Familia : Dans les yeux de la violence (grand format) | TACK

2025-04-22

Familia : Dans les yeux de la violence (grand format)

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Il y a des films qui ne vous lâchent pas une fois l’écran de cinéma éteint et les lumières rallumées. Ils mûrissent en vous sur le chemin du retour, dans le silence d’une voiture, dans les vrombissements du bus, dans les annonces du tram. Ils prennent de l’ampleur et des images vous reviennent encore et encore. Des visages. Des cris. Des regards. Familia de Francesco Costabile fait partie de cette catégorie-là. Adaptation du livre autobiographique Non sarà sempre così (Il n’en sera pas toujours ainsi) de Luigi Celeste, ce film noir aux accents de thriller familial secoue, électrise, bouleverse.

 

L’histoire de Familia chronique une violence familiale qui débute à Rome, au début des années 1980, et qui va durer plus de quinze ans. Licia élève seule ses fils Gigi et Alessandro, suite à une mesure d’éloignement de Franco, leur père dont la violence a marqué leur enfance. Gigi grandit en trouvant refuge auprès d’un groupe néofasciste et reproduit peu à peu le schéma paternel. Après dix ans d’absence, Franco réapparaît, bien décidé à retrouver sa place au sein de son foyer. 

 

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« Dieu, la patrie et la famille »

 

Film choc, Familia sort dans les salles françaises ce mercredi 23 avril 2025. Si le réalisateur nous plonge dans l’Italie des années 80, des rappels à notre époque contemporaine ne cessent de nous sauter aux yeux. Le premier d’entre eux concerne la notion de famille, dont le titre du long-métrage, Familia, en est la résonance initiale. Le réalisateur l'a choisi spécifiquement  pour son ambivalence :

 

« J’ai toujours été frappé par l’origine du mot familia, qui devrait représenter le lieu de l’amour et de l’inclusion, mais qui en latin désigne le contrat de domination du pater familias avec ses serviteurs, parmi lesquels se trouvent notamment sa femme et ses enfants. »

 

À notre époque, dans une société italienne chamboulée, Giorgia Meloni, présidente du Conseil des ministres d'Italie, promeut le mythe de la famille traditionnelle et son slogan « Dieu, la patrie et la famille ». Cette conception anti-moderniste ne cesse de se propager dans toute l’Europe (Emmanuel Macron défend, par exemple, « une France plus forte par la relance de la natalité » et un nécessaire « réarmement démographique »). Pour ces politiques, majoritairement de droite et d’extrême-droite, il faut promulguer « la famille traditionnelle », aussi appelée « famille nucléaire. » Selon Adrien Tardy, du journal en ligne canadien The McGill International Review :

 

« [Cette vision traditionnelle et nucléaire] est hétéronormative, remplie une fonction biologique, blanche, et basée sur des fondements religieux. Elle définit également les rôles de l’homme et de la femme distinctivement. Un modèle familial qui, historiquement, asservit le père aux tâches capitalistes, et relègue malgré elle la mère aux tâches domestiques. Une famille à but reproductif, qui doit avoir des enfants. Ceux qui parlent de la famille traditionnelle parlent aussi souvent d’un modèle patriarcal et de différences essentialistes entre l’homme et la femme. (...) Cette préférence pour un modèle de famille unique est aussi caractérisée par un attrait homophobe et raciste, puisqu’elle rejette les cadres familiaux qui ne s’y conforment pas. » 

 

Familia montre implicitement que l’Italie d’aujourd’hui (comme d’autres pays européens) ne cherche plus à aller de l’avant et préfère retourner à des valeurs arriérées, supposément plus conventionnées qu'à notre époque. Si les décennies après la fin de la Seconde Guerre mondiale ont permis des avancées majeures dans la vie des femmes (contraceptifs féminins, montée des divorces…), la société patriarcale met du temps à se déconstruire et les extrêmistes ne cessent d'empêcher et de remettre en cause le processus. En 1975, selon une archive de l’INA, on pouvait entendre des hommes répondre à un micro-trottoir sur le sujet des violences domestiques, en expliquant, face caméra, battre leur femme : « Battu ? Disputez plutôt… Oui… un coup malheureux. » Est-ce vers cette société que les politiques de droite et d’extrême-droite souhaitent retourner ? 

