« C'est devenu stylé de lire » : dans les coulisses de l’édition record du Festival du Livre de Paris | TACK

2026-04-28

« C'est devenu stylé de lire » : dans les coulisses de l’édition record du Festival du Livre de Paris

Écrit par : Mathilde Verdelet

Du 17 au 19 avril, des centaines d'auteurs se retrouvent et des milliers de dédicaces ont lieu sous la verrière du Grand Palais. Le Festival du Livre de Paris, c'est le rendez-vous annuel de tous ceux qui font et qui aiment les livres : lecteurs, éditeurs, auteurs, influenceurs, journalistes. Une grand-messe de la littérature qui attire toujours plus de monde. En 2026, le record est battu.

 

Dans les allées, c'est simple : on ne peut pas avancer. Les sacs cognent, les gens se serrent et personne ne s'excuse. Dans l’enceinte de l’établissement, le bruit est constant. Des files s'étirent devant les tables de dédicaces, certains se hissent pour apercevoir un auteur entre deux têtes.

 

Pierre-Yves Bérenguer, directeur général du festival, ne cache pas sa satisfaction à l’AFP : « Pour la première année depuis le lancement du nouveau projet en 2022, nous sommes complets sur les trois jours. » L'an dernier, les visiteurs étaient 114 000. Cette année, 121 000.

 

Un succès qui déborde… Littéralement

 

Sauf qu’afficher complet, ça a un prix.

 

Une attente jusqu'à deux heures à l'entrée sous une chaleur de plomb. Des rendez-vous manqués. Des exposants débordés. Sur les balcons, là où sont installées la plupart des maisons de romance, l’atmosphère est étouffante.

 

Le samedi, la jauge intérieure est atteinte. L'organisation coupe les entrées. Y compris pour des personnes munies d'un billet valide. Le festival le communique via une story Instagram. Les gens attendent dehors. Certains depuis des heures sans avoir la certitude de rentrer.

 

Izza Ghaya, autrice de la duologie UNDERCOVER chez la maison d’édition Céleste, était pour la première fois en dédicace au Festival du Livre de Paris. « Ces 3 jours ont été épuisants pour diverses raisons : la chaleur, la fatigue, le monde et les quelques petits problèmes d'organisation liés à une affluence hors normes dans le Grand Palais », nous confie-t-elle. En effet, la romance étant placée dans une galerie à l’étage, des embouteillages se sont créés, mobilisant des bénévoles pour gérer le flux. Au Grand Palais, les rencontres ne sont pas comparables à d’autres séances de dédicace : « J'ai dû prendre de nombreuses pauses à l'extérieur pour m'aérer l'esprit et offrir à chacun une rencontre dans de bonnes conditions. », termine Izza.

 

Samuelle Gouget, chargée de communication et relations libraires chez Plumes du Web, revient sur son expérience au cours des 3 jours : « On a plus vendu que l'année dernière. Je ne sais pas si c'est vraiment lié à l'augmentation du nombre de personnes. Comme on était à l'étage, il y a eu beaucoup de bouchons, et la sécurité empêchait les gens de passer. Au final, on n'a pas bénéficié de l'affluence parce que la foule ne pouvaient pas venir jusqu'à nous ». « L'année dernière, on était en bas et on n'avait pas ce problème, poursuit-elle. Il y avait quatre à cinq heures de queue, alors que cette année, ce n'était pas le cas ».  Plumes du Web espère un impact sur leur vente pour l’avenir grâce au Festival du Livre, même si « il est encore trop tôt pour le dire ».  « Quand on a réouvert le site [web], on a eu 100 commandes dans la journée, suite aux personnes qui n’ont pas pu accéder au stand. », résume-t-elle.

 

La jeunesse ne lit plus ? Ah bon ?

 

50 % des visiteurs avaient moins de 25 ans cette année, contre 43 % en 2025. Et les entrées gratuites pour les moins de 25 ans ? Parties en quelques minutes.

