L'affaire Bojarski : Un jeu de piste passionnant sur le plus grand faussaire français | TACK

2026-01-13

L'affaire Bojarski : Un jeu de piste passionnant sur le plus grand faussaire français

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C’est un des premiers gros films français de ce début d’année : L’affaire Bojarski de Jean-Paul Salomé, avec Reda Kateb, Pierre Lottin, Bastien Bouillon et Sara Giraudeau. Un drame qui se concentre sur la vie du "Cézanne de la fausse monnaie", Jan Bojarski, jeune ingénieur polonais qui, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, va rapidement commencer à fabriquer des faux billets. Le plus doué des faussaires commence une double vie, en forme d'obsession, alors que l’inspecteur Mattei, le meilleur flic de France, est à sa poursuite… 

 

Les deux vies de Bojarski


L’affaire Bojarski est une histoire oubliée, qui se devait de finir sur grand écran. Cette anomalie est aujourd’hui réparée, grâce au flair de Jean-Paul Salomé, qui a senti dans cette histoire tous les ingrédients pour faire un film passionnant. Le résultat est plutôt convaincant et, par moments, stimulant. Le réalisateur de La Syndicaliste (2023), de La Daronne (2020), d’Arsène Lupin (2004), revient avec un récit prenant qui tient en haleine de bout en bout. On découvre la double vie d’un homme au passé tourmenté par la guerre, qui trouve dans ce rôle de faussaire le plaisir d’exister. C’est ce qui l’anime au plus profond de son être, alors que sa femme et ses enfants vivent à côté de lui, et non avec lui. Bojarski mène deux vies différentes. Chaque nouveau billet mis en circulation par la Banque de France, toujours plus complexe à reproduire, est un défi relevé pour le faussaire polonais. C'est une stimulation sans égale, au détriment de sa vie de famille...

 

 

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Un film avant tout d'acteurs

 

Si L’affaire Bojarski captive autant, c’est avant tout par la qualité de ses comédiens, à commencer par le toujours impeccable Reda Kateb. Dans une sobriété énigmatique, il incarne avec brio cet homme qui ne laisse quasiment pas transparaître d'émotion. On dirait un personnage tout droit sorti de l’imaginaire de Jean-Pierre Melville. Là où Reda Kateb frappe fort, c’est de réussir à rendre humain un homme de génie, froid et calculateur, et de rendre compte de son évolution dans le temps. Il faut aussi parler des rôles secondaires, tous plus brillants que les autres. Il y a tout d'abord Sara Giraudeau, hypnotisante comme d’habitude, qui cherche à comprendre tant bien que mal la psyché de son mari (son personnage est un peu moins sous-exploitée que dans d’autres récits de ce type, où tous les projecteurs sont braqués sur l’homme au détriment des femmes autour de lui, cantonnées à des rôles-fonction). Il y a ensuite Pierre Lottin, qui, tout en restant (encore) dans un registre similaire à ces précédents rôles, propose une composition très juste. Il incarne le comparse polonais de Bojarski, fantasque, grande gueule, peu malin. Il y a enfin Bastien Bouillon, l’inspecteur obsédé par la traque du faussaire. On assiste à une course-poursuite entre les deux, à distance, qui trouve des moments-clés de tension comme cette discussion par téléphone initiée par Bojarski afin de provoquer l’inspecteur. On ressent la même dynamique que dans le film Arrête-moi si tu peux de Steven Spielberg (2002). Il n’y a pas de détestation entre les deux adversaires, juste une fascination mutuelle. 

 

Le nouveau film de Jean-Paul Salomé possède donc des atouts solides dans sa manche pour plaire au plus grand nombre, mais n’en reste pas moins pourvu de défauts. La réalisation est d’une platitude totale et ne parvient jamais à amener de l’ampleur au récit, tout comme la photographie, d'une triste neutralité. Tout est extrêmement plat et l’histoire manque clairement de chaînons incarnés. Quelques moments de tension fonctionnent, mais manquent d’éclats, à cause d’une absence d’audace derrière la caméra. Une occasion manquée de proposer une œuvre totale, ambitieuse dans sa mise en scène. On pourra aussi regretter un film très consensuel dans sa construction narrative, qui s’embourbe dans les poncifs éculés du genre du biopic (car il en reprend la plupart des codes).

 

La note : 3,5 ♥ / 5

 

L’affaire Bojarski est un objet cinématographique des plus plaisants, qui auraient toutefois pu aller plus loin dans sa recherche du cadre et de la composition. C’est un film finalement assez classique, qui cherche davantage à mettre en image une histoire, qu’à créer des images. Il vaut surtout le coup d'œil pour la prestation parfaite de ses comédiens. 

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