Écrit par :

Tandis que les vacances battent leur plein et que Marsupilami ou Zootopie 2 continuent d'engranger un nombre d’entrées considérables au box-office français, un festival pour enfants aux propositions filmiques singulières se tient à Pessac : Les Toiles Filantes. Pendant une semaine, le cinéma Jean Eustache convie toutes les familles à partager de beaux moments autour de films de grande qualité, en avant-premières, en séances spéciales ou dans la thématique de l’année “Ramène ta science”. TACK s’est rendu à la cérémonie d’ouverture afin de découvrir un des films d’animation les plus passionnants de ce début 2026 : Planètes de Momoko Seto. Et le déplacement, croyez-nous, en valait la peine !

 

Il s’est fait attendre ! Film de clôture de la 64e édition de La Semaine de la Critique Cannes 2025, Planètes pointe enfin le bout de son nez dans les salles obscures françaises le 11 mars 2026. Diffusé en avant-première durant Les Toiles Filantes de Pessac, le premier long-métrage d’animation de Momoko Seto est un bijou poétique et sensoriel, destiné à toute la famille. L’histoire raconte l’odyssée de 4 graines de pissenlit (appelées dans le générique de fin Dendelion, Baraban, Léonto et Taraxa), rescapées d’explosions nucléaires ayant ravagé la Terre. Elles se retrouvent propulsées dans le cosmos, jusqu’à atteindre une planète inconnue. Là-bas, les 4 graines devront affronter les éléments, la faune, la flore et le climat, afin de trouver une terre propice à la survie de leur espèce. 

 

 

 

TACK

 

 

Un travail scientifique minutieux

 

Dès les premières images, nous sommes embarqués dans cette aventure sensible, portée par une animation 3D maîtrisée. Nous ne sommes pas ici dans une animation dite “classique”, mais dans une hybridation passionnante. Momoko Seto prolonge son travail entamé sur la série de court-métrage PLANET avec l'utilisation de time lapse, de prises de vue en macro, et d'hyper-ralenti, en juxtaposant ces techniques d’animation sur des prises de vue réelles. Cette volonté crée une harmonie détonante entre la réalité et la fiction. Planètes est comme un laboratoire cinématographique avec, à sa tête, Momoko Seto. D’origine japonaise, elle est réalisatrice au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) et reçoit, auprès de cet organisme, Le Cristal du CNRS en 2021, la plus haute distinction pour une réalisatrice scientifique.

 

Avec Planètes, Momoko Seto prolonge son travail scientifique en posant un ancrage réel à l’imaginaire créé. On découvre ainsi la pousse express d’un pied de champignon (grâce à la technique du time lapse) qui apparaît comme une montagne à nos 4 graines de pissenlit. Pour arriver à de telles prouesses, il a fallu 260 jours de tournage (contre 40 à 60 en moyenne pour un film en prise de vue réelle), le tout étalé sur 2 ans et demi ! La faune et la flore ont ainsi été capturés sous toutes leurs coutures : bousiers, papillons de nuit, papillons de jour, limaces, têtards, grenouilles, mantes religieuses, pleurotes, mousses, blobs, fougères… Certaines prises de vue duraient parfois 4 semaines ! Un dispositif monstre qui témoigne de l'attention et de l'amour de la réalisatrice et de son équipe sur cet "autre" monde. Des scientifiques ont également conseillé l’équipe de tournage, offrant une crédibilité à cet univers proche, en de nombreux points, au nôtre. 

Une odysée personnelle 

 

Le premier film de Momoko Seto est traversé par les questionnements de sa réalisatrice. Arrivée en France à l’âge de dix-neuf ans, elle a suivi une éducation dans un lycée français à Tokyo depuis ses six ans. Est-elle française ? Est-elle japonaise ? Quelle est sa culture et sa place à l’intérieur de cette dernière ? Autant d’interrogations qui parcourent également le film : on suit le déracinement de 4 graines de pissenlit, qui se retrouvent “ailleurs”, dans le cosmos, sur une autre planète - à la suite d’explosions nucléaires -, telles des immigrés à la recherche d'un lieu pour exprimer leur désir de vivre ; on suit une errance, des fois dangereuses et imprévisibles, d’autres fois paisibles et merveilleuses ; on suit un enracinement recherché, espéré et nécessaire - voire vital -, malgré les aléas de l'existence et du monde extérieur. 

 

Planètes est un conte qui permet d’aborder les grandes thématiques de la vie (l’amour, la mort, la nature, la survie...) et offre des parallèles explicites avec notre Terre actuelle, notamment en matière d’écologie. Notre Monde est merveilleux et sa nature est un mystère qu’on apprécie déchiffrer, comprendre et apprendre. Un monde avec qui on aimerait dialoguer. L’infiniment petit est tout aussi renversant que l’infiniment grand, telle est la puissance démentielle de notre planète Terre, que l’on saigne malheureusement à longueur d’années, depuis bien trop longtemps. La biodiversité s’effondre, la nature se meurt. Les Hommes espèrent échapper à une catastrophe annoncée depuis des années, par coups de billets et d’artifices. Le Monde nous subsistera et la nature finira par reprendre ses droits, tôt ou tard. L’aventure périlleuse de ces 4 graines de pissenlit, c’est ce qui est déjà en train d’être joué dans de nombreux pays, notamment “en développement”, et qui prendra encore plus d’ampleur dans les années à venir. Dans Planètes, l’entraide et l’amour sont des moteurs de survie. Une histoire qui apporte de l’humanité à une humanité en danger, en crise sur tous les points de l’existence.

