2026-01-19
Di'Anno : Iron Maiden's Lost Singer : La déchéance d'une gloire du heavy metal (Musical Ecran 2025)
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Un soir de novembre, dans le théâtre Molière de Bordeaux, le documentaire choc Di’Anno : Iron Maiden’s Lost Singer de Wes Orshoski (présent sur place), est prêt à être lancé. Diffusé dans le cadre du festival de documentaires musicaux, Musical Écran, pour la première fois en France (et toujours la seule fois à ce jour), ce film a attiré notre attention par son postulat intriguant. Wes Orshoski décide de se focaliser et de suivre le combat pour la vie de Paul Di Anno, le chanteur originel du célèbre groupe britannique de heavy metal, Iron Maiden. Une tragédie sans détour, un destin broyé par le star system, la déchéance d’une étoile de la musique. Wes Orshoski met en image un film jamais voyeuriste, toujours honnête, juste, réel. Comment cette chute est-elle survenue ? De la gloire à l’oubli. Du groupe à la solitude. De la vie à la mort.
La déchéance d'un angoissé
Wes Orshoski n’en est pas à son premier coup d’essai. En 2010, il avait enjoué la critique pour son documentaire Lemmy, centré sur le musicien de heavy-métal, Lemmy Kilmister. En 2015, il se focalise sur le groupe punk The Damned. 10 ans plus tard, le voilà de retour avec un nouveau documentaire musical, cette-fois ci autour de la figure tragique de Paul Di Anno, l’ancien chanteur vedette d’Iron Maiden.
Ce qui nous frappe dans les premières images du film, c’est la découverte d'un Paul à la condition physique dramatique, en fauteuil, bien loin de l’image sans limite de ses débuts... Et quels débuts ! Paul avait un destin tout tracé vers les sommets, vers une carrière hors-norme, légendaire. Mais Paul est un bad boy, un vrai, et décide, après deux albums à succès, de quitter Iron Maiden. S’il n’exprime jamais d’amertume sur cette époque, le vernis se craque à chacune de ses paroles. Cherche-t-il à se persuader ? Alcools, drogues, femmes, argent, notoriété. Le monde du show-biz est impitoyable. Paul en est un exemple criant. S’il a essayé de rebondir dans plusieurs groupes, il ne retrouvera jamais la flamme et la qualité de ses débuts. Deux albums de légende, que l’on sépare du reste de la discographie du groupe. Il y avait dans ces chansons quelque chose de plus radical, organique. Une voix unique, marquante, intense, surtout.
Quand on retrouve Paul, dans un bar à la gloire de Iron Maiden, on découvre les ravages des excès de la vie déposés sur son corps. Le décalage est tonitruant. Paul est toujours le mauvais garçon des débuts, mais il est désormais emprisonné dans un corps qui ne répond plus. Il essaie de s’accrocher à une utopie à laquelle il croit à peine. En Grande-Bretagne, on refuse de soigner son genou, dans un sale état. Feux rouges. A Zagreb, on lui promet un miracle. Un jour, Paul pourra remarcher, les médecins en sont convaincus. Feux verts. L’ancien chanteur d’Iron Maiden s’accroche à un nouvel objectif, un rêve à peine concret. Mais Paul est Paul. Un metalhead, à la vie, à la mort, qui continue de fumer malgré les interdictions strictes des médecins. Un tempérament exécrable, angoissé par l’au-delà, par ce qu'il pourrait se cacher après la mort. La tragédie se forme, petit à petit, en direction de l’inéluctable.
Wes Orshoski suit Paul à la lettre. La caméra plonge dans une intimité morbide qui n’a que très peu été filmée jusqu’ici. On assiste même, médusé, horrifié, décontenancé, à une opération directement depuis les blocs ! Le sang, la chair, la pulpe, rien ne nous est épargné. Même les plus grands amateurs de chair fraîche, à la sauce torture porn, détourneront certainement les yeux. Une vérité crue, dans tous les sens du terme.
© Photo Paul Cox/Avalon/Starface
Baroud d'honneur
Et puis il y a cette tournée insensée au Brésil, sous la bannière Iron Maiden, financée par des fans aveuglés par les souvenirs d’antan. La santé de Paul est toujours aussi compliquée, mais il veut, coûte que coûte, aller au bout de son histoire. Mourir sur scène. Laisser une dernière trace de lui, de sa voix, de sa bataille dans les mémoires. Ne pas être oublié, lui qui a si peur d’être seul. Qui perd espoir quand personne n’est à ses côtés. Quand ses amours le lâchent en plein vol.
Alors la tournée démarre. Le drame aussi. Paul ne peut plus chanter. Il n’a plus de coffre, plus de voix, plus d’énergie. Le public l’aide, le porte. Drame nostalgique. Il n’en ressort qu’une réalité cruelle qui saute à la face du chanteur. Il se bat, pour aller au bout, pour saisir cette dernière chance, pour signer son crépuscule. Nous, on aimerait lui crier : Arrête Paul ! Arrête de te faire du mal comme ça ! Mais on sait qu’il nous rigolerait au nez et nous enguelerait.
Wes Orshoski ne nous épargne rien. Il agrémente ce documentaire resserré à l’os, de quelques témoignages et d’images d’archives. Ce qui frappe, c’est de découvrir la solitude de cet artiste autrefois vedette de la scène heavy metal. De voir tous ces fans derrière lui, le porter, lui accorder de l’amour, alors que lui est seul. Avec ses démons, ses angoisses, ses vérités. Même si des personnes l’aident dans son quotidien, cherchent des solutions pour son avenir, le fatalisme finit toujours par revenir, comme un boomerang lancé à pleine vitesse.
Le réalisateur américain place toujours sa caméra avec honnêteté. On distingue plusieurs Paul : détestable, résilient, torturé. On n’est pas ici dans une approche manichéenne de la situation, où dans un point de vue biaisé par la fascination de son vidéaste. Ce documentaire est plus que jamais un film de la réalité et de la vérité. Rarement une œuvre aura autant collé au réel.
La note : 4 ♥ / 5
Si peut relever la présence un poil excessive de texte pour contextualiser les scènes, force est de constater que Di’Anno : Iron Maiden’s Lost Singer marque les esprits, par sa radicalité, sa singularité, son témoignage sans détour. Un hommage excessif, à l'image de son protagoniste.
Source image de couverture : Kevin Nixon / Getty Images
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