(FIBD 2024) À la découverte du monde des OFF | TACK

2024-02-12

(FIBD 2024) À la découverte du monde des OFF

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Le Festival International de la Bande-dessinée (FIBD) est un événement incontournable pour tous les amateurs et passionnés du 9e art. Sur quatre jours, les auteurs du monde entier se retrouvent à Angoulême, avec au programme : expositions, rencontres, séances de dédicaces, projections… Mais le FIBD peut parfois s’apparenter à une grosse “machine”, où les auteurs présents deviennent plus des “produits” qu’autre chose. Afin de s’extirper de cette ambiance “mercantile” et proposer des alternatives gratuites et passionnées aux visiteurs, les “OFF” du Festival se sont mis en place partout dans la ville. Partons de ce pas à la découverte de ce festival dans le festival ! 

 

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Les “OFF” : l’autre festival 

 

La chaleur est au rendez-vous sur Angoulême, en cette fin janvier. Le brouillard commence doucement à se disperser. Les visiteurs arrivent dans la ville, impatients de découvrir la 51e édition du FIBD. Dans quelques minutes maintenant, l'effervescence embaumera les allées et les coups de crayon frotteront les pages des livres. 

 

Le Monde du 9e art se réunit chaque année à l’occasion du FIBD, le plus grand salon européen de la BD. La fête est totale. On ne sait plus où donner de la tête, entre les expositions, les tentes garnies de nos auteurs préférés, les animations. Rapidement, la “machine” fume, jusqu’à atteindre son pic de chaleur le samedi après-midi. Les allées et les voies piétonnes sont bondées, dans une sorte d’hommage à la rue Sainte-Catherine, un jour de week-end. Les plus grands fans (voire fanatiques) n’hésitent pas à se bousculer afin d’obtenir des tickets donnant droit à des dédicaces. La fourmilière est en pleine activité et les cartes bleues bouillonnent. À côté de cette agitation étouffante, les 28 “OFF”, ces “lieux locaux, curieux, parfois éphémères ou alternatifs” respirent et accueillent les visiteurs, ceux qui veulent s’extirper de la masse, ou bien profiter de cet “autre” événement, majoritairement gratuit. Il y en a pour tous les goûts : d’une librairie spécialisée dans les ouvrages d’occasion à des boutiques d’illustrations, en passant par des bars conviviaux. Ici, pas besoin de pass FIBD, au prix (trop) conséquent. Au “OFF”, l’argent est destiné aux créatrices et créateurs, et aux gérants de ces lieux conviviaux, parfois atypiques.

 

Face au système

 

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En journée ou en soirée, les “OFF” s’animent et proposent plus qu’une alternative au festival. La mentalité y est différente, avec un souffle tolérant, libertaire et porteur d’idées (les visions réactionnaires sont encore bien implantées dans le milieu). On y danse, comme durant la soirée du samedi organisée au “Bêta - Le BOFF”, avec les sons tapageurs de Bureau Brutal. On y boit (avec modération), comme au “Cup Bar - Jour de vote”. On y rencontre des autrices et auteurs, comme au “OFF of OFF”, avec, entre autres, les éditions Les Requins Marteaux.

 

Dans ce dernier lieu, la BD envahit les étages d’une demeure laissée à disposition par la propriétaire le temps du festival. L’ambiance est conviviale et chaleureuse, éloignée de la machine FIBD. L’objectif, justement, est de proposer une alternative à cette “pompe à fric”, comme entendu lors d’une signature. Les passionnés discutent entre eux, loin de la guerre aux tickets de dédicaces ou de la fournaise du Monde des Bulles. Toutefois, sans FIBD, les OFF n’existeraient sûrement pas, du moins en l’état. “On profite de ce système finalement”, souffle une dessinatrice, légèrement abattue. 

 

À une vingtaine de minutes de l’agitation du centre-ville, le Future OFF prend position pour ces quatre jours intenses. Et comme son nom l’indique, en plus d’être un “OFF” important du festival, il y est également question de réfléchir sur le “futur” de l’édition. 

 

“L’art ne peut pas et ne doit pas être rentable”

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Situé à proximité de la Cité BD, Future OFF (seul OFF notifié par le FIBD) s’inscrit dans une volonté de proposer un événement alternatif et gratuit, afin de mettre en avant de jeunes créateurs et leurs productions « maison » : fanzines, vêtements, illustrations. Plus de 60 exposants ont proposé leurs créations lors des quatre jours du FIBD. À l’entrée, on peut y lire un tract : “Le FIBD ne peut pas être une célébration de la bande-dessinée, si l’accès à la culture est entièrement payant. Le FIBD ne peut pas être une célébration de la culture si la culture se meurt. […] Il n’est pas tolérable d’être payé.e 100 euros pour 4 jours de dédicaces ! Il n’est pas tolérable d’être payé 6000 euros pour 2 années de travail !”. Future OFF est à part, une mise en avant de la micro-édition, de l’artisanat et de sa passion. Il met aussi en lumière les difficultés des artistes dans ce milieu précaire et incertain. Des mots prononcés lors de la conférence “Éditer : marathon industriel et chemins de traverse” résonnent encore, tels que “pillon”, “rentabilité”, “fastidieux”. 

 

Directement, ou indirectement, Future OFF est le témoignage de la dure loi du monde de la bande-dessinée. Un monde vétuste, qui accompagne des mentalités tout aussi vieillissantes et sexistes, même si elles commencent à doucement changer. En témoigne l’article de Télérama sorti en 2017 nommé : « "Tu dessines bien pour une fille"…  Sexiste, le milieu de la BD ? », et celui de FranceInfo  en 2023 : « Violences sexistes et sexuelles : dans le milieu "gangréné" de la BD, "la parole se libère au compte-gouttes" ». Mais c’est encore trop peu pour briser l’omerta qui agite le milieu. Il suffit d’analyser le programme 2024 du FIBD et ses auteurs présents (ou bien tendre l’oreille dans les allées), pour se rendre compte que tout n’est pas encore gagné.

 

Au-delà de la problématique du milieu et de son climat général, la question de la précarité est un enjeu essentiel. Être auteur est un métier incertain, d’autant plus avec la crise du papier et l’inflation toujours plus élevée. Il est très difficile de vivre de sa plume. Il y a 10 ans, Jean-Luc Sala, scénariste, entre autres, de la BD Cross Fire, expliquait devoir travailler sur 4 à 5 séries en même temps pour gagner sa vie, non sans mal. Cette tendance s’est encore aggravée, malgré quelques améliorations par-ci par-là. Les questions d’avenir sont nombreuses et doivent être questionnées. Les réponses, elles, ne sont pas toujours possibles…

 

Les OFF du FIBD permettent de s’extraire de la masse humaine, de prendre le temps de réfléchir sur les problématiques de la BD, de vivre “autre chose”. Ils sont des lieux de rencontres, d’échanges, de partage. C’est un autre festival, un festival du réel. 

 

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