Le carnet de notes ciné du mois de janvier (Primate, Hamnet, 28 ans plus tard : The Bone Temple...) | TACK

2026-01-30

Le carnet de notes ciné du mois de janvier (Primate, Hamnet, 28 ans plus tard : The Bone Temple...)

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Le mois de janvier se termine. 30 jours d'une grande richesse avec un grand coup de cœur : Hamnet de Chloé Zhao ! Retrouvez le carnet de notes complet de la rédaction de Tack, avec nos satisfactions et déceptions !

 

 

Primate de Johannes Roberts

 

Primate aurait pu (dû) être une joyeuse bizzerie ultra régressive, au postulat certes idiot (un singe domestiqué attrape la rage et veut buter tout le monde), mais qui se tient et divertit du début à la fin. Un film comme Blumhouse pouvait le faire à ses débuts, en proposant un concept intriguant, voire ingénieux, étiré tout un film, avec un budget resserré. Primate n’est malheureusement qu’un énième produit formaté, jamais déplaisant, jamais satisfaisant aussi. Si les mises à mort sont très graphiques et qu’un effort évident a été fait pour rendre les FX crédibles et globalement de qualité, le bât blesse sur tout le reste. Il n’y a pas de scénario, pas la moindre esquisse d’un propos de fond (sur la captivité des animaux par exemple), pas d’ambition visuelle. Quand le film se montre violent, il le fait toujours gratuitement, usant de procédés horrifiques essorés à la lie, qui ne nous surprennent jamais. Primate n’est pas foncièrement mauvais (au contraire de ce "costume" de singe auquel on a du mal à croire), mais on reste coi face à ce manque cruel d’ambition et d’ampleur. On s’ennuie poliment. 

 

La note : 2,5 ♥ / 5

 

 

Hamnet de Chloé Zhao 

 

On l’a pensé coincé dans les limbes du MCU pendant plusieurs années. Chloé Zhao, réalisatrice de l'honnête The Eternals, n’a pas rencontré le succès avec son histoire super-héroïque. Résultat : la voilà de retour dans le giron auteuriste, avec un film taillé pour les Oscars, Hamnet. Un mal pour un bien car c’est notre premier grand coup de cœur de l’année 2026. Une histoire à la construction d’une rare justesse, qui parvient à créer un climax dont on se souviendra longtemps. Le jeu de regard est saisissant et bouleversant. Jessie Buckley livre une prestation d’une grande humanité. Pareil pour Paul Mescal, qui trouve ici un de ses meilleurs rôles. Tout le monde est au diapason de cette histoire adaptée du roman éponyme de Maggie O’Farrell, sorti en 2020, et qui explore, de manière fictive, le deuil d’Agnès et de William Shakespeare à la mort de Hamnet, âgé de 11 ans. Empreint de mythologie et de mysticité, Chloé Zhao épouse cette relation déchirante entre deux âmes qui ne savent comment exprimer leur peine. La photographie y est superbe. Jacobi Jupe, en Hamnet, est troublant de beauté et d’innocence. On l’imagine Hamnet. Un grand film. 

 

La note : 5 ♥ / 5

 

 

28 ans plus tard : The Bone Temple de Nia DaCosta

 

Nia DaCosta reprend la suite du déjanté Danny Boyle, réalisateur du premier volet de cette nouvelle trilogie, toujours écrit par Ari Aster. Et quel film ! La réalisatrice du solide Candyman (2021) et du décevant The Marvels (2023), MCU oblige, revient sur grand écran dans un deuxième volet brut, hargneux, christique. La foi est ici au coeur du récit, entre la secte sanguinaire des jeunes Jimmy et leur perruque blonde ridicule, initiée par le “fils du Malin”, Lord Jimmy Crystal (Jack O’Connel), en référence au tueur en série Jimmy Sommerville, et l’utopiste désillusionné Docteur Kelson (Ralph Fiennes) qui voit dans l’Alpha, nommé Samson, l’espoir d’une humanité ressuscitée. Une opposition cinglante qui trouvera un climax saisissant. Ralph Fiennes signe une performance hallucinante, avec en point d’orgue une scène de danse qui restera dans les annales. Un film plus mélancolique qu'il n'y paraît et qui en fait sa grande qualité. 

 

La note : 4,5 ♥ / 5

 

 

Greenland : Migration de Ric Roman Waugh

 

Gerard Butler face à la fin du monde, épisode 2. C’est le plaisir régressif de ce mois de janvier. Vraie plantade au box-office américain et français, cette suite que personne n’a demandée, réalisée par Ric Roman Waugh, n’en est pas moins un divertissement solide et plaisant. Les scènes d’action sont maîtrisées de bout en bout et atteignent un fort niveau de tension par moments, comme durant une traversée en corde des plus périlleuses. On passera sur les facilités scénaristiques hallucinantes, mais on retiendra l’humanité qui se dégage de cette œuvre, loin de la bourrinerie d’un Roland Emmerich. En témoigne une fin en forme d’anti-climax, qui surprend comme il faut. Une réussite dans son genre.

