2025-04-01
DeBÍ TiRAR MáS FOToS, l’hymne à Porto Rico
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A Porto Rico, le tourisme et la gentrification menacent la population locale de remplacement, face à ces problématiques, Bad Bunny possède une solution : se souvenir.
La culture caribéenne, même ensevelie sous les gravats du capitalisme, ne disparaitra pas tant que l’on se souvient d’elle. DeBÍ TiRAR MáS FOToS¹ (j’aurais du prendre plus de photos en français) est un hommage au pays natal de Bad bunny, et à la préservation de sa culture. Benito Antonio, alias Bad Bunny, ne veut pas d’une commémoration posthume de Porto Rico, mais d’une célébration de son vivant.
L’album comporte 17 morceaux, aux sonorités hispaniques, telles que la bossa nova, le boléro, ou la salsa, présente trois fois sur l’album, dont l’introduction. Ce premier morceau est intitulé NUEVAYoL, qui signifie New York lorsqu'il est prononcé en espagnol avec l’accent caribéen. Avec ce titre, Bad Bunny répond aux rumeurs sur son américanisation, et renoue dès le début avec ses racines, une manière de dire : non, je n’ai pas changé. L’artiste est devenu un pilier de l’industrie musicale hispanophone, puis de l’industrie musicale mondiale, et a contrario de certaines stars, en a profité pour accentuer son engagement politique. Ainsi, il met son île dans la lumière avant lui, comme sur BAILE INoLVIDABLE², où il confie l’instrumentation à l'École Libre de Música Ernesto Ramos Antonini, située à San Juan, tout en gardant le refrain pour lui, " No, no te puedo olvidar³”.
L’imagerie de l’album est axée autour d’un vieil homme caribéen, et du crapaud Sapo Concho, animal emblématique de Puerto Rico. Ce vieil homme vit le changement de son quartier, le rock qui remplace le reggaeton, les portoricains laissant place aux états-uniens, et son restaurant local favori qui disparaît. A la place, il découvre un lieu inconnu, un fast food non sans rappeler une grande enseigne occidentale, qui ne fait plus de cuisine tr, augmente les prix et n’accepte ni cash ni ardoise. Le protagoniste est totalement déboussolé jusqu’à ce qu’un jeune lui propose de payer pour lui, en lui glissant une phrase simple mais lourde de sens : “seguimos aquí⁴”.
DeBÍ TiRAR MáS FOToS, en dehors de son message politique et générationnel, se révèle être un voyage spatio-temporel. Déjà, ses rythmiques dansantes font de l’album un hymne au soleil, du début à la fin, de la salsa à des ambiance club, quelque soit la saison, l’écoute est chaleureuse. D’un autre côté, si Bad Bunny nous transporte, c’est aussi dans le passé. Sur NUEVAYoL, on reconnaît un sample d’Un Verano en Nueva York, une chanson caribéenne populaire datant de 1975. C’est aussi le cas de VeLDÁ, qui reprend un titre des années 2000, No Voy a Esperar Por Ti⁵ en featuring avec Omar Courtz et Dei V, deux jeunes artistes portoricains qui réinterprètent le morceau.
L‘œuvre a connu un impact culturel dès sa sortie, que ce soit auprès de la communauté caribéenne, ou plus largement de auditeurs des quatre coins du monde. La sincérité et la nostalgie de l’artiste ont touché des pays entiers, comme avec la cover de l’album, deux chaises en plastique peu coûteuses et très répandues, qu’on retrouvait ainsi dans de nombreux foyers. Cette cover et toutes les émotions que dépeint Benito Antonio, rendent le projet touchant, et font de DeBÍ TiRAR MáS FOToS un album intergénérationnel.
¹ J’aurais dû prendre plus de photos.
² Danse inoubliable.
³ Non, je ne peux pas t’oublier.
⁴ Nous sommes encore là.
⁵ Je ne vais pas t’attendre.
DtMF
NUEVAYoL
VOY A LLeVARTE PA PR
BAILE INoLVIDABLE
PERFuMITO NUEVO
WELTiTA
VeLDÁ
EL CLúB
KETU TeCRÉ
BOKeTE
KLOuFRENS
TURiSTA
CAFé CON RON
PIToRRO DE COCO
LO QUE LE PASÓ A HAWAii
EoO
DtMF
LA MuDANZA