Les Oiseaux : La mélodie horrifique d'Alfred Hitchcock | TACK

2026-02-22

Les Oiseaux : La mélodie horrifique d'Alfred Hitchcock

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Le célèbre Les Oiseaux du maître du suspense, Alfred Hitchcock, est actuellement disponible sur la plateforme numérique d’ARTE. L’occasion de revenir sur ce film aux teintes horrifiques par le prisme de la musique et du son. 

 

Un classique d'angoisse

 

San Francisco, 1962. Une jeune femme et un avocat entament un jeu de séduction chez un oiseleur. Afin de le revoir, elle use d’un stratagème et décide de lui livrer elle-même un couple d’oiseaux, « les inséparables ». Sur la route, elle est attaquée par une mouette. Bientôt d’étranges phénomènes liés au comportement des oiseaux annoncent un drame imminent…

 

Les Oiseaux est un chef-d’œuvre qui traverse le temps et continue d’inspirer nombre de réalisateurs. Le film est dans la droite lignée des œuvres d’Alfred Hitchcock, du maître de l’angoisse et, dans un sens, de l’horreur. Car The Birds, en version originale, est un film purement horrifique, qui décontenance le spectateur par sa radicalité. La menace est extérieure. Elle est l’image du quotidien. En résulte des scènes hallucinantes de maîtrise, notamment l’attaque dans la maison, d'un anxiogène palpitant. Ou encore ce plan mythique à la toute fin du film (qu’on ne révélera pas ici), qui en raconte plus que mille mots. Hitchcock joue sur la menace et l’angoisse graduelle, bientôt inéluctable, en effectuant un travail minutieux sur le son. 

 

 

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Les battements d'ailes musicaux

 

Dans une des célèbres séquences du film, on découvre Mélanie Daniels, le personnage principal de l’histoire, qui s’assoit sur un banc à proximité de l’école de Cathy Brenner, la fille de Lydia Brenner. Mélanie attend la fin des cours et écoute le conte répété par les élèves dans leur classe “Rissle-dy, Rossledy”. Elle sort ensuite une cigarette et l’allume. Les secondes passent. Au fur et à mesure, les corbeaux se posent sur les barres métalliques des jeux pour enfants, à proximité de Mélanie. L'angoisse monte. Une fois la cigarette consumée, c’est une horde de corbeaux qui se tient derrière elle. L’atmosphère est anxiogène. On entend succinctement les battements des ailes des oiseaux noirs, prémices d’une attaque prochaine. On se demande quand cette dernière aura lieu. La menace plane. D’un regard, Mélanie s’aperçoit de ce regroupement et se précipite dans la salle de classe pour prévenir les enfants du danger extérieur. Pour sortir de l’établissement, il faudra faire doucement. La tension, déjà forte, augmente encore. Les adultes et les enfants s’aventurent dehors discrètement, espérant tromper la vigilance des bêtes. Mais rien n’y fait, les corbeaux les attaquent violemment. Des sons stridents et tapageurs sont expulsés, témoignages de la peur et de la douleur des innocents. Les cris des oiseaux font office de notes de musique, stridulantes et perçantes, telle une mélodie de l’horreur, distillée tout au long du récit. Ces sons jouent sur les émotions du spectateur, en rassurant ou en accentuant l’inquiétude générale. Alfred Hitchcock met en place une ambiance de déchaînement animal et meurtrier. Ici pas de musique, la complainte de l’épouvante se suffit à elle-même. Les corbeaux sont les protagonistes de ce ballet funeste. 

 

Le réalisateur au profil connu de tous, met en place les bases de la mélodie horrifique dès le générique du début, où on entend les battements d’ailes des oiseaux et leurs chants stridents. C’est un travail complexe mené avec le compositeur du film, Bernard Herrmann. Les Oiseaux est un grand film d'horreur viscéral, qui suprend par sa férocité et sa radicalité. Le travail du son illustre toute la monstruosité animale. Certains personnages émettront la thèse religieuse pour explicer l'inexplicable. Si Hitchcock ouvre cette piste, elle n'est pas la seule. Et si les êtres humains et la nature ne faisaient qu'un ? Et si le film était une métaphore de la condition humaine ? Le réalisateur ne tranche pas, mais suggère brillamment, comme toujours. Reste ce dernier plan composée et toute la teneur émotionnelle et narrative derrière. 

 

Alfred Hitchcock est un génie du langage et de l’image, et Les Oiseaux est un de ses films les plus passionnants à ce niveau-là. Les meurtriers volants sont le chaînon principal de cette immersion par le son. Le silence musical précède le déferlement assassin. Philippe Langlois, dans l’article Le partage du sonore écrit : “Le sonore est la chair des images”. Alfred Hitchcock l’a bien compris.

 

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