 

La famille présentée dans le film est une famille au départ traditionnelle, avant que la mère cherche à briser les carcans sociétaux en dénonçant la violence de son mari. Sauf que l’emprise patriarcale, si elle n’est pas déconstruite, peut revenir brutalement. Franco est un homme violent, qui n’est jamais passé à autre chose, qui n’a jamais mené une introspection, qui n’a jamais été suivi psychologiquement. C’est un homme bâti sur les fondations de la tradition machiste et viriliste, typique de la vision familiale nucléaire. Claudine Haroche dans son article « La fabrique de la virilité dans la famille patriarcale » écrit :

 

« La virilité a été et est encore, dans un grand nombre de sociétés, un élément central de pouvoir ou de domination dans un modèle familial patriarcal, auquel correspond un système étatique tout aussi autoritaire, voire fascisant. De nombreux travaux concernant l’apprentissage de la virilité sont appelés à illustrer, dans ces cas, le rôle déterminant de la famille et des mouvements de jeunesse, des « fraternités », qui exaltent un désir de fusion s’appuyant sur des idéaux virils. »

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Une violence transgénérationnelle

 

Le plus jeune des fils, Gigi, reproduit le schéma paternel en se montrant violent envers sa compagne. Le film montre son basculement toujours plus dangereux vers la radicalité. En premier lieu, il rejoint un groupe néofasciste, sa seconde famille. Il frappe, prend des coups, manie des armes. Il extériorise la haine contenue dans son corps. Lorsque son père réapparaît, il perd définitivement pied. Son esprit se bouscule entre la raison et la déraison. Ce n’est du reste pas pour rien que Franco choisit Gigi pour le mener jusqu’à son foyer ; il le sait plus friable, malléable et soumis. Il y a une forme de fatalité dans cette rencontre. Puis, Gigi finit par être persuadé d’avoir les mêmes gênes que son père, cet homme au comportement ignoble et brutal. Il voit en lui un reflet, une transmission transgénérationnelle écoeurante. Pour le réalisateur Francesco Costabile, Familia « raconte un récit de la violence, en particulier de la violence psychologique, et en montre les blessures les plus profondes qui marquent à jamais une enfance. »

 

 

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Le personnage de Gigi

 

Le fascisme italien d'aujourd'hui dans les yeux du passé

 

Familia montre aussi que le fascisme mussolinien n’a jamais véritablement disparu en Italie. En effet :

 

« De la fin des années 1960 au début des années 1980, l’Italie fut confrontée à une violence politique qui se singularise, en Europe, par son intensité (plus de 360 morts entre 1969 et 1980), sa durée (le dernier homicide des Nouvelles Brigades rouges date de 2002) et sa double matrice idéologique. »

 

Pour l’extrême-droite, la violence est l’héritage direct de la culture politique fasciste, illustrée par des expéditions punitives contre leurs adversaires politiques, comme Familia l’illustre lors d’une séquence d’affrontements incluant Gigi. À nouveau, le film parle du présent en convoquant le passé. Il montre que la violence de la droite radicale est systémique et qu’elle était, qu'elle est, et qu'elle sera toujours là.

 

Aujourd’hui, en Italie et ailleurs, le fascisme revient au premier plan de l'échiquier politique.  On explique, dans certains médias notamment, que ce qui était considéré comme du fascisme hier ne doit plus être considéré comme tel aujourd'hui. Il faut dire que le mot est désormais galvaudé car employé à tort et à travers depuis des années dans les médias et sur les réseaux sociaux. Comme beaucoup d’autres mots avant lui, sa substance a perdu de son sens initial. Par exemple, le terme « narratif » a désormais suppléé le « storytelling » dans le langage marketing et médiatique, car ce dernier a fini par être  étiqueté comme un procédé péjoratif. Pourtant, les deux mots disent la même chose.

 

La politique actuelle italienne peut être assimilée à celle du fascisme. Selon le CNRTL, le fascisme est une : « doctrine que Mussolini érigea en Italie en système politique et qui est caractérisée par la toute puissance de l'État (intervention de l'État dans l'économie, étatisation des appareils idéologiques, développement de l'appareil répressif dominé par la police politique, prépondérance de l'exécutif sur le législatif, etc.) et par l'exaltation du nationalisme. » C'est une retranscription plus ou moins affirmée de la société italienne contemporaine. De plus, plusieurs points caractéristiques du « fascisme primitif et éternel » d’Umberto Eco sont aujourd’hui observables chez notre voisin transalpin : culte de la tradition, refus du modernisme, refus de l’esprit critique, utilisation du nationalismemachisme méprisant les femmes et l’homosexualité… En prônant le culte de la famille traditionnelle, en « menant une guerre contre les familles monoparentales », en « criminalisant la GPA à l’étranger », en restreignant l'IVG, en exerçant des pressions sur des chaînes télévisées comme la RAI… l’Italie de Meloni embrasse un fascisme d’antan. 

