Le 12 février 2025 | TACK

2025-02-22

Le 12 février 2025

Aujourd’hui, Gérald Darmanin a pris la parole pour répondre aux accusations faite à son éminent collègue Bayrou, au sujet de l’affaire des violences sexuelles de Notre-Dame de Béttharam. Il a dit, je cite :

 

« l’action publique en matière de violence faite aux enfants, comme je l’ai moi-même souligné dans la circulaire de politique publique que j’ai adressée au procureur de la République, est une priorité de l’ensemble des gouvernements et particulièrement de celui-ci, sous l’autorité de Monsieur le premier ministre qui définit la politique pénale, et je vous encourage à rester digne devant la détresse et la violence des cas que vous évoquez »1.

 

Je pourrais proposer une étude serrée de son discours. Démasquer la violence de ses mots. Expliquer l’agressivité qui naît en moi lorsque j’entends qu’il faut rester « digne » face à la pédophilie, sous-entendu, qu’il ne faut pas hurler, qu’il serait indigne de crier, de rugir ; des mots, ceux de Darmanin, des mots comme un couteau qui ouvre ma peau, nos cris comme du sang qui fuse depuis l’endroit où son jargon politicien désincarné a enfoncé sa lame ; mais il faudrait ne pas saigner, non, non, Mesdames et Messieurs, calmez-vous, c’est indigne de saigner autant.

 

Ou bien je pourrais rapporter qu’aujourd’hui j’ai reçu un courrier important par la poste. Un courrier qui fait suite à une plainte que j’ai déposée le 02 octobre 2022 à 15 heures et 20 minutes. Qui porte pour titre, parce que les plaintes portent des titres, AGRESSION SEXUELLE INCESTUEUSE SUR UN MINEUR DE 15 ANS. Un titre gras, en capitales, un titre qu’on ne peut pas ne pas voir, un titre qui a été choisi par le policier qui m’a entendue, moi j’en aurais peut-être préféré un autre, oui j’aurais peut-être nommé ça autrement, je sais pas la mort surgit en bord de rivière, par exemple, ou on m’a volé mon corps un jour de soleil, mais on ne choisit pas, puis les juristes sont pas des poètes, c’est le flic qui doit faire défiler sur son écran des intitulés correspondants à des actes juridiques prédéfinis, clic, c’est le bon intitulé, allez ma petite dame, racontez-moi tout. 

 

Aujourd’hui, 2 ans et 5 mois après le clic du flic, j’ai reçu une petite lettre de la part du procureur de la République. Rien sur l’enveloppe. Pli daté du 07 février 2025. 001,14 € de frais d’envoi. L’enveloppe à la main, je passe la porte de chez moi. J’ai mes écouteurs dans les oreilles. Je glisse une clef sous le rabat, d’un geste sec, j’ouvre le petit contenant blanc, j’en sors deux feuilles de papier A4 pliées en trois. Je lis en haut à gauche de la première feuille les mots MINISTÈRE DE LA JUSTICE, chapeautés du petit drapeau à tête de Marianne, je fais un petit mouvement de recul, je déglutis, je garde mes écouteurs bien enfoncés dans mes oreilles, je monte un peu le son, j’inspire un grand coup, puis je lis. Une fois. Deux fois. Je lis.

 

« AVIS DE CLASSEMENT A VICTIME 

[…] Les faits ou les circonstances des faits de la procédure n’ont pu être clairement établis à l’enquête. Les preuves ne sont pas suffisantes pour que l’infraction soit constituée. […] Les faits révélés ou dénoncés dans la procédure constituent bien une infraction mais le délai fixé par la loi pour pouvoir les juger est dépassé. »

 

