Fichue style, fichue histoire, un classique qui ne met pas tout le monde d’accord ! | TACK

2025-02-05

Fichue style, fichue histoire, un classique qui ne met pas tout le monde d’accord !

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Il y a deux écoles : d’un côté ceux qui trouvent que c'est ennuyeux, déprimant, incompréhensible, dérangeant et hasardeux, et de l'autre ceux qui le voient comme déroutant, passionnant, réaliste, marquant et spontané.

 

"Je suis un fieffé menteur. J'ai 17 ans, je m'appelle Holden. Et ça me tue !!!”

 

Ça, c’est la jolie manière dont se présente Holden Caulfield, le protagoniste de l’Attrape-cœurs (quoique plutôt antagoniste de lui-même). Vous savez ? Le roman d’apprentissage, vivifiant de réalisme, de J.D. Salinger. Ce livre qui raconte les trois jours d’errance, à New York, d’un gamin arrogant de 17 ans, rempli de vices, qui vient de se faire renvoyer de son école. Le genre de personnage qui vous fait dire “Ah les jeunes !”. Une phrase pleine de discernement, évidemment.

 

Écrit après la Seconde Guerre mondiale, le livre décrit le début des années 1950 : décennie du conformisme par excellence dans la société américaine. Tout l’enjeu de cette œuvre, c’est justement de se détacher d’une réalité romancée et de la conserver aussi brute qu’elle ne l’est. C’est pourquoi l’auteur nous plonge dans une atmosphère sombre, dans laquelle on est témoin du repli véritable du personnage, sans faux espoir, sans enjolivement, faisant naître un sentiment de décadence dérangeant. L’histoire traite de plusieurs choses : de l’adolescence, de la perte définitive de l’innocence, de la crise d’identité (crise existentielle ou crise de maturité, en fonction de chacun). Et finalement, derrière ces grands mots, il traite d’anxiété et de dépression. Mais on ne le comprend pas tout de suite. Notamment à cause d’une écriture bien loin d’être fine et poétique.

 

On m’a d’ailleurs demandé si j’appréciais sa lecture, si je réussissais à supporter le niveau de langage. Et c’est un non. Ça m'insupporte et c’est précisément ce qui est très fort de la part de l’auteur. C’est aussi pourquoi son succès n’est plus à prouver (National Book Award : Fiction). Alors j'ai fini par m’avouer que peut-être, même avec une grande ouverture, je ne pourrai pas vivre pleinement ce livre, pour la simple et bonne raison que je ne suis plus adolescente. 

 

Pourtant j’ai essayé de me mettre dans la peau de ce garçon, de m’aligner à l’histoire en tentant de retrouver mes états d'âme passés, de retrouver ces émotions démesurées qui m’animaient. Mais ça m’était impossible. Comme si l'adolescence, une fois terminée, demeurait incomprise. 

 

Et pour savoir si mon avis était partagé, si cet Attrape-cœurs qui n'a pas attrapé le mien avait comblé celui des autres, j’ai décidé d’aller voir quelques avis en ligne. Voici ce que j’ai trouvé :

 

“Trop jeune? Trop vieille? pas du bon pays? pas assez de culture littéraire de l'œuvre? J'ai lu 100 pages et ai dû refermer ce livre qui m'est tombé des mains. Impossible de m'attacher et encore moins de comprendre le protagoniste principal. Je ne comprends pas le succès de cette œuvre.”

 

“Difficile, très difficile d'arriver au bout de ses 250 pages... L'écriture ne me correspond pas, à la limite du vulgaire et du manque de vocabulaire par moment. Dommage, je me faisais une joie de le lire et c'est devenu une corvée. Un classique littéraire qui ferait perdre le goût de lire à plus d'un enfant ou d'un adulte.”

 

“Sans doute un des pires livres que j'ai lu avec l'Etranger de Camus. D'un ennui....Je comprends mieux pourquoi il lui a fallu 10 ans pour le rédiger....il n'avait pas grand chose à dire!”

 

“J'ai lu ce livre lorsque j'étais au collège et je l'ai vraiment beaucoup aimé. Je vous le conseille vivement.”