 

La note : 3 ♥ / 5

 

 

TACK

Et aussi :

 

Délits Flagrants de Raymond Depardon (ressortie) : 4,5 ♥ / 5

 

Sans pitié de Julien Hosmalin : 4 ♥ / 5

 

Forêt Rouge de Laurie Lassalle : 4 ♥ / 5

 

Mr. Nobody Against Poutine de David Borenstein et Pavel Talankin : 3,5 ♥ / 5

 

L'Affaire Bojarski de Jean-Paul Salomé : 3,5 ♥ / 5

 

Le Mage du Kremlin de Olivier Assayas : 2,5 / 5

 

La femme de ménage de Paul Feig (rattrapage de 2025) : 2,5 ♥ / 5

 

Furcy, né libre de Abd Al Malik : 2,5 ♥ / 5

 

Game Changer de Shankar (rattrapage de 2025) : 1,5 ♥ / 5

 

Anaconda de Tom Gormican (rattrapage de 2025) : 1,5 ♥ / 5

 

Reconnu coupable de Timur Bekmambetov : 1,5 /5

 

Papamobile de Sylvain Estibal (rattrapage de 2025) : 1 ♥ / 5

 

 

TACK

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Camp de Thiaroye : La mémoire empêchée d’un massacre français (grand format) The Brutalist : Une fresque fascinante sur les désillusions du « rêve américain » (grand format) Leurs enfants après eux : dans les silences d'une jeunesse perdue (FIFIB 2024) Les Tempêtes : La mémoire interdite de « la décennie noire » algérienne (FIFIB 2024) The Substance : Vous n’êtes plus seule(s) (FIFIB 2024) Dans le cadre de la 4e édition d’Afriques en vision, le film événement de 1988, Camp de Thiaroye, d’Ousmane Sembène et Thierno Fady Sow, fut diffusé dans une version restaurée aux spectateurs venus en nombre au Cinéma Utopia Bordeaux. L’occasion de mettre en lumière le 80e anniversaire du massacre des Tirailleurs sénégalais au camp de Thiaroye, commis par la France coloniale en 1944. Censuré depuis 36 ans sur notre territoire, Camp de Thiaroye peut enfin s’exprimer et se partager aux yeux de tous. Une œuvre poignante, douloureuse et fondamentale dans la compréhension du passé colonial français et des exactions qui y ont été commises. La guerre laisse des traces indélébiles sur le corps et dans l’esprit. László Toth, architecte et survivant juif des camps de concentration, émigre aux États-Unis. Quand le rêve américain s’offre à lui, les stigmates du passé ne feront que le rattraper. The Brutalist est une œuvre monumentale, menée par Adrien Brody, Felicity Jones et Guy Pearce, comme il en existe peu aujourd’hui. Entre fantasmes et illusions, le nouveau film de Brady Corbet convoque les fantômes du passé pour créer un drame poignant, douloureux et mélancolique. Adapter Leurs enfants après eux est un défi ambitieux. Ce roman de Nicolas Mathieu, primé par le Goncourt 2018, plonge dans la France des années 90, au cœur d’une vallée industrielle en déclin. Les frères Boukherma se concentrent sur Anthony pour traduire à l’écran l’ennui, la rage sourde et les rêves brisés de cette jeunesse. Fidèles à l’esprit du livre, ils proposent une mise en scène brute, portée par une esthétique saisissante. Les Tempêtes, réalisé par Dania Reymond-Boughenou, évoque « la décennie noire » algérienne par le prisme du conte fantastique. Dans une ville oubliée s’abattent des tempêtes de poussière jaune. Les morts reviennent à la vie, en compagnie de traumatismes interdits. Sous la forme d’un récit d’exil et de résilience, Les Tempêtes parle d’une période de l’histoire réduite au silence par l’État algérien. The Substance, réalisé par Coralie Fargeat, dénonce les dérives du culte de l'apparence et la pression exercée sur les femmes dans l'industrie du divertissement. Demi Moore y incarne une ex-star hollywoodienne qui, confrontée à l'obsolescence de sa beauté, teste un produit promettant la perfection. Ce film de body horror critique le regard masculin sur les femmes et explore des thèmes comme la jeunesse éternelle et la solitude, avec une esthétique baroque et provocante.