2025-04-01
Le refuge, c’est les autres : le processus de reconstruction chez Mirion Malle
Écrit par :
Mirion Malle est une autrice de BD française habitant à Montréal. Depuis 2013, elle se fait connaître via son blog de BD Commando Culotte qui soulève des questions féministes dans la culture populaire. Côté fiction, elle a publié trois romans graphiques aux éditions La Ville Brûle.
Comment se reconstruire à la suite d'événements traumatisants ? Pour Mirion Malle, une chose est sûre : on ne le fait pas seul.e. Dans ses œuvres, l’artiste-autrice accorde une grande place aux relations que ses personnages entretiennent aux autres. Elle y montre la nécessité d’une communauté pour s’en sortir, un lieu pour se sentir écouté.e, accepté.e, protégé.e ; en bref, la nécessité d’un refuge.
C’est cette idée qui anime ses romans graphiques, en particulier le dernier en date : Clémence en colère (2024). BD colorée, au style simple esprit cartoon, elle explore ce qu’il reste après des abus sexuels, et comment se relever. L’œuvre commence par un constat simple : Clémence est animée d’une rage constante. C’est cette colère qui lui permet de se battre et de défendre les autres, mais c’est également une colère qui ronge, qui engloutit, qui ne lui laisse pas de place pour simplement exister. Pour y remédier, elle suit une thérapie de groupe pour victimes d’abus sexuels pendant 15 semaines, durant lesquelles elle peut échanger avec d’autres femmes sur la manière dont elles envisagent leur futur, malgré ce poids dans le corps.
“C’est peut-être ça le secret. Être en colère ensemble.”
Ensemble. Un terme qui revient constamment. L’idée que, “ensemble”, on sera toujours plus fort.e. Dans sa révolte, dans sa guérison, dans son esprit. C’est l’appartenance à un groupe qui est ici l’élément le plus important. Se réfugier auprès d’autres personnes qui nous soutiennent, qui nous comprennent. Avec ses amies, Clémence dispose de repères stables et solides, nécessaires pour se reconstruire sereinement. Elle peut partager ses doutes et ses peurs, demander de l’aide et souffler, et ainsi s’accorder de l’espace pour se relever.
“La thérapie, c’est vous qui la faites, ensemble.”
Au sein du groupe de parole se trouvent des femmes toutes différentes, mais avec des expériences semblables. Chacune partage ses ressentis, ses difficultés, ses victoires. Ce que l’on dit résonne chez une autre, et on se sent moins seule. Elles échangent, elles se rassurent, elles se maintiennent debout. Cette reconstruction collective émeut, elle donne espoir en la puissance d’une communauté ; Clémence, au fil de ces semaines, change sa façon de voir ses traumatismes et ses émotions. Elle transforme le tout en quelque chose de beau et de puissant, simplement grâce à ces moments d’entraide avec ces autres femmes.
“Je crois que j’aurais juste aimé savoir ça plus tôt. Savoir qu’on se répare. Peut-être pas toute seule et sûrement pas facilement. Mais doucement et sûrement.”
Cette bande dessinée met un point d’honneur à montrer que l’on peut, et l’on doit, espérer mieux. Que l’on peut essayer de reconstruire une vision plus saine des relations que l’on entretient avec les autres, de se faire davantage confiance, de se reconnecter à son corps. Pour Clémence, c’est Imane (sa “blonde”, comme on dit au Québec) qui incarne cet espoir : une personne radieuse qui a pourtant connu des choses terribles, qui ne la hantent plus autant, qui aujourd’hui œuvre pour les autres et pour elle-même. En voyant d’autres avancer, on se dit que peut-être, nous aussi, on peut essayer de poser un pied par terre.
Une fois encore, Mirion Malle aborde avec brio le thème de la reconstruction, en plaçant la notion de communauté au centre de la question, en en faisant un véritable refuge. De Clémence en colère, nous retiendrons ces maîtres-mots : sororité, révolte, espoir.
2025-04-01
2025-04-01
2025-04-01
2025-04-01
2025-04-11
2025-04-01
2025-04-01
DeBÍ TiRAR MáS FOToS, l’hymne à Porto Rico Le biopic : entre controverses et admirations (journal papier) Jacaranda : l’arbre de mémoire Vivre et oublier : une réflexion sur To the Moon N°49 : Mémoire et Refuge Le Grand Vide : l’oubli, c’est la mort L’après Népal DeBÍ TiRAR MáS FOToS (J’aurais dû prendre plus de photos) de Bad Bunny est bien plus qu’un simple album : c’est un manifeste pour la préservation de la culture portoricaine face à la menace de la gentrification et du tourisme. À travers cet hommage vibrant à son île natale, Bad Bunny appelle à se souvenir de l’essence de Porto Rico tout en célébrant son identité vivante, loin d’une commémoration posthume. Au cœur de ces films, une question essentielle : comment naviguer entre l’authenticité et la fiction ? Les biopics sont des fenêtres fascinantes sur des vies extraordinaires, mais aussi un terrain où la subjectivité domine. Si certains films parviennent à capturer l’essence d’une personnalité, d’autres édulcorent la réalité pour créer une version idéalisée. Les biopics sont ainsi plus qu’une simple reconstitution, ils sont un mélange subtil de vérité, de mythes et de visions personnelles. Huit ans après Petit Pays, Gaël Faye revient avec un roman d’une justesse saisissante, qui tisse les voix de plusieurs générations pour faire surgir les non-dits, les douleurs, et la nécessité de raconter. À travers les souvenirs éclatés d’une mère mutique, d’une grand-mère marquée par l’exil, et d’un arbre — le Jacaranda — témoin muet de l’Histoire, Gaël Faye interroge la transmission, le deuil, et ce qu’on laisse à ceux qui viennent après nous. Sous ses airs de jeu rétro à la sauce JRPG, To the Moon cache une puissance narrative rare. Pas de combat, pas de score, juste une histoire — et quelles histoires — portées par une musique sublime et une émotion sincère. À travers l’expérience de Johnny, ce patient un peu particulier, on s’interroge : nos souvenirs nous définissent-ils ? Peut-on effacer la douleur sans renier ce qui nous a construits ? Dans un monde en crise, TACK explore la mémoire comme refuge. À travers le rap français, le génocide rwandais, la BD “Le Grand Vide” ou le jeu “To the Moon”, on questionne la transmission, l’oubli et la manipulation des souvenirs. De Bad Bunny à Gaël Faye, la mémoire devient acte de résistance et célébration vivante des cultures. Première bande dessinée de Léa Murawiec, Le Grand Vide est un uppercut graphique et narratif. Avec son style hybride, entre manga et bande dessinée européenne, l’autrice trace le portrait vertigineux d’une société obsédée par la visibilité. Ici, si l’on ne parle plus de vous, on meurt. Littéralement. Cinq ans après la disparition tragique du rappeur Népal, son héritage reste vivant grâce à sa famille, ses proches et la communauté. Décédé le 9 novembre 2019, il laisse derrière lui des œuvres inachevées mais puissantes, notamment l'album posthume Adios Bahamas (2020), qui a renforcé son statut dans le patrimoine du rap français. Ce projet a été suivi par la publication de cinq nouveaux morceaux prévus par l’artiste avant sa mort.