2025-04-01
Vivre et oublier : une réflexion sur To the Moon
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“La fin n’est pas plus importante que tous les moments qui y mènent.”
Si avant de mourir vous aviez la possibilité de modifier un souvenir, de réaliser un rêve, de changer les choses, le feriez-vous ?
To the Moon est un jeu vidéo sorti sur PC en 2011, écrit et développé par le compositeur et développeur Kan Gao. Avec un style graphique très simple aux airs de JRPG et une durée d’environ 4 heures 30, il tire toute sa force de son histoire aussi émouvante qu’impactante.
Vous incarnez les Dr Rosalene et Watts, employés à la Sigmund Corp, une industrie qui permet aux personnes sur leur lit de mort de réaliser artificiellement un souhait. Pour cela, les scientifiques s’introduisent virtuellement dans leur esprit et remontent le fil de leur vie à travers leurs souvenirs, pour ensuite les modifier et en changer la trajectoire. Dans To the Moon, vous explorez la mémoire du Johnny, un vieil homme ayant formulé le souhait d’aller sur la Lune sans qu’il sache expliquer pourquoi. En partant de son dernier souvenir, vous remontez jusqu’à son enfance pour trouver la raison de ce rêve.
Je souhaite à tout le monde de vivre l’expérience de ce jeu comme je l’ai vécue, et de se laisser porter par son histoire et sa musique. Cet article ne vise pas à entrer dans les détails de la narration, que je vous laisse découvrir par vous-même, mais plutôt à évoquer les questions que To the Moon m’a posées. Malgré sa conclusion, il a laissé chez moi une sensation d’inachevé.
En remontant la mémoire de Johnny, c’est un sentiment à la fois doux et amer qui s’installe : celui de savoir comment tout cela va se terminer, peu importe que l’on modifie sa mémoire. “C’est comme regarder un train qui déraille”, selon les mots du Dr. Watts. Car si la personne meurt heureuse, la réalité reste inchangée. Ces nouveaux souvenirs sont construits de toutes pièces, et ne lui appartiennent pas. Alors quelle est la finalité de tous ces efforts ? Lui avons-nous vraiment rendu service ?
En modifiant ses souvenirs nous lui avons permis de mourir sans regrets. Mais nous avons aussi effacé sa vie, et avec ça son identité. Ce sont nos souvenirs qui façonnent qui nous sommes, ils nous construisent. En réalisant le rêve de Johnny, et donc en altérant sa mémoire, cela ne revient-il pas à effacer la personne qu’il est ? Est-il vraiment juste de décider pour lui comment réécrire sa vie afin de l’amener sur la Lune, ou cela ne revient-il pas à jouer à Dieu ? Mais sur son lit de mort, est-ce vraiment une question importante ?
To the Moon n’apporte aucune réponse à ces questions. Plus intéressant encore, il ne les pose pas toujours. Vous vivez cette histoire à travers les yeux des employés de Sigmund Corp, qui sont là pour effectuer leur travail. A leurs yeux, Johnny est un patient comme un autre, un cas un peu compliqué à traiter. Peu importe ce qu’implique l’altération des souvenirs de leur client, celui-ci a signé un contrat qu’ils sont tenus d’honorer.
En réécrivant la mémoire de Johnny, les Dr Watts et Rosalene lui offrent une mort paisible, effaçant les moments difficiles. Seulement, aussi tragiques soient-ils, ils ont aussi mené à des moments de bonheur. Tous ces souvenirs, toutes ces expériences forment la vie de Johnny, qu’il le souhaite ou non. N’est-ce pas injuste, envers ses proches autant qu’envers soi-même, de vouloir changer ce qui a été ?
Et pourtant, si à la fin de ma vie on m’offrait cette opportunité, est-ce que je peux dire avec certitude que je la saisirais pas ?