Jacaranda : l’arbre de mémoire | TACK

2025-04-01

Jacaranda : l’arbre de mémoire

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Huit ans après son premier roman, Petit Pays, Gaël Faye, auteur-compositeur-interprète franco-rwandais, nous offre sa nouvelle histoire, Jacaranda, prix Renaudot 2024. Un ouvrage paru en août dernier, qui aborde la question de la transmission intergénérationnelle, en racontant les traumatismes du Rwanda.

 

La quête de Milan

 

Jacaranda est un roman fictif pourtant frappant de vraisemblance, puisqu’il est porté par un événement tragique qui a bien existé : le génocide des Tutsi au Rwanda. C’est à travers les yeux de Milan que Gaël Faye nous raconte l’histoire d’un enfant métis franco-rwandais, qui vit en France et qui va entendre parler pour la première fois du pays de sa mère, le Rwanda, à travers les images sanglantes du génocide diffusées lors du journal télévisé. Un premier contact brutal qui va faire naître en lui de nombreuses questions qui ne feront que heurter le mur d’un silence familial. C’est au milieu de ce silence de plus en plus assourdissant que Milan nous embarque dans la quête de cette histoire qu’on ne lui raconte pas, mais dont il a hérité dans son sang. Le récit de sa mère, de sa grand-mère, de sa tante, de son oncle… Au contact de toutes ces générations, de Versailles Rive-Droite à Kigali, de Butare à Kiyovu, jusqu’aux rives du lac Kivu, Milan tente de percer les secrets du Jacaranda.

 

La transmission de la mémoire face au silence des survivants

 

Le génocide des Tutsi a fait plus d’un million de morts en l’espace de trois mois (d’avril à juillet 1994). Quelques événements sont importants à rappeler, tels que l’instauration de la carte d’identité ethnique au Rwanda par le colonisateur belge dès 1931, dans le but de racialiser les Hutu, les Tutsi et les Twa qui appartiennent en réalité à une seule et même ethnie : les Banyarwanda. Ainsi que le début des pogroms anti-Tutsi en 1959. Ce sont des années de violences, de marginalisations, de discriminations et de propagande contre les Tutsi. Dans Jacaranda, Gaël Faye nous montre que plusieurs générations ont vécu cette période atroce, marquée par les tueries et l’exil. Nous retrouvons des personnages en souffrance, qui ont vécu des expériences si traumatisantes qu’il semble plus simple de ne plus en parler. Comme Venancia, la mère de Milan, qui ne parle jamais du Rwanda ou du génocide. On assiste au dialogue conflictuel entre deux générations : la plus jeune, qui se sent privée d’un morceau de son histoire, la plus ancienne, qui garde ses traumatismes enfouis dans le silence. Lors d’une interview dans l’émission La grande librairie, Gaël Faye parle des conséquences du silence des survivants :

 

“On cherche à protéger par le silence et on finit par insécuriser.”

 

Boris Cyrulnik, auteur qui a échappé au génocide juif et également présent sur le plateau, s’exprime aussi sur le sujet :

 

“Si on parle, on transmet l’horreur, et si on se tait, on transmet l’angoisse.”

 

Alors comment transmettre ? Jacaranda nous place au cœur de cette articulation complexe entre différentes générations, les différents vécus, mais qui finissent tout de même par trouver un moyen d’évoluer ensemble…

 

Pour aller plus loin : “Le génocide des Tutsi”. In : Ibuka France. En ligne. URL : https://www.ibuka-france.org/le-genocide-des-tutsi/