 

 

TACK

 

 

Une partition sensorielle et organique

 

Pour accompagner cette odyssée, les compositeurs Nicolas Becker et Quentin Sirjacq proposent une partition musicale enveloppée, touchante et atmosphérique. Les notes évoluent au fur et à mesure des environnements parcourus par nos héroïnes et des péripéties vécues. Le monde végétal est ainsi accompagné de synthétiseurs et d’instruments pop, a contrario des séquences dans le cosmos où une orchestration à cordes et un instrumentarium javanais de Gamelan sont utilisés. Le sound design a également été travaillé avec minutie, avec la création d’un langage unique et musical, comme lorsque nos quatre pissenlits s’enlacent pour se donner du courage (c'est d'une mignonnerie débordante !)

 

Planètes est un film d’animation singulier, qui allient sciences, aventures et émotions. Momoko Seto signe un premier long-métrage de qualité, qui explore avec une rare justesse des thématiques ancrées dans notre société actuelle. Par le biais d’un récit métaphorique, la réalisatrice propose une œuvre qui touchera toutes les générations. Planètes est une proposition organique, palpable, chatoyante, qui vient déclencher nos plus belles émotions. Un film qui n’a pas peur d’aborder toutes les thématiques de la vie, qui nous touche par sa sincérité et son honnêteté. Puissant visuellement et narrativement, de bout en bout, Planètes est le film d'animation de cette première partie d'année. 

 

Crédits photo image : © Miyu Productions – Ecce Films – Umedia Production – ARTE France Cinéma – CNRS - 2025

 

 

 

TACK

2024-12-14

2024-12-04

2024-11-17

2024-10-23

2024-10-20

Camp de Thiaroye : La mémoire empêchée d’un massacre français (grand format) The Brutalist : Une fresque fascinante sur les désillusions du « rêve américain » (grand format) Leurs enfants après eux : dans les silences d'une jeunesse perdue (FIFIB 2024) Les Tempêtes : La mémoire interdite de « la décennie noire » algérienne (FIFIB 2024) The Substance : Vous n’êtes plus seule(s) (FIFIB 2024) Dans le cadre de la 4e édition d’Afriques en vision, le film événement de 1988, Camp de Thiaroye, d’Ousmane Sembène et Thierno Fady Sow, fut diffusé dans une version restaurée aux spectateurs venus en nombre au Cinéma Utopia Bordeaux. L’occasion de mettre en lumière le 80e anniversaire du massacre des Tirailleurs sénégalais au camp de Thiaroye, commis par la France coloniale en 1944. Censuré depuis 36 ans sur notre territoire, Camp de Thiaroye peut enfin s’exprimer et se partager aux yeux de tous. Une œuvre poignante, douloureuse et fondamentale dans la compréhension du passé colonial français et des exactions qui y ont été commises. La guerre laisse des traces indélébiles sur le corps et dans l’esprit. László Toth, architecte et survivant juif des camps de concentration, émigre aux États-Unis. Quand le rêve américain s’offre à lui, les stigmates du passé ne feront que le rattraper. The Brutalist est une œuvre monumentale, menée par Adrien Brody, Felicity Jones et Guy Pearce, comme il en existe peu aujourd’hui. Entre fantasmes et illusions, le nouveau film de Brady Corbet convoque les fantômes du passé pour créer un drame poignant, douloureux et mélancolique. Adapter Leurs enfants après eux est un défi ambitieux. Ce roman de Nicolas Mathieu, primé par le Goncourt 2018, plonge dans la France des années 90, au cœur d’une vallée industrielle en déclin. Les frères Boukherma se concentrent sur Anthony pour traduire à l’écran l’ennui, la rage sourde et les rêves brisés de cette jeunesse. Fidèles à l’esprit du livre, ils proposent une mise en scène brute, portée par une esthétique saisissante. Les Tempêtes, réalisé par Dania Reymond-Boughenou, évoque « la décennie noire » algérienne par le prisme du conte fantastique. Dans une ville oubliée s’abattent des tempêtes de poussière jaune. Les morts reviennent à la vie, en compagnie de traumatismes interdits. Sous la forme d’un récit d’exil et de résilience, Les Tempêtes parle d’une période de l’histoire réduite au silence par l’État algérien. The Substance, réalisé par Coralie Fargeat, dénonce les dérives du culte de l'apparence et la pression exercée sur les femmes dans l'industrie du divertissement. Demi Moore y incarne une ex-star hollywoodienne qui, confrontée à l'obsolescence de sa beauté, teste un produit promettant la perfection. Ce film de body horror critique le regard masculin sur les femmes et explore des thèmes comme la jeunesse éternelle et la solitude, avec une esthétique baroque et provocante.