Maigret et le mort amoureux : Le célèbre commissaire revient dans une enquête plus moderne, mais décevante  (critique ciné) | TACK

2026-02-20

Maigret et le mort amoureux : Le célèbre commissaire revient dans une enquête plus moderne, mais décevante (critique ciné)

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Pascal Bonitzer, réalisateur de Cherchez Hortense (2012) et Le Grand Alibi (2008) s’empare du personnage créé par Georges Simenon, Maigret, et confie le premier rôle au toujours excellent Denis Podalydès. Si cette nouvelle adaptation se veut plus moderne, le résultat est d’un classicisme total, dépourvu de rebondissements et d’une mise en scène audacieuse. Un coup de pistolet dans l’eau. En ce moment au cinéma.

 

Dépoussiérer le mythe

 

En 2022, Patrice Leconte avait remis sur le devant de la scène le célèbre commissaire Maigret, personnage culte créé par Georges Simenon en 1931. Gérard Depardieu prenait la relève de Jean Gabin, ce dernier ayant interprété l’homme à la pipe pendant trois films. Entre temps, Maigret a été porté sur le petit écran avec dans les rôles-titres Jean Richard, puis Bruno Cremer. Le défi était donc de taille pour le réalisateur de la trilogie des Bronzés, car passer après de telles figures iconiques n’était pas chose aisée. Gérard Depardieu, dans la droite lignée des itérations précédentes, incarnait un Maigret imposant et observateur. Malheureusement, cette adaptation s’est noyée par la figure écrasante de son interprète, à bout de souffle. Un film morne, impersonnel, à peine ranimé par des mouvements de caméra factices. Une œuvre profondément désincarnée et poussiéreuse. Tout ce qu’essaie de gommer Pascal Bonitzer dans Maigret et le mort amoureux, adapté du livre Maigret et les vieillards, paru en 1960. Le fluet Denis Podalydès se place en antithèse des précédentes adaptations en y apportant une fraîcheur, une innocence et un style intello. Pascal Bonitzer se met au diapason de son interprète en insufflant une modernité dans le cadre et la temporalité de l'histoire, une approche nouvelle dans cet univers déjà largement exploré. L’action est ainsi transposée dans les années 2000, alors que les ordinateurs et les téléphones sont monnaie courante dans les commissariats. Une étrangeté pour Maigret, un peu perdu dans ces changements opérés à vitesse grand V. Mais son intuition, ses raisonnements, eux, sont bien intacts et toujours aussi redoutables. 

 

 

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Un Maigret plus moderne

 

Maigret et le mort amoureux commence tambour battant, dans le vif du sujet, à tel point qu’on se demande s’il ne manque pas une ou deux scènes d’introduction. Pascal Bonitzer fait le pari de ne pas caractériser outre mesure le célèbre commissaire, ce dernier étant entré dans l’inconscient collectif depuis longtemps. L'enquête porte sur la mort de Monsieur Berthier-Lagès, ancien ambassadeur renommé. Le commissaire découvre rapidement que ce dernier entretenait une correspondance amoureuse avec la princesse de Vuynes, dont le mari, étrange coïncidence, vient de décéder. Si le scénario n’est pas le plus sophistiqué de la carrière de Georges Simenon, c’est surtout la porte ouverte à un film d’acteurs et d’interprétations. Denis Podalydès apporte un flegme à Maigret, tout en conservant ses célèbres répliques, certes (trop) littéraires, mais toujours dans le bon ton. Les autres acteurs de cette énigme amoureuse sont tous excellents, avec une mention spéciale pour la domestique du diplomate, personnage clef de l’histoire, incarnée par Anne Alvaro. 

 

Une fois dit tout ça, il en reste l’enquête, le nerf de la guerre. Si son procédé est efficace, elle reste dans un classicisme de bout en bout. Le bât blesse dans sa dernière partie, où le château de cartes s’écroule, où la frustration prend le pas sur le mystère. Maigret et le mort amoureux ne raconte pas grand chose sur son époque (passée et présente) et reste globalement plat tout du long. Bien sûr, on ne s’attend pas à des courses-poursuites effrénées, Maigret oblige, mais on est tout de même en droit de s'attendre à un vrai climax et non à une fin qui fait pschitt. Pascal Bonitzer nous donne des pistes à explorer, un vrai Cluedo familial, et en ce sens, le film par son côté ludique est réussi. Mais toutes les clés de compréhension ne sont pas suffisamment explicites pour apporter une satisfaction finale, surtout pour une enquête policière. En témoigne une dernière scène des plus crispantes.

 

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© SBS production

 

Maigret s'ennuie

 

Concernant la réalisation, Pascal Bonitzer nous propose une image plate, sans relief. Il n’y a pas grand chose à se mettre sous la dent, hormis quelques zooms lors d’interrogatoires. C’est globalement du champ contre-champ constant, sans grand intérêt. C’est du classique, plutôt bien réalisé, certes, mais qui aurait très bien pu se retrouver en téléfilm sur France 2 un mercredi soir. Ça fait le café, mais c’est bien tout. Seul le montage, d'une jolie précision, permet de donner un peu de corps et de vie à l'ensemble. Le film est court (1h20) et développe tout un tas de pistes que le spectateur doit lui-même comprendre. Certes, ne pas prendre le spectateur par la main est une idée audacieuse. Le laisser dans l’incompréhension en est une autre. Enfin, les scènes entre Maigret et son épouse ne servent qu’à donner une certaine humanité au commissaire, au détriment d’une femme dont on ne sait rien. Un énième rôle-fonction, qui aurait mérité d’être davantage creusé. 

 

La note : 2,5 ♥ / 5

 

Maigret et le mort amoureux est un film aussitôt vu, aussitôt oublié, coincé, comme son personnage, entre deux époques. Pascal Bonitzer tente de redynamiser un Maigret dépassé, qui n’a plus rien à nous apprendre. Une petite enquête policière en forme d'échec, sans relief, sans surprise.  A-t-on encore envie de voir ça en 2026 ? Pas de notre côté. 

 

 

Crédits photos : © SBS production

 

 

 

 

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