Furcy, né libre : Abd Al Malik rate le coche | TACK

2026-01-08

Furcy, né libre : Abd Al Malik rate le coche

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Furcy, né libre est un des films événements de ce début d’année 2026. Déjà sorti à La Réunion et aux Antilles, le deuxième film d’Abd Al Malik débarque dans les salles obscures métropolitaines ce 14 janvier. Avec un casting béton (Makita Samba incarnant Furcy, Romain Duris, Ana Girardot, Vincent Macaigne, Frédéric Pierrot…), cette adaptation du roman L’affaire de l’esclave Furcy de Mohammed Aïssaoui (2010) promettait beaucoup. En théorie.

 

 

Trop théâtral

 

Il n’est pas simple d’évoquer la figure de Furcy, homme devenu esclave à l’île Bourbon, l’ancien nom de la Réunion actuelle. Cet homme a osé clamer sa liberté dans un tribunal, malgré sa couleur de peau, le racisme, la violence de l’époque. Furcy s’est opposé à la France coloniale pour faire valoir ses droits juridiquement légitimes. Et pourtant. Ce fut une bataille acharnée, trop souvent sanglante, qui a laissé des marques indélébiles sur la peau du révolté. Une affaire sur plus de 30 ans, qui annonce l’abolition de l’esclavage de 1848 (même si cette dernière se prolongera pendant près de 100 ans, sous un autre nom et une autre forme : l’engagisme). 

 

Ceci étant dit, il faut désormais se confronter au film, à plusieurs moments d’une grande dureté, que ce soit dans les mots (lors des joutes verbales au tribunal où Furcy est appelé “meuble”) ou dans les actes (les coups de fouet à répétition). Abd Al Malik livre avec Furcy, né libre une adaptation des fois passionnantes, trop souvent à côté de la plaque. D’une scène à l’autre, on se retrouve médusé par le grand écart arboré par le film. Malgré un casting XXL, force est de constater que la plupart des acteurs jouent trop souvent en décalage (Vincent Macaigne ne joue pas dans le même film que les autres). Romain Duris en est un des exemples les plus criants, avec une première apparition d’une théâtralité absurde, qui ne colle pas du tout avec l’importance du propos formulé. On frôle le ridicule et on ne comprend pas bien où le film veut se positionner, entre le grand guignolesque ou le drame historique. Cette sensation revient à plusieurs moments dans le film, alors que l’action ne s’y prête pas spécialement. Cette théâtralité est un choix assumé par Abd Al Malik, mais, en l’acceptant, il a tendance à oublier que le théâtre et le cinéma sont deux médiums différents avec des spécificités propres. En conséquence, on ne croit jamais aux échanges dans les tribunaux, qui dénotent avec le reste. Tout paraît superficiel et on a la désagréable impression de voir des acteurs jouer, et non des personnages prendre corps. Et ce n’est pas la réalisation hasardeuse d’Abd Al Malik qui vient adoucir le constat...

 

 

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Des notes d'intention

 

Durant tout le métrage, on a la désagréable impression de voir des notes d’intention à l’écran. La mise en scène n’a aucune incarnation et décide d’accumuler les effets de style sans grand intérêt. Il y a des problèmes d'étalonnage assez ahurissants, renforçant la sensation d’une photographie insipide, trop peu inspirée. La mise en scène d’Abd Al Malik est assez symptomatique du mal qui ronge le film : elle est décharnée, alors même que Furcy est un personnage qui doit être incarné (et ce malgré les efforts de son interprète Makita Samba pour lui donner corps). Les scènes s’enchaînent sans qu’il ne prenne une quelconque épaisseur. Le plus terrible dans ce film, c’est de ne pas savoir qui est vraiment Furcy une fois le générique entamé (si on était provoquant, on dirait que Boucher interprété par Romain Duris est plus développé que lui). Certes, Furcy, né libre, n'est pas un long-métrage désagréable, mais il n’est pas réussi non plus. Il y a quelques vrais moments de bravoure avec des scènes impactantes, à l’île Maurice notamment, mais c’est trop peu. Il a au moins le mérite de parler d’une nouvelle histoire honteuse pour la France. A noter que si le film parle à sa fin de l’abolition de l’esclavage de 1848, l’engagisme évoqué plus haut a pris le relais de cette ignominie et ce, jusqu’en 1940. 

 

La note : 2,5 ♥ / 5

 

Après Ni chaînes ni maîtres sorti en 2024, il est notable de voir sur grand écran un nouveau récit sur l'esclavagisme français, ici sur l'île de la Réunion. Petit à petit, les lignes bougent et la bataille pour la vérité et la reconnaissance avance. Mais ce n'est que le début. Dommage, dès lors, que Furcy, né libre rate le coche en proposant une vision théâtrale et désincarnée d'une affaire aussi passionnante et révélatrice de la société esclavagiste française de l'époque, qui se réfugiait piteusement derrière le Code Noir. Une occasion manquée qui, espérons-le, en appelera d'autres.

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