 

Pour le politologue et spécialiste de l’extrême-droite, Erwann Lecoeur, interrogé au lendemain de l’élection de Giorgia Meloni, « il y a bel et bien » une « vague nationaliste » qui « est en train de submerger une partie de l’Europe. » L'enseignant, écrivain et journaliste Christian Raimo écrit, quant à lui, que le fascisme est « revenu à la mode » en Italie. La conséquence directe de ce bouleversement idéologique est la radicalisation fasciste des jeunes :

 

« Quand certains pensaient cette idéologie dissoute dans les tabous de l’histoire nationale, les militants d’extrême droite travaillaient patiemment à leur grand retour dans l’arène politique – et la scène inaugurale se joue sur les bancs des lycées et des universités. Afin de combler le vide laissé par l’effondrement de la gauche, dans la pensée critique comme dans les urnes, et de conquérir les plus jeunes, le fascisme italien du IIIe millénaire s’est paré de nouveaux atours : il se présente comme « postidéologisé », débarrassé du « clivage gauche-droite » et s’enorgueillit de défendre les classes populaires et les femmes. Cette stratégie d’endoctrinement masque mal les motivations réelles de ce néofascisme qui, comme chez ceux qui l’ont précédé, reposent sur la défense identitaire, le racisme et le nationalisme. »

 

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Sur leurs visages

 

Familia est un ensemble de genres cinématographiques composé de plusieurs sous-textes. C’est un brûlot politique, un film d'engagements aux accents horrifiques tant certains passages sont difficiles à regarder. La tension est parfois insoutenable, comme la scène du repas de famille, avec la copine de Gigi. Quand la violence ne se cache plus, alors l'irréversibilité est impossible. Cette acmé d'aggressivité est d’une puissance évocatrice, qui marque le personnage de Gigi. C’est une scène pivot car à ce moment-là,  le point de non-retour est franchi. 

 

Cette tyrannie progressive est portée par un Francesco Di Leva (Franco)  terrifiant, qui, par son simple regard, crée un malaise palpable. Sans être physiquement impressionnant, il accapare l’image et relègue, petit à petit, sa femme au second plan. Il sature l’espace et marque son territoire par sa seule présence. Barbara Ronchi incarne cette mère courage, qui ne peut arrêter l’emprise de son mari. Elle est résignée à subir les coups, les mots, les décisions de son tortionnaire. Elle finit par rejoindre la pénombre, à n’être plus qu’une « chose ». Luigi Celeste, dit Gigi, interprété par Francesco Gheghi, est, quant à lui, un personnage plein de contradictions, qui ne sait plus où aller et vers qui aller. Un jeune italien perdu, qui n’a jamais réussi à passer outre les images de ses souvenirs, au contraire de son frère Alessandro. Il symbolise ce désir d’émancipation tempétueux, cette innocence bafouée par un passé qui s’accroche à lui et à sa peau. Il cherche à trouver son identité. Y parviendra-t-il seulement ?

 

Une prison humaine

 

La mise en scène de Francesco Costabile, sans révolutionner le genre, retranscrit la figure du père qui observe partout, même quand il n’est pas là. C’est un fantôme qui navigue selon les flottements de la caméra. Le gros plan est régulièrement utilisé afin de retranscrire le plus fidèlement et profondément possible les émotions des personnages. Le spectateur est alors au plus près des ressentis de chacun. De plus, l'utilisation du gros plan accentue la position dominante du père, qui sature l’espace et le cadre. L’image est à plusieurs reprises entourée de contours noirs et opaques, comme si nous sommes un oeil qui observe à travers le trou d’une serrure. Cette mise en scène provoque une sensation de malaise car nous découvrons une situation de violence insoutenable, presque voyeuriste. Il est pourtant nécessaire qu'un jour quelqu'un décide de pousser la porte pour voir ce qu'il y a derrière. Et cette personne est Gigi.

