lun. 27 avr. 2026
Entretien avec Orlane : Une voix singulière pour un amour pluriel
Écrit par : Léopold Frouin © Emma Birski
Quand est-ce qu’on sera libre, vraiment ? Orlane, chanteuse, autrice et compositrice belge, impose sa voix dans le paysage musical francophone, de par son engagement, son authenticité, ses messages. Les sonorités sont souvent teintées d’électro-pop, au service de paroles abrasives. Orlane délivre des messages, revendique sa sexualité, questionne la place de la femme dans la société actuelle qui tarde à sortir d’un patriarcat vétuste. Un vent de liberté souffle sur les mélodies propulsées. Entretien avec une artiste qui ne cesse d'imposer son identité !
Révélation de l’année dernière, Orlane a livré un premier album, ALLER-RETOUR, d’une grande puissance musicale et textuelle. Nous avons rencontré l’artiste à l’occasion de la sortie du visualizer d’Amour pluriel, morceau introductif du projet. Nous sommes revenus avec elle sur la genèse de ce morceau et sur son clip à la DA affirmée, sur sa participation à l’Exposition universelle d’Osaka, sur l’évolution de sa carrière d’artiste. Place à l’interview !
L'ENTRETIEN
Quand on écoute tes morceaux, on ressent tout l’engagement que tu y mets. Tu transmets des messages sur l’amour et la société actuelle, comme dans le titre Amour Pluriel. Peux-tu nous raconter l’histoire de ce son ?
Ce morceau est arrivé à un moment de ma vie où je faisais le point sur qui j’étais et sur mon parcours en tant qu’artiste. J’avais besoin de poser mes questions intérieures. Je suis originaire de la campagne belge, où la représentation queer était très peu visible. J’ai mis du temps à me trouver, à m’assumer telle que je suis aujourd’hui. Il y avait de l’empathie pour la petite moi, mais aussi de la colère face aux contraintes imposées par la société. J’avais besoin de “militer” à travers mon art et mes chansons. C’est comme ça qu’est né Amour pluriel. Mais au-delà du militantisme, c’est surtout une question de décence. Aujourd’hui, on est encore obligé de se battre pour que la société accepte les gens tels qu’ils sont.
Ce titre parle d’un désir amoureux total, loin des idées réactionnaires.
Oui, et c’est aussi une façon de clôturer le chapitre de cet album. C’est un morceau charnière, avec une nouvelle direction artistique et un nouvel univers visuel. C’est une première amorce pour la suite. Je vais maintenant prendre le temps de composer et d’écrire de nouvelles chansons.
Tu portes une attention particulière à la création de clips ou de visualizers de qualité, comme avec Amour pluriel et Jeu dangereux. Est-ce que tu participes à leur direction artistique ?
Toujours ! J’ai une vision précise des clips. Pour les réaliser, je m’entoure de personnes talentueuses. Si ça ne tenait qu’à moi, je ferai un clip pour chacune de mes chansons ! (rire). Mais ça demande beaucoup d’argent, surtout dans un contexte où le milieu culturel traverse une crise importante, avec la suppression de subventions. Tout coûte de plus en plus cher.
© Emma Birski
Il y a quelques mois tu as reçu le NRJ Music Awards de la révélation belge de l'année 2025, est-ce que cette récompense représente un accomplissement dans ta carrière d'artiste ?
Cette récompense concrétise tout le travail effectué sur l’album ALLER-RETOUR. C’est une première victoire, mais ce n’est pas une fin en soi. Elle fait du bien, elle apporte une forme de reconnaissance à ma musique et à mon travail.
Tu es partie au Japon chanter lors de l’Exposition Universelle d'Osaka. Qu’est-ce que cette expérience et les rencontres effectuées durant ton séjour t’ont apporté ?
J’ai représenté la Belgique pendant l’Exposition universelle, en chantant sur le pavillon belge. C’était une expérience très enrichissante, qui m’a permis d’être programmée sur un autre festival ensuite. J’ai chanté à Tokyo et à Kyoto. Même si on était surtout entre artistes belges, j’ai rencontré des gens très inspirants sur place. J’ai aussi pu emmener mon père dans ce voyage. Mes parents me soutiennent depuis le début, donc c’était important pour moi de partager ça avec lui. Le Japon, et notamment l’univers de Miyazaki, m’inspirent beaucoup. Ça influence ma créativité et même ma manière de m’habiller.
