2026-04-26
Bleu tristesse, échange avec Steve Ibrahim
Écrit par : Léopold Frouin, Lucie Dublanchet et Noémie Sulpin © Moïse Luzolo
À 26 ans, Steve Ibrahim façonne une musique intime, nourrie de folk, d’indie et de pop alternative. Instrumentiste passé par la basse, la guitare, l’église et les cercles du conservatoire, il revendique un univers traversé par des influences multiples. Avec L’Oiseau bleu, son dernier projet, l’artiste explore ses émotions, ses racines et ses questionnements avec une sincérité brute, entre mélancolie, souvenirs familiaux et désir d’émancipation.
Tu as joué de la basse sur la tournée de Luidji, c’est ça ?
Oui, exactement.
Est-ce que tu peux nous parler de cette collaboration ? Comment a-t-elle vu le jour ?
Cette collaboration a vu le jour l’année dernière, il y a un an et demi plus précisément. J’ai été bassiste sur la tournée des Zénith avec Luidji. C’était une très belle expérience. C’était un moyen de voir l’envers du décor en étant sideman. C’est hyper intéressant de vivre ça, avant d’aller soi-même au devant de la scène. Je me suis fait de très bons potes avec qui je joue encore aujourd’hui sur scène.
En janvier dernier, tu as sorti ton dernier projet intitulé L’Oiseau bleu. Peux-tu nous en expliquer le processus créatif ?
Pour commencer L’Oiseau bleu, je suis parti à Londres. Il faut savoir que j’avais un groupe avant, un duo, qui s’appelait Yaïr. On a fait de la musique ensemble pendant deux ans, puis on s’est séparés. J’ai choisi de sortir mes chansons seul, de faire mes propres morceaux.
Ma musique avec Yaïr était liée à mon environnement, à mon appartement et à ma ville. J’avais besoin de m’émanciper, de faire autre chose, donc de bouger.
Je suis parti retrouver un ami à Londres. On s’est enfermés un été dans un studio, comme coupé du monde, et on a fait tout l’EP comme ça. On a adoré le côté instinctif de cette expérience. Mon ami est aussi instrumentiste, donc on a aussi beaucoup jamé ensemble. On a enregistré nos impros, puis on choisissait les meilleurs extraits. Et ça a donné le projet.
C’est un EP avec des textes intimes. Tu évoques plusieurs sujets : la famille, les amours, la mélancolie. Comment te viennent tes inspirations et comment tu as commencé à écrire ?
Mes sujets sont liés à ma vie, à mon parcours, à ce que je traverse en temps réel. Je me force à être le plus sincère possible dans ma démarche. Je trouve ça important d’être vulnérable. Quand quelque chose me fait peur, mon art me permet de m’exprimer par rapport à ça.
C’est aussi une forme de thérapie. Je ne fais pas forcément de la musique pour les gens. J’ai un côté assez égoïste : je la fais pour moi. C’est le support de mes émotions.
© Ameline Vildaer
Il y a une couleur qui revient souvent dans ton univers : le bleu. Elle est présente dans On dansera encore, que ce soit sur la cover ou dans le clip. Est-ce qu’il y a une symbolique derrière cette couleur ?
Le bleu, c’est la tristesse. Je ne le fais pas exprès, mais la plupart de mes chansons sont tristes. Je n’arrive pas vraiment à faire des chansons joyeuses. C’est l’expression la plus sincère de ce qu’il y a dans ma tête. Dans la vraie vie, je suis quelqu’un de très joyeux, mais en musique, c’est très bleu.
Le café dans lequel je passais beaucoup de temps avec mon grand frère quand on était plus