Coups de coeur littéraires de mars 2026 | TACK

2026-05-06

Coups de coeur littéraires de mars 2026

Écrit par : Mathilde Verdelet et Gaïane Fritsch

Lolita, Vladimir Nabokov, 1955 traduit de l’anglais par Maurice Couturier, Folio.

 

Bien que ce roman soit très mal perçu par un grand nombre de lecteurs, Lolita est considéré comme un chef-d'œuvre littéraire.

 

Dans ce récit éponyme, nous suivons l'histoire d'Humbert Humbert, un adulte obsédé par une enfant de 12 ans, Dolorès Haze, qu'il surnomme « Lolita ».

 

Si ce roman a fait l'objet de multiples censures et critiques, il est bel et bien un réquisitoire contre la pédophilie, et non une apologie. La représentation cinématographique de Stanley Kubrick et l'évolution dans l'imaginaire collectif ont construit le personnage de Lolita comme une séductrice. Or, dans le roman, Lolita n'est pas une « jeune fille perverse », comme beaucoup le croient (notamment à cause de la définition qu'en donne le dictionnaire Larousse.) L’auteur lui-même ne cautionnait pas cette représentation.

 

Le livre séduit par une prose sublime, puis retourne l'estomac : On réalise, trop tard, qu'on était en train de lire une atrocité, une manipulation littéraire traumatisante certes, mais on ne peut plus fascinante.

Le lecteur est plongé, à la première personne, dans le cerveau d'un pédophile. Il est évident qu'Humbert Humbert nous ment, qu'il joue avec nous. Mais encore faut-il s'en rendre compte... Ce sont les confessions d'une nature abjecte, non sa glorification.

 

Lire Lolita à travers les yeux d'Humbert Humbert sans percevoir le piège, c'est répéter le mécanisme que Nabokov voulait dénoncer : voir la victime à travers le regard de son agresseur.

Lolita pleure dans les pages depuis 1955. Il aura fallu 70 ans pour s'en rendre compte. Et encore …

 

Citation : « Il m’a brisé le coeur. Toi tu n’as brisé que ma vie » 

 

Le portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde, traduit de l’anglais par Jean Gattégno, Folio, 1890

 

C'est l'histoire fascinante de Dorian Gray, un jeune homme d'une splendeur exceptionnelle, qui commande son portrait à Basil Hallward, un artiste épris de son charme. Sous l’influence des paroles de Lord Henry sur la rareté de la Beauté, Dorian formule le vœu que le tableau vieillisse à sa place. C’est alors que le héros sombre progressivement dans une vie de débauches, de manipulations et de crimes. Son visage reste jeune, tandis que le portrait, lui, porte le poids de ses péchés.

 

Le roman est à la fois philosophique et fantastique, porté par une magnifique plume. Chaque page semble vouloir séduire autant que Dorian. Les répliques de Lord Henry sont un mélange d'ironie et d'intelligence.

Le protagoniste est un personnage captivant et profondément détestable à la fois. On l'observe se perdre avec un intérêt morbide, incapable de détourner le regard.

À travers ce récit, Wilde ne se contente pas de raconter une histoire de corruption morale. Il développe une réflexion profonde sur le culte de la beauté, la superficialité de la société victorienne, la relation troublante entre l'art et son créateur, et le prix de l'immortalité.

 

Citation : « C'est l'une des plus belles choses que j'aie jamais faites. Et pourquoi ? Parce que, tandis que je peignais, Dorian Gray était assis à mes côtés. Une influence subtile, émanant de lui, s'est exercée sur moi, et pour la première fois de ma vie j'ai vu dans cette forêt banale la merveille que j'avais toujours recherchée, et toujours échoué à voir. »

 

TACK

Six of Crows, Leigh Bardugo traduit de l’anglais par Anath Riveline, Le Livre de Poche, 2017

 

Faut-il vraiment le présenter ? Une duologie trépidante suivant les péripéties de jeunes vauriens ambitieux pour se hisser au sommet de la société de Ketterdam.

 

Il est impossible de reprendre son souffle dans cette narration effrénée et qui sait, pour autant, ménager des moments de quiétudes, de dialogues et de réflexions touchantes. Les personnages sont magnifiquement bien brossés qu’à la fin du premier tome, le lecteur ne s'effraierait pas d’être persuadé de tenir réellement une discussion avec eux et de prendre part à leur fourberie.

 

Il sera d’ailleurs laissé désemparé à la dernière page, se devant de les quitter, avide d’une suite qui n’arrivera jamais… à moins que, n’a-t-il pas été murmuré qu’une certaine autrice écrirait un court roman rapportant des nouvelles de Ketterdam ? Peut-être est-ce le moment pour les anciens et nouveaux crows, parmi vous lecteurs, de se remplumer et d’à nouveau s’envoler pour cet univers de forbans.

 

Citation : « Les Hommes rient des dieux jusqu'à ce qu'ils aient besoin d'eux, Kaz.» 

 

La Maison biscornue, Gwen Guilyn, Le Panseur, 2024

 

Quel étrange et audacieux roman que celui de Guilyn !

 

Les personnages n’ont pas de noms, pas de prénoms, leur désignation se résume à leur fonction au sein du foyer. Nous comptons donc la Femme, l’Ongre, la Mahrgrand, le Pahr, les filles vivant tous dans la Maison, ne pouvant la quitter, y étant lier jusqu’à leur mort, leur être destiné à y être digéré et recraché en pierre, en rugosité, en rainure comme la précédente génération et celle avant elle.

 

Les visages hantent mais survivent au temps dans cette bicoque - car oui, elle tombe en ruine - prédatrice.

 

Nous jonglons entre les points de vue avec souplesse et le style bondissant, vulgaire et vif rafraîchi. Sans que l’histoire soit complexe, c’est tout un monde qui nous happe et nous possède.

 

Un livre d’horreur fascinant qui nous révèle que parmis ce cycle infernal, ce n’est pas cette maison-ogresse qui terrifie le plus mais l’aliénation du moi à un simple rôle social qu’il faut tenir au risque d’être dévoré.

 

Citation : « Pas qu'ils l'utilisent souvent, cette porte. Mais quand même. Où est-ce que la maison a pu la fourrer, encore ? Normalement, le Pahr s'inquiéterait pas. La maison, elle aime turlupiner. C'est jamais bien méchant, hein. Les godillots qui disparaissent de là où ils étaient rangés. L'eau qui sort un peu fort du robinet et tape sur la figure. Des enfanteries. Bon, parfois quand l'est grogneuse, là, elle mord méchant, d'accord, mais c'est pas commun non plus. Faut bien que la maison cultive son respect.» 

 

TACK

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