 

Cela m’a conforté dans l’idée que l’Attrape-cœurs abordait des thèmes avec une profondeur que seul un adolescent en pleine crise d’identité peut atteindre. Cependant, les sujets traités sont universels (traumatisme, adolescence, solitude, sentiments d’exclusion, etc.), et donc il n'était pas suffisant de s'arrêter là pour comprendre pourquoi ce classique si réputé ne résonne pas avec tout le monde, au point même de devenir une lecture méprisée.

 

Alors, en réfléchissant, j'en suis venue à penser que ce qui rendait difficile pour le lecteur de s'identifier au personnage, c'est la complexité psychologique, non embellie, de ce roman. L'auteur confronte ses lecteurs à des sentiments dérangeants, certes universels, mais que l'on préfère souvent ignorer et dont on se croit affranchi.

 

Il aborde par exemple cette volonté qu’on a de s’éloigner des autres, les tentatives que l’on exerce pour couper les liens et rompre les relations, ou en tout cas mettre de la distance. Holden a tendance à trouver des aspects négatifs à ses camarades de classe ou à ses anciens amis. Il finit également par rejeter toute figure paternelle, comme celle représentée par M. Antolini. Une analyse nous amènerait à penser qu’il évite de tels liens afin de ne pas avoir à affronter la douleur de leur perte, comme cela lui est arrivé après la mort de son frère Allie. 

 

De plus, Holden n’est même pas révolté. Il est plutôt désemparé, flegmatique. C’est ce qui est perturbant. C’est ce qui donne cette impression de lenteur au livre, décrit comme ennuyeux par certains lecteurs. L’ennui étant, une fois de plus, un sentiment dont on n’est rarement fier, une sensation désagréable à laquelle on préfère ne pas s’identifier.  

 

Malgré tout, il est important de mettre en lumière ce brin d’espoir qui parcourt l’histoire comme un fil rouge dissimulé : l’amour. Particulièrement, l’affection fraternelle et passionné que Holden porte à sa petite sœur Phoebé, qui représente son point d’ancrage avec la vie.

 

Il me tient donc à cœur de conclure cet écrit parce que la maman d’une amie nous répétait sans cesse :

 

“Quoi qu’on en pense, l’amour reste l’essence même de la vie."
TACK

2025-02-05

2025-02-05

2025-02-05

2025-02-05

Portrait de la jeune fille en feu Corps Ciselé L’intime autrement, quand l’architecture révèle nos désirs Retrouver les couleurs Dans *Portrait de la jeune fille en feu*, Céline Sciamma façonne un univers exclusivement féminin sur une île bretonne, où naît un amour lesbien entre une peintre, Marianne (Noémie Merlant), et son modèle, Héloïse (Adèle Haenel). Récompensé au Festival de Cannes et aux César, ce chef-d'œuvre déconstruit le *male gaze* en adoptant le *female gaze*, offrant une vision intime et respectueuse des corps et des désirs féminins. Sciamma sublime la sexualité et la relation peintre-modèle en célébrant l’art et l’égalité dans une approche féministe audacieuse et sans concession. Ce texte poétique explore le rapport intime et douloureux au corps, marqué par les traces du temps, des souvenirs et des blessures. À travers une quête de réconciliation, l’autrice invite à regarder son corps avec tendresse, à en faire un territoire de mémoire et de puissance, libéré de la honte et habité avec douceur. Explore la façon dont l'architecture reflète et amplifie des symboliques sexuelles et des rapports au corps, à travers des formes sensuelles et phalliques omniprésentes. Cette tendance, marquée par des œuvres comme celles de Zaha Hadid ou le Gherkin de Norman Foster, projette un imaginaire souvent hétéronormé, réducteur et hypersexualisé. Sorti le 13 décembre 2018, *Gris* est un jeu de plateforme 2D signé Nomada Studio qui offre une expérience visuelle et émotionnelle unique. On y suit une jeune femme dans un monde en ruines et sans couleurs, qu’elle s’efforce de restaurer au fil d’un voyage poétique. Ce jeu, souvent interprété comme une métaphore du deuil, illustre les étapes de la reconstruction intérieure à travers des décors aquarellés et une musique poignante.