(FIBD 2024) Parlons commencements ! | TACK

2024-02-09

(FIBD 2024) Parlons commencements !

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Retour sur l’exposition Lignes De Départ qui nous fut présentée par la commissaire d’exposition Sophie Dusigne -ainsi que Nina Lechartier et Jérémy Perrodeau, deux des quatre auteur.e.s concerné.e.s- lors de la journée professionnelle tenue le mercredi 24 janvier pour la 51ème édition du festival international de la BD à Angoulême. 

 

 

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Quatre artistes, un challenge. Celui de créer et d’imager une scène de départ sous deux thématiques différentes: celle du sport et plus métaphoriquement celle de la création et du lancement. Le but étant de s’interroger sur les commencements et la manière dont ils se déploient. Comprendre ce qui nous pousse à entamer quelque chose. À moins que l’on soit contraint de débuter sans cesse ?

 

Les commencements, souvent nous apparaissent vertigineux. Qu’il s’agisse des premiers pas, des premiers amours, des premières joies ou des premières galères, du passage à l’âge adulte ou qu’il s’agisse des recommencements, chacun d’entre nous y est confronté. La vie est ici racontée comme une éternelle ligne de départ ; du fait qu’il s’agisse pour tous et sans exception, de notre première existence. Pour les artistes la question demeure, par quoi et comment débuter lorsque l’on est face à la page blanche ? 

 

Est-il judicieux de respecter un processus de création ? Quelles sont les mises en condition ? Comment et où trouver l'inspiration ? Ou peut-être faut-il foncer sans réfléchir ? Poursuivons ces réflexions au travers des quatre approches proposées. 

 

Pour Nina Lechartier, au point culminant qu’est la ligne de départ, il est primordial de veiller à ne pas s’inspirer de ce qu’on a déjà fait ou essayé. Tout l’intérêt d’un nouveau départ serait justement la nouveauté, alors autant se diriger vers ce vers quoi nous ne sommes jamais allés. Sa proposition s'établit comme une prohibition de la répétition. Non à la redondance, oui à l’ouverture des possibles. 

 

“Mon point de départ, ce sont tous les endroits [univers] où je ne suis pas encore allée.”

 

C’est sous ce postulat qu’elle nous propose Le Petit Déjeuner Des Championnes, une œuvre psychédélique dans laquelle elle raconte les coulisses et le quotidien d’un avant départ. Elle traite de la préparation, de l’entraînement, de l’échauffement et finalement de la mise en condition. Physique ou psychique, elle exprime l’importance de se sentir en accord avec soi. Pour elle, avoir l’esprit tranquille avant un départ est une base. Et pour atteindre ce rapport-là, elle propose l’idée des rituels, des objets fétiches et des porte-bonheur. Pour elle, la ligne de course, le chemin à traverser est sinueux, il est partout, donc rien d’utile à se restreindre.



Jérémy Perrodeau, lui, développe une approche bien différente. Dans son œuvre Circuit Alpha, c’est le hasard qui lui a permis de faire apparaître sa ligne de départ. Un hasard organisé par la logique. Mais n’est-ce pas contradictoire que de s’organiser avec le hasard ? Pour l'auteur, ce paradoxe fait sens. Une ligne de départ, ça ne s’invente pas, elle apparaît d’elle-même. Elle s’impose et se crée par les vides hasardeux laissés entre chaque élément qui constitue un environnement. S'il n'y a pas d’obstacle, alors c’est le chemin, le bon. Mais faut-il encore avoir l'œil pour le voir. 

 

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“un élan, c’est quand tout s’aligne. Quand on voit la matrice.” 

 

Selon lui, la conclusion est la suivante : quand tous les éléments d’une réflexion font sens, qu’ils sont maturés, la machine s’actionne d'elle-même.

 

Chloé Wary est moins technique dans son approche mais plus spirituelle, plus spontanée. Elle développe l’efficacité de se ressourcer avec ce qu’il y a de plus naturel. Elle parle de ce besoin viscéral qu’elle a de regarder le ciel avant même de commencer quoi que ce soit. Comme s’il était sa muse. Prendre un bon bol d’air suffirait à se jeter sans réfléchir. 

 

“J’adore quand ça commence fort, quand on est plongé presque dans un ring. On ne peut pas échapper à la situation, on est un peu paumé, et à l'affût du moindre indice.”

 

La meilleure condition pour débuter serait donc d’y être contraint dans le sens challengeant du terme. On serait ainsi plus efficace et créatif en sortant de sa zone de confort, quand l’improvisation s’oblige à nous.  

 

Pour Chloé, la ligne de départ n’a pas lieu d’exister puisqu’elle représente un frein, un point d’arrêt faussement rassurant qui engendre la peur de se jeter dans le vide, de se jeter sur la scène ou le ring comme elle préfère le dire. Selon elle, la ligne n’est rien face à l’objectif que l’on se fixe. C’est lui notre départ. C’est lui qu’on ne doit pas lâcher du regard. Selon elle, c’est quand on a le mental que l’on débute.

 

Quant à Lisa Blumen, c’est au moyen de Clichés Traqués qu’elle avoue être nourrie d’une lueur d’espoir à chaque fois que l’envie de se lancer lui vient. Un doux sentiment qu’elle tient tout de même à nuancer en évoquant le travail de pré-réflexion, qu’elle considère nécessaire à réaliser avant chaque début. À propos de ce que l’on va choisir de montrer ou non, d'engager ou non et donc de mettre en danger ou non. Du même ordre que Nina Lechartier, elle considère fondamentale une certaine préparation physique. Une idée que l’on pourrait résumer comme telle : s’apprêter pour être prêt.e. 

 

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“Pour faire un bon départ il faut surtout ne pas être chez soi.”

 

Un chez soi par convention se doit d’être notre lieu ressource, celui qui nous ressemble. Mais bien qu’il soit l’emblème du confort car façonné à notre image, il n’est pas riche en stimulation. On pourrait pourtant prétendre le contraire, à croire qu’être dans ses aises favoriserait l'émergence d’idées ainsi qu’une certaine productivité. Or il est bien connu que, c’est sortir de sa zone de confort qui est justement bien plus efficace pour produire. Dès lors se rapprocher de lieux qui ne nous ressemblent pas engendrerait d'intéressants débuts. Tout ce principe hypothétique déployé par l’auteure permet donc de décrédibiliser et de déconstruire le “ce n’est pas fait pour toi” souvent octroyé aux femmes dans leur volonté à s’insérer dans certains domaines (ici le monde de la musculation). 

 

“c’est peut-être ça, pour moi, le plus beau départ. Quand on n’a pas l’impression que ça démarre, quand ça a toujours été là […]”

 

Finalement, les débuts ont leur subjectivité quant à la manière dont ils sont abordés par chacun d’entre nous puisqu’ils peuvent être motivés par maintes passions : l’espoir, la curiosité, le désir d’exister, l’envie d’essayer, le besoin de partager, la rencontre de la nouveauté ou encore le et pourquoi pas ?

 

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