 

Antoine, alias @toinetok cumule plus de 60 000 abonnés Instagram, 88 800 sur TikTok grâce à ses contenus de recommandations littéraires. Il a une explication face à l’enthousiasme des jeunes : « Les réseaux sociaux littéraires ont donné une dimension beaucoup plus attrayante au Festival du Livre. La promo des maisons d'édition (sur les réseaux sociaux) crée aussi un engouement ».

 

Il explique qu'un lecteur peut facilement faire un détour au Festival du Livre pour un roman en avant-première, ou pour des auteurs qui n'ont pas fait de dédicace depuis longtemps. « L'effervescence des créateurs de contenus littéraires cette dernière année a un lien. C'est devenu stylé de lire. Les gens sont contents de partager leur amour pour la littérature et tout ça, ça donne envie de se déplacer en salon », conclut Antoine.

 

À une époque où tout le monde s'inquiète que les jeunes ne lisent plus, c'est un signal qu'on ne peut pas ignorer.

 

Rendez-vous en 2027

 

1 800 auteurs. 3 000 séances de dédicaces. 12 scènes. La présence de Gisèle Pelicot, et la venue d’Emmanuel Macron à ramener aussi beaucoup de monde.

 

Malgré la saturation, le festival a tenu ses promesses. Pour 2027, la direction annonce une jauge portée à 11 000 personnes en simultané. Le Petit Palais, situé juste en face, est sérieusement envisagé pour accueillir l'excédent de public. Le Festival du Livre de Paris se retrouve dans une position rare : celle d'un événement culturel qui manque d'espace. Dans un secteur qui guette le moindre signe de désaffection, c'est loin d'être le pire des bilans.

 

TACK

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Le Festival du Livre de Paris du point de vue d’une autrice Entretien avec Orlane : Une voix singulière pour un amour pluriel Bleu tristesse, échange avec Steve Ibrahim CJ Beth : "Bienvenue dans le bordel de ma tête" Eya Patterns : Un premier EP entre mystère et envoûtement Pour sa première dédicace au Festival du Livre de Paris, une jeune autrice découvre l'envers du décor : l'adrénaline des allées, le trac du face-à-face avec ses lecteurs, et une rencontre inattendue qui donne enfin un sens concret à des années d'écriture solitaire. Orlane, chanteuse, autrice et compositrice belge, impose sa voix dans le paysage musical francophone, de par son engagement, son authenticité, ses messages. Les sonorités sont souvent teintées d’électro-pop, au service de paroles abrasives. Orlane délivre des messages, revendique sa sexualité, questionne la place de la femme dans la société actuelle. Dans cet entretien, nous sommes revenus avec elle sur la genèse de ce morceau à la DA affirmée, sur sa participation à l’Exposition universelle d’Osaka, sur l’évolution de sa carrière d’artiste. Place à l’interview ! À 26 ans, Steve Ibrahim dévoile avec L’Oiseau bleu une musique intime, à la croisée de la folk, de l’indie et de la pop alternative. Formé entre l’église et le conservatoire, il revendique une écriture sincère, nourrie de mélancolie, de souvenirs familiaux et de questionnements existentiels. De Paris à Londres, jusqu’au Burkina Faso où il tourne ses clips, l’artiste explore une création instinctive, presque thérapeutique, pensée d’abord pour lui-même mais dans laquelle chacun peut se reconnaître. TACK a eu la chance de rencontrer CJ BETH. L’artiste originaire du Pays de la Loire fait partie de la sélection des inouïs 2026 du printemps de Bourges pour cette 50 ème édition. Séduits par son timbre de voix et la profondeur de ses textes nous avons discuté avec elle de gestion émotionnelle, d’hypersensibilité ou encore de ses différentes actualités : l’Olympia ou The Voice desquelles elle retient les rencontres humaines qui construisent son parcours artistiques prometteur. La musique de Eya Patterns est créatrice de couleurs. Une fois les premières notes jouées, elle devient orange, bleue, violette. Le voyage débute, doucement, et nous amène dans des contrées sensorielles, là où la nuit et le jour se rencontrent. Le premier projet de l’artiste, composé de six titres et sobrement intitulé "Eya Patterns", est une odyssée sensitive, remplie de mystères. Musique de l’élégance, cet EP est un grand coup de cœur.