Je ne suis pas la meilleure pianiste, guitariste et saxophoniste, je suis surtout curieuse. La musique, c’est un apprentissage permanent.
Tu es chanteuse, autrice et compositrice. Tu participes aussi à la direction artistique de tes clips. D’où t’es venue cette envie d’être une artiste “touche-à-tout” ?
J’aime explorer différents horizons. J’ai commencé par le piano, mon premier instrument, puis j’ai découvert la guitare et le saxophone. Je suis amoureuse du "sax" depuis des années, même si je n’ai pas commencé à y jouer très jeune. L’important, c’est de se faire plaisir. Je ne suis pas la meilleure pianiste, guitariste et saxophoniste, je suis surtout curieuse. La musique, c’est un apprentissage permanent.
J’aimerais aussi découvrir la basse et d’autres instruments. Je préfère toucher à plusieurs choses plutôt que d’être experte dans un seul domaine. Ça m’aide beaucoup dans la création, et ça me permet aussi de jouer ces instruments sur scène, d’ajouter des solos sur certains morceaux.
Comment te décrirais-tu sur scène ?
Énergique ! Tu vas me dire personne n’arrive “comme une moule sur scène” (rire), mais c’est comme ça que je décrirais mes concerts. Au début de ma carrière, je voulais faire la “meuf mystérieuse”, un peu badass, mais je n’y arrivais pas du tout ! Sur scène, je souris beaucoup, je fais des blagues, j’échange avec le public. J’aime voir les gens danser et lâcher prise sur ma musique. Dans mes concerts, il y a des moments plus introspectifs, d’autres plus festifs.
Je joue de mes instruments sur scène. Le saxophone est une pièce centrale du live car les gens sont toujours étonnés que j’en fasse autant en concert. C’est un instrument qui attrape pas mal de monde, de par sa particularité dans le genre électro-pop. C’est peut-être pour ça que je l’aime tant.
© Emma Birski
Tu utilises beaucoup les réseaux sociaux comme un média à part entière avec un canal dédié sur Instagram, des formats originaux sur YouTube… C’est important pour toi de créer du lien avec ton public sur les réseaux ?
J’aime casser, à mon échelle, le côté inaccessible des artistes, en étant proche du public et en échangeant avec lui. Je veux rendre l’énergie qu’on me communique. J’ai des fans qui viennent à tous mes concerts ! C’est important pour moi de répondre à leurs messages, aux stories, de leur donner une place de concert de temps en temps, pour les remercier de leur amour.
Est-ce que tu as donné un nom à tes fans, comme c’est le cas pour d’autres artistes ou groupes ?
Mon canal Insta s’appelle "orlifan", qui est la contraction de mon surnom Orli et de la célèbre plateforme OnlyFans. J’étais obligée de faire ce jeu de mot ! (rire) Il y a un groupe de fans qui s’est lui-même nommé “Les Orlanistes”. Ils ont fait des photos de moi comme si j’étais Jésus ! Ils sont hilarants, tout en second degré, donc il fallait trouver un nom de canal à la hauteur !
Tu as un souvenir marquant avec ton public ?
Il y en a plein ! Il y a notamment des fans qui se sont fait tatouer des phrases que j’avais écrites sur un bout de papier ! Je trouve ça fou !
Aujourd'hui, je sais davantage où je veux aller avec ma musique.
Si on regarde un an en arrière et la sortie de ton premier gros projet, quel regard portes-tu sur son évolution de carrière artistique ?
La quête des artistes, c’est souvent d’arriver à se trouver. On peut facilement se perdre dans le regard des autres, dans ce qu’on attend de nous. Aujourd’hui, je sais davantage où je veux aller avec ma musique. Je vais sûrement continuer à explorer certaines thématiques de l’album, mais tout devient plus clair avec le temps. Et je trouve ça beau.
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