Forêt Rouge : Au cœur de la résistance zadiste (FIFIB 2025) | TACK

2026-01-14

Forêt Rouge : Au cœur de la résistance zadiste (FIFIB 2025)

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Dans une semaine riche en sorties (L’affaire Bojarski, 28 ans plus tard : Le Temple des Morts, Furcy, né libre…), difficile de se faire une place. Découvert lors de la dernière édition du Festival du Film Indépendant de Bordeaux, Forêt Rouge de Laurie Lassalle tente de se frayer un chemin dans cet embouteillage de début d’année. Ce documentaire revient sur les bouleversements (d’une partie) de la Z.A.D de Notre Dame des Landes depuis l’abandon du projet d’aéroport. La forêt est devenue un terrain de lutte, entre résilience et tragédie. Un documentaire passionnant, édifiant, organique. 

 

Un film de rêves et de guerre

 

20 salles en France. Aucune à Bordeaux. Telle est la cruauté de la distribution de films en France. Forêt Rouge est pourtant une des œuvres les plus passionnantes de ce début d’année. Laurie Lassalle continue d’explorer le genre du documentaire après Boum Boum, sorti en 2022, sur son histoire d’amour vécue lors du mouvement des Gilets Jaunes. Le film avait reçu un accueil enthousiaste de la presse, mais tiède des spectateurs. Avec ce nouveau documentaire, Laurie Lassalle se met davantage en retrait pour laisser toute la lumière aux protagonistes d’une partie de la Z.A.D - ceux occupant des abris dans la forêt de Rohanne. On y découvre leur vie, leurs aspirations, leurs mentalités. On se retrouve au plus près du quotidien de ces personnes venues de toute la France. Mais tout bascule avec une offensive des forces de l’ordre contre les zadistes, alors que le jour n'est pas levé, qui donne lieu à de vraies scènes d’affrontement, semblable à des scènes de guerre. Le spectateur se retrouve immergé dans cette fureur terrifiante, comme asphyxié. Le film se partage en trois parties : l'annonce par Edouard Philippe, en 2018, de l'abandon du projet d'aéroport et les discussions entre les zadistes sur leur avenir (en parallèle de la vie quotidienne), les affrontements avec les forces de l'ordre afin que l'occupation hautement symbolique du lieu cesse (et ses conséquences sur les hommes et la nature), la guérison finale (et ses symboliques). 

 

 

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La forêt, protagoniste et antagoniste du film

 

Laurie Lassalle est arrivée à la Z.A.D en 2017 et a filmé ce lieu de résistance pendant 6 ans (pour plus de 300 heures de rush !). Forcément, l’affect et l’amour envers les “habitants” de la forêt ont participé à la réalisation de ce film au long cours. On ne reste pas autant d’années sur place par hasard. Il y avait dans ce lieu quelque chose d’autre, qu'on ne retrouve pas ailleurs, de l’ordre de l’organique, de l'épidermique, parfaitement retranscrit à l’image. On se laisse nous-aussi emporté dans cette aventure, à la finalité incertaine. On se perd dans les affres du temps, angoissé par l'attaque inéluctable. Comment a-t-on pu en arriver là ?

 

La caméra ne sort jamais de la forêt de la Z.A.D, Laurie Lassalle préférant se centrer sur ce cadre de vie, de doutes, de tristesse. C’est un huis-clos passionnant, qui, au départ, est un havre de paix et d’initiatives, qui, lors des “combats”, devient une prison et les branches des barreaux. Deux faces d'une même pièce. “Je n’ai jamais vu quelque chose d’aussi violent”, nous confie la réalisatrice. La forêt est un personnage à part entière du récit, véritable poumon de la contestation zadiste. Rouge comme la révolte, rouge comme le sang des affrontements, rouge comme la passion. Rouge comme la vie. 

 

La note : 4 ♥ / 5

 

Forêt Rouge est le documentaire de ce début d’année. Laurie Lassalle filme avec honnêteté la vie de la Z.A.D et cette forêt aussi belle et fascinante, que piégeuse et dangereuse. Captivant de bout en bout, même dans ses symboliques un poil forcées.

 

 

Sources image : © Laurie Lassalle / Les Films de l'œil sauvage / Les Alchimistes / Wrong Films / Le Fresnoy

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