 

L’environnement de cette famille épouse le cloisonnement de leur vie. Pour le réalisateur, « Gigi est prisonnier d’innombrables cages, physiques et surtout émotionnelles. Il y a cette idée de compression, d’une banlieue elle-même violente, aux confins de la ville, là où le béton s’arrête et où commence la campagne romaine ouverte. Il y a là un contraste, une structure composée de décors, de seuils à franchir, d’obstacles, de géométries rigides. »

 

 

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Une histoire vraie, un témoignage de vie

 

Familia prend encore plus de poids quand on sait d’où part le film. C’est l’adaptation du livre NON SARÀ SEMPRE COSÌ (Il n'en sera pas toujours ainsi), où Luigi Celeste raconte son histoire, ce drame qui résonne dans nombre de familles italiennes. Pendant ses années d’emprisonnement à la prison de Bollate, Luigi a rejoint un projet de réhabilitation financé par le conglomérat multinational Cisco. À sa sortie de prison, il est engagé par une entreprise internationale, puis s’installe en 2022 à Strasbourg pour travailler comme consultant en sécurité informatique dans une agence européenne. Luigi Celeste explique son processus d'écriture, en forme d'expiation à un acte nécessaire et vital : 

 

« J’ai commencé à écrire mon histoire en 2010 (…) Je voulais raconter la vérité sur la vie que j’avais menée, les souffrances de ma famille, et la succession d’événements tragiques qui m’avaient poussé à commettre cet acte irréversible. Pendant six mois, j’ai écrit chaque jour depuis ma cellule, recueillant des informations auprès de ma famille et des foyers d’accueil pour enfants où j’avais été placé à l’âge de 10 ans. Mon ordinateur en prison est devenu bien plus qu’un simple outil d’écriture. Il a marqué le début de mon chemin vers la rédemption, celui qui m’a mené à devenir expert en cybersécurité. » 

 

Si le long-métrage de Francesco Costabile se permet quelques libertés dans le récit, Familia  est en prolongement des mots écrits par Luigi dans son ouvrage :

 

« Le film me paraît d’une grande justesse. Tout en étant librement inspiré de mon histoire, il reste très fidèle à la réalité. L’attention quasi-obsessionnelle de Francesco pour les détails rend chaque élément d’une grande authenticité. Par exemple, dans le film, il y a ce tableau d’un lion accroché au mur du salon. Dans la réalité ce tableau a toujours fait partie de notre quotidien, dans les deux maisons où nous avons habité. Ce lion a été le témoin silencieux des pires moments de violences de mon père sur ma mère. »

 

Aujourd’hui, alors que les mœurs tendent à bouger partout dans le Monde, les politiques radicales reviennent en force en promulguant des idées arriérées ; un retour des valeurs conservatrices à une époque où les idées patriarcales dominaient et où le fascisme prospérait. En Italie, des rassemblements dans les universités s’enchaînent ces dernières semaines après deux féminicides. Le pays à la botte a besoin d’une révolution culturelle et certaines avancées récentes, comme l’adaptation d’un projet de loi faisant du féminicide un crime à part entière et non plus une simple variante de l’homicide, puni de la prison à vie, vont dans ce sens. Telle est l’histoire d’un pays qui, d'un côté, tend à donner plus de poids à la lutte contre les féminicides, mais qui, de l'autre, stigmatise les LGBTQIA+, s’oppose à la PMA pour tous, restreint l’accès à l’IVG. Une politique conservatrice qui contrebalance fortement avec les quelques annonces « féministes ».

 

Familia raconte comment un homme, promis à reproduire la violence domestique de son père, décide de changer le cours de l’histoire de sa famille et d’empêcher un féminicide de plus. Un geste fort qui se répercute dans les mots de son auteur et dans les images de son réalisateur. Un film qui fait bouger les lignes, en réponse à ceux qui souhaitent les laisser telles quelles. 

 

 

Sources

 

Coromines L., 2024, « Censure : la liberté de la presse mise à mal sous le gouvernement Meloni », L’ADN. 

Haroche C., 2013, « La fabrique de la virilité patriarcale », 308, Le journal des psychologues.

Leprince C., 2021, « Dire « fascisme » en 2021 : abus de langage ou clairvoyance ? », France Culture. 

Raimo C., Traduit par Sanchez A., 2018, « Jeunes, italiens, fascistes et branchés », 10, Revue du Crieur. 

Tardy A., 2022, « Le mythe de la famille traditionnelle », The McGill International Review.  

 

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