2026-02-21
Iron Lung : Le pétard mouillé et ensanglanté de Markiplier
Écrit par :
C’est une success story à l’américaine. Le célèbre YouTuber d’Outre-Atlantique, Mark Fischbach, aka Markiplier, s’est lancé un défi fou : réaliser et sortir un long-métrage adapté du jeu vidéo Iron Lung, créé par David Szymanski, au cinéma, sans le support de producteurs et de distributeurs, réticents à financer et diffuser une telle production. De ces refus, Markiplier en a fait une force. Fort d’une grosse communauté sur les réseaux, le film est parvenu à récolter plus de 50 millions de dollars (!) au box-office américain pour un budget auto-financé de seulement 3 millions de dollars. Grâce au distributeur français MK2 et son label “YouTube ciné club” (qui avait sorti Kaizen au cinéma), les spectateurs français ont pu découvrir cet OVNI horrifique au cinéma, le 19 et 20 février. Pour le meilleur… et surtout pour le pire.
Le bébé de Markiplier
Iron Lung était une des grosses attentes cinématographiques de ce mois de février. Un film d’horreur indé, une profusion insensée d’hémoglobine, une adaptation fidèle d’un jeu vidéo : les ingrédients étaient réunis pour proposer une vision détonante au milieu de superproductions américaines en perte de vitesse. Et quand on voit les récentes adaptations vidéoludiques sorties, comme Borderlands, FAF, Retour à Silent Hill, on se dit qu’il y a de l'espace pour faire bien mieux. En l’état, Iron Lung est un film audacieux, qui explore la mythologie de son matériau initial avec précision, honnêteté et respect. L’histoire pitchée est, en plus, des plus excitantes : Alors que les étoiles ne sont plus et que les planètes ont disparu, quelques individus subsistent, à bord de stations spatiales ou de vaisseaux errants. Ils ont survécu pour assister à la fin, appelée “Le Rapt silencieux”. Après des années de déclin et d’infrastructures en perdition, l’Iron Consolidation fait une découverte sur une lune désolée, AT-5. Un océan de sang. L’Iron Consolidation lance immédiatement une expédition, avec l’espoir d’y trouver des ressources cruciales. Un sous-marin est construit, et un condamné y est enfermé. En raison de la pression et de la profondeur de l’océan, l’hublot frontal du sous-marin est masqué par un bouclier de métal. S’il en sort, il gagnera sa liberté. Sinon, un autre suivra.
Iron Lung, c’est le bébé de Markiplier. Il l’écrit, le produit, le réalise, le monte, et tient même le rôle principal (on le voit 99% du film). Un investissement total. Iron Lung démarre fort et pose rapidement son cadre. On y suit un condamné, à bord d’un sous-marin aux allures de carcasse. Dans l’atmosphère, la tension plane. Puis, petit à petit, le ballon de baudruche se dégonfle. On attend que quelque chose se passe, que le film démarre enfin. Mais tout est poussif, laborieux. Si le terrain de jeu créé est dément, Markiplier ne fait que réutiliser les mêmes codes en boucle, la même dynamique du début à la fin. La volonté paranoïaque ne cesse de se heurter à un fourre-tout narratif, qui se répercute sur une mise en scène surcutée, proche du clipesque. Iron Lung finit par lasser et mettre le spectateur sur le côté, sans jamais le récupérer.
Un naufrage ensanglanté
Louable est la volonté de Markiplier de créer un film aussi personnel, dans lequel son implication est au sommet. N’avoir comme producteur que soi-même permet d’aller au bout de son idée et de ses ambitions, sans avoir de retours négatifs et correctifs de la part de tiers. N’avoir comme producteur que soi-même, c’est aussi le risque de ne pas avoir de retours négatifs et correctifs de la part de tiers. Iron Lung souffre des mêmes défauts que le Megalopolis de Francis Ford Coppola, ce blockbuster démesuré et (trop) barré, entièrement financé par le père de la saga du Parrain (les producteurs n'ayant pas voulu financer son film) : ne pas avoir de contrepoids, de critiques, de barrières. Les producteurs peuvent évidemment saccager des films (la liste serait trop longue), mais ils peuvent aussi en sauver, ou en limiter la casse. Iron Lung est dans un sens passionnant, de par son économie et sa volonté de créer du cinéma malgré les refus reçus. Si l’intention est belle, une intention ne fait pas obligatoirement un bon film. Au final, Markiplier est constamment en roue libre, dans un métrage qui finit, comme son personnage, par prendre l’eau (ou le sang) et couler irrémédiablement. On assiste, médusé et impuissant, à un naufrage en tout point.
