Marsupilami : Le pari (plutôt) réussi de La Bande à Fifi | TACK

2026-01-22

Marsupilami : Le pari (plutôt) réussi de La Bande à Fifi

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C’est l’événement de ce mois de février : le retour de “La Bande à Fifi” au cinéma et du personnage iconique du bédéiste Franquin : le Marsupilami. Ajoutez à ça la volonté de faire un reboot de l’adaptation d’Alain Chabat avec la présence de Jamel Debbouze et un budget de 30 millions d'euros (!), le carton en salle est d’ores et déjà assuré. Après le succès d’Alibi.com 2 (plus de 4 millions de spectateurs), le défi est de taille. Mission accomplie ? 

 

Un film qui souffle Lacheau...

 

Pas besoin d’être Nostradamus pour annoncer que cette nouvelle adaptation du Marsupilami en live action sera un des plus gros, si ce n’est le plus gros succès pour un film français en 2026. Après une année 2025 moribonde pour les salles de cinéma dans l'Hexagone, le film de Philippe Lacheau est attendu comme le messie par tout le monde ; l’amorce d'un rebond tant espéré. Les avants-premières pleines à craquer annoncent la couleur : ça sera une vraie déferlante ! Et ce futur succès sera globalement mérité. Oui, Marsupilami n’est pas le plus grand film de tous les temps, c’est un fait. Mais c’est un divertissement honnête, parfaitement tenu de bout en bout, qui satisfera les petits comme les grands. Les fans de La Bande à Fifi retrouveront tout ce qui fait le sel de leur cinéma : blagues potaches, rythme endiablé, comique de situation à gogo. La subtilité légendaire de la troupe (c’est ironique) est aussi de retour, le tout au service d’une histoire sympathique, qui, sans révolutionner le genre, trouve une efficacité redoutable. 

 

Philippe Lacheau propose une histoire originale autour du Marsupilami. Sa vision. Le postulat simpliste de l’histoire fonctionne : pour sauver son emploi, David (Philippe Lacheau) accepte un plan foireux : ramener un mystérieux colis d’Amérique du Sud sur ordre de son boss (Jean Reno). Il se retrouve à bord d’une croisière avec son ex Tess (Elodie Fontan), son fils Léo (Corentin Guillot), et son collègue Stéphane (Julien Arruti), aussi benêt que maladroit, dont David se sert pour transporter le colis à sa place. Mais que contient donc ce fameux colis ? Un bébé Marsupilami ! Et devinez-quoi, des braconniers sont aussi à sa recherche. On ne peut pas dire que c’est le synopsis du siècle (tout y est cousu de fil blanc du début à la fin), mais le film se montre assez généreux dans ses péripéties (certes factices) pour nous embarquer avec lui dans cette aventure. Les gags s'enchaînent à une vitesse record. Philippe Lacheau n’hésite pas aussi à faire des clins d'œil à des œuvres de pop culture (E.T L’extraterrestre, Le Grand Bleu, Indiana Jones…), sans tomber dans le cynisme d'Astérix et Obélix : L’Empire du milieu par exemple. La question de la famille est ici travaillée (comme souvent), même si tout reste classique et très en surface. Suffisant pour y trouver une forme de simplicité appréciable. 

 

 

 

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... et le froid

 

Philippe Lacheau sait être généreux et ne lâche jamais son spectateur du début à la fin. Bien sûr, si on s’attarde sur les détails du film, les défauts sautent aux yeux. La photographie, sans être hideuse, est insipide, le cabotinage finit par épuiser, voire lasser, les facilités scénaristiques sont énormes (la scène du laboratoire laisse pantois). La Bande à Fifi n’est pas connue pour sa finesse, ce n’est du reste pas pour ça qu’on regarde leur film. C’est davantage pour leur efficacité, leurs blagues aussi bien visuelles (de l'ordre du splastick) que textuelles (les jeux de mots, les quiproquos), leur absurdité amusante. Loin des très ratés (et gênants) Epouse-moi mon pote (2017) et 30 jours max (2019), Marsupilami est dans le haut du panier. Peut-être même le meilleur de la Bande. Il faut dire que Philippe Lacheau est meilleur réalisateur que son comparse Tarek Boudali. Tous les acteurs s'en donnent à cœur joie (Jamel Debbouze retrouve ici son bagou comique, perdu depuis plusieurs films). Les running gag fonctionnent également à merveille (notamment entre Julien Arruti et Debbouze). 

 

Ce roller-coaster comique possèdent d'autres limites, plus dérangeantes. L’accumulation de vannes éclipse les enjeux du film, qui finissent par devenir secondaires, voire tertiaires (et même, par moments, inexistants). Une forme de lassitude et de déception se crée quand on comprend que le film va passer une très grande partie (trois-quart du temps) du film sur un bateau de croisière, ce qui offre des décors assez pauvres, loin de la forêt luxuriante et visuelle du Marsupilami. Tiens, justement, parlons-en. Vous avez remarqué que pour le moment, nous n’avons que très peu parlé de la petite bête jaune à points noirs. Si elle est importante dans l’histoire, elle n’est pas utilisé à son plein potentiel. Elle n'apparaît du reste qu'au bout d'une demi-heure du film et une astuce l'éclipse dans le climax. Dommage. On aurait pu remplacer le Marsupilami par un autre animal rare que l’histoire aurait quasiment été la même. Heureusement, le Marsupilami peut briller dans quelques scènes et montrer toutes ses aptitudes (avec une scène en POV pas des plus réussis), mais on n’a quand même le sentiment de passer à côté de quelque chose de plus ambitieux. Mais le film va tellement à 100 à l’heure qu’on n’a même pas le temps de penser à tout ça. On se prend un wagon de vannes en pleine face, quitte à trouver de l’indulgence à des ratés évidents. Mentions spéciales au design impeccable du Marsupilami, fait en Animatronic (et en numérique lorsqu'il est en mouvement), et aux effets spéciaux de très bonnes factures. Le film sort le 4 janvier 2026 en salle. 

 

La note : 3 ♥ / 5

 

Philippe Lacheau réussit son pari d'adapter Marsupilami, en y apportant sa singularité reconnaissable entre mille. Si on retrouve toutes les faiblesses de La Bande à Fifi (scénario simpliste, photographie insispide, cabotinage lassant), force est de constater que le film fonctionne très bien et que de nombreux gags font sourire et rire. Ce nouveau live action est d'une bonne facture et satisfera toute la famille (si on apprécie l'humour de la troupe). Dommage, toutefois, de ne pas exploiter comme il se doit tout le potentiel du Marsupilami. 

 

 

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