Je ne comprends pas. Il y a plusieurs choses dans ce papier. D’abord, je suis reconnue comme victime. C’est la première chose qui m’importe. Ensuite, on m’explique que j’ai bien subi une infraction, mais qu’elle n’est pas constituée faute de preuves – classique. Il paraît par ailleurs qu’il y a prescription au regard des faits que je rapporte. Je jette un œil las sur un papier que m’avait donné le gendarme à l’époque, un papier qui s’appelle « information sur la procédure et sur vos droits », et qui annonce un délai de prescription de 20 ans pour les faits que j’énonce – or, ça fait clairement moins de 20 ans que ça s’est passé. Donc, bande de tocards, je vais très évidemment  contester cette putain de décision de merde. Et on s’arrêtera pas là. Et ça s’arrêtera jamais. Après tout il n’aura fallu que 2 ans et 5 mois pour recevoir ce classement. J’enfile mes gants de boxe et j’aiguise ma lame. Plus vous laissez de temps passer, plus je m’arme. Puis à ce jeu-là, messieurs, j’ai déjà tout perdu. Qu’on me déshonore, ça ne me fait plus rien, vous m’avez déjà trop souillée. Je parle et j’agis depuis la rage des vaincu·es rescapé·es par hasard de l’horreur.

Alors quand j’écoute Darmanin tout à l’heure, je suis prise de dissonance cognitive. Ce gouvernement fait de l’action publique en matière de violence faites aux enfants un sujet prioritaire, on prend ça à bras le corps ! Pareil pour les violences faites aux femmes d’ailleurs ! Cheval de bataille du gouvernement ! Allez tout simplement vous faire voir. On nous dit : libérez la parole ! Allez porter plainte ! Et ensuite ? Vous vous pavanez du haut de vos minuscules estrades pendant qu’on agonise sur l’échafaud. Mon apocalypse est durable et votre gloire éphémère. Pour protéger cette dernière vous mentez éhontément, feignez l’amnésie et plaidez l’innocence. Spoiler : plus personne n’y croit. Un petit rappel ci-dessous2 :

 

Violences physiques 

  • Chaque semaine 1 enfant meurt sous les coups de ses parents.

  • En 2021, +16 % de violences intrafamiliales non conjugales par rapport à 2020 (selon le ministère de l’Intérieur), dont des violences physiques et sexuelles.

  • En 2022, le 119 a traité les situations de 40 334 enfants en danger ou en risque de danger.

  • 24 % des Français[·es] de plus de 18 ans estiment avoir été victimes de maltraitances graves dans leur enfance (sur un échantillon de 1 000 Français[·es]).

Violences sexuelles

  • Chaque année 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles, dont 77 % au sein de la famille (estimation CIIVISE).

  • Les enfants en situation de handicap ont un risque 2,9 fois plus élevé d’être victime de violences sexuelles.

  • En 2021, 13 % des femmes et 5,5 % des hommes disent avoir subi des violences sexuelles dans leur enfance, dont 4,6 % des femmes et 1,2 % des hommes disent avoir subi des violences incestueuses (enquête INSERM).

 

Je n’écris pas pour raconter les violences que j’ai subies, ni pour révéler ce qu’on sait déjà, au sujet du parcours de combattant·e que c’est de parler, des obstacles qui s’interposent entre soi et soi-même lorsqu’on tente de se sentir légitime, de la lassitude et de la fatigue qui naissent à entendre les autres nous expliquer qu’il faut qu’on aille porter plainte, qu’il faut qu’on aille voir des assos tout en sachant que porter plainte ne servira à rien, qu’on y risque gros – une légiste m’a même dit, alors qu’elle venait de trifouiller ma chatte préparez-vous à être traînée dans la boue [sic], tout ça on sait, on sait, putain, on lit, on subit, on sait. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, avec l’énergie qu’on a, avec les moyens financiers et psychologiques qu’on a, avec l’accès aux soins qu’on a, avec tout ce qu’on a pas, avec tout ce qu’on aura jamais. On essaye juste de faire. Et je voudrais juste rappeler, si besoin était, qu’on est nombreux·ses. Beaucoup trop nombreux·ses. Et qu’on vous voit protéger sans remords sans honte et sans gêne les violeurs, les pédocriminels et le système qui leur permet de violer encore tout en restant impunis. Qu’on vous voit reproduire et couver sans cesse le même ordre patriarcal qui tue exploite violente détruit saccage spolie nos corps et nos territoires. Qu’il ne nous reste presque plus rien, à nous. Rien que la colère, dernier consensus populaire. Colère qui gronde, qui s’intensifie, qui se dresse droit devant vous, colère-marée qui grandit et nos corps, microséismes isolés, se rassemblent, dans l’indignation et la joie, au milieu des miettes d’un monde en ruines, que vous avez brisé et que vous ravagez chaque jour un peu plus. 