Un film d'artifices
Le film est bien trop long (un peu plus de 2h) et aurait mérité une demi-heure (au moins) de coupe. Le pay-off est interminable et ne donne même pas la satisfaction tant espérée. Seule une scène ahurissante (et réussie) dans un océan d’hémoglobine offre enfin de l’ampleur au récit et des visuels assez dingues. C'est peu. Tout le reste, malheureusement, ne cesse de s’embourber dans des explications interminables et souvent incompréhensibles. Le film rend compliqué un postulat qui ne méritait pas tant de bifurcations scénaristiques. A vouloir être totalement fidèle au jeu vidéo d’origine, cette version cinématographique en perd son identité. Et on ne cessera de le répéter : le jeu vidéo et le cinéma sont deux médiums différents, avec leurs propres codes, bien distincts. Markiplier ne tranche jamais entre les deux et on reste dans un flou désagréable. On peine à saisir tous les enjeux, distillés au compte-goutte. Ce grand bazar est renforcé par une mise en scène épiléptique et artificielle. Le créateur de contenu cherche à apporter du souffle, de la vie et du mouvement à ce huis-clos étiré à l’extrême, mais la mayonnaise (ou le ketchup dans le contexte) ne prend pas. Iron Lung ne se montre finalement pas tant généreux, malgré des qualités indéniables et des pistes scénaristiques passionnantes. On se demande pourquoi on reste coincé une demi-heure sur une information et on supplie que l’action (re)prenne. Finalement, Iron Lung ressemble plus à un trip égocentrique, certes en hommage au créateur du jeu, mais qui ne se met jamais à la place du spectateur, qui subit plus qu’il n’apprécie l'ambition démesurée et excessive de son créateur.
La note : 2 ♥ / 5
Iron Lung était une très grosse attente horrifique de 2026. Malheureusement, malgré de bonnes idées de-ci de-là, cette adaptation ressemble fort à un pétard mouillé. Markiplier reste un réalisateur à suivre à l’avenir, qui a permis de créer quelque chose d’énorme, de son côté, contre la machinerie hollywoodienne... quitte à avoir oublié de faire un bon film…
2024-12-14
2024-12-04
2024-11-17
2024-10-23
2024-10-20
Camp de Thiaroye : La mémoire empêchée d’un massacre français (grand format) The Brutalist : Une fresque fascinante sur les désillusions du « rêve américain » (grand format) Leurs enfants après eux : dans les silences d'une jeunesse perdue (FIFIB 2024) Les Tempêtes : La mémoire interdite de « la décennie noire » algérienne (FIFIB 2024) The Substance : Vous n’êtes plus seule(s) (FIFIB 2024) Dans le cadre de la 4e édition d’Afriques en vision, le film événement de 1988, Camp de Thiaroye, d’Ousmane Sembène et Thierno Fady Sow, fut diffusé dans une version restaurée aux spectateurs venus en nombre au Cinéma Utopia Bordeaux. L’occasion de mettre en lumière le 80e anniversaire du massacre des Tirailleurs sénégalais au camp de Thiaroye, commis par la France coloniale en 1944. Censuré depuis 36 ans sur notre territoire, Camp de Thiaroye peut enfin s’exprimer et se partager aux yeux de tous. Une œuvre poignante, douloureuse et fondamentale dans la compréhension du passé colonial français et des exactions qui y ont été commises. La guerre laisse des traces indélébiles sur le corps et dans l’esprit. László Toth, architecte et survivant juif des camps de concentration, émigre aux États-Unis. Quand le rêve américain s’offre à lui, les stigmates du passé ne feront que le rattraper. The Brutalist est une œuvre monumentale, menée par Adrien Brody, Felicity Jones et Guy Pearce, comme il en existe peu aujourd’hui. Entre fantasmes et illusions, le nouveau film de Brady Corbet convoque les fantômes du passé pour créer un drame poignant, douloureux et mélancolique. Adapter Leurs enfants après eux est un défi ambitieux. Ce roman de Nicolas Mathieu, primé par le Goncourt 2018, plonge dans la France des années 90, au cœur d’une vallée industrielle en déclin. Les frères Boukherma se concentrent sur Anthony pour traduire à l’écran l’ennui, la rage sourde et les rêves brisés de cette jeunesse. Fidèles à l’esprit du livre, ils proposent une mise en scène brute, portée par une esthétique saisissante. Les Tempêtes, réalisé par Dania Reymond-Boughenou, évoque « la décennie noire » algérienne par le prisme du conte fantastique. Dans une ville oubliée s’abattent des tempêtes de poussière jaune. Les morts reviennent à la vie, en compagnie de traumatismes interdits. Sous la forme d’un récit d’exil et de résilience, Les Tempêtes parle d’une période de l’histoire réduite au silence par l’État algérien. The Substance, réalisé par Coralie Fargeat, dénonce les dérives du culte de l'apparence et la pression exercée sur les femmes dans l'industrie du divertissement. Demi Moore y incarne une ex-star hollywoodienne qui, confrontée à l'obsolescence de sa beauté, teste un produit promettant la perfection. Ce film de body horror critique le regard masculin sur les femmes et explore des thèmes comme la jeunesse éternelle et la solitude, avec une esthétique baroque et provocante.