 

autour de toi, le monde tombe en miettes, oui, peut-être, peut-être qu’il s’effondre, mais toi inarrêtable tu tiens debout, tu avances, derrière toi les miettes dansent aussi, devant toi l’espace est ouvert, le soleil réchauffe ta peau, il t’entoure, dans ce halo le vent te pousse légèrement, fait flotter tes bras, et il y a toutes ces autres personnes, cette gigantesque marée humaine derrière toi, devant toi, à côté de toi, tu ne nous vois pas encore, mais on est là, je suis là, on récupère les miettes de toi que tu as fait tomber, on les garde précieusement pour quand tu seras prête, prête à te recoudre, à les recoller, on te fabriquera une armure, une armure en satin, une armure en cuir, une armure en ce que tu veux,  une armure de joie.

 

...

 

1 Début à 36’12. « Questions au gouvernement mercredi 12 février 2025 à l’Assemblée nationale », https://www.youtube.com/watch?v=gsUiKomFIk0&ab_channel=LCP-Assembl%C3%A9enationale.  

Tous les données proviennent du site du Gouvernement. Voir « Plan de lutte contre les violences faites aux enfants 2023-2027 | solidarites.gouv.fr | Ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles », [En ligne : https://solidarites.gouv.fr/plan-de-lutte-contre-les-violences-faites-aux-enfants-2023-2027]. Consulté le12 février 2025. 

TACK

2025-02-05

2025-02-05

2025-02-05

2025-02-05

Portrait de la jeune fille en feu Corps Ciselé Retrouver les couleurs Fichue style, fichue histoire, un classique qui ne met pas tout le monde d’accord ! Dans *Portrait de la jeune fille en feu*, Céline Sciamma façonne un univers exclusivement féminin sur une île bretonne, où naît un amour lesbien entre une peintre, Marianne (Noémie Merlant), et son modèle, Héloïse (Adèle Haenel). Récompensé au Festival de Cannes et aux César, ce chef-d'œuvre déconstruit le *male gaze* en adoptant le *female gaze*, offrant une vision intime et respectueuse des corps et des désirs féminins. Sciamma sublime la sexualité et la relation peintre-modèle en célébrant l’art et l’égalité dans une approche féministe audacieuse et sans concession. Ce texte poétique explore le rapport intime et douloureux au corps, marqué par les traces du temps, des souvenirs et des blessures. À travers une quête de réconciliation, l’autrice invite à regarder son corps avec tendresse, à en faire un territoire de mémoire et de puissance, libéré de la honte et habité avec douceur. Sorti le 13 décembre 2018, *Gris* est un jeu de plateforme 2D signé Nomada Studio qui offre une expérience visuelle et émotionnelle unique. On y suit une jeune femme dans un monde en ruines et sans couleurs, qu’elle s’efforce de restaurer au fil d’un voyage poétique. Ce jeu, souvent interprété comme une métaphore du deuil, illustre les étapes de la reconstruction intérieure à travers des décors aquarellés et une musique poignante. L’Attrape-cœurs de J.D. Salinger est une œuvre emblématique qui suscite des avis tranchés. Certains le trouvent ennuyeux et dérangeant, d’autres le considèrent comme un roman marquant et réaliste. À travers les errances de Holden Caulfield, adolescent de 17 ans en quête de sens dans une société conformiste des années 1950, Salinger explore les thèmes universels de l’adolescence, de la perte d’innocence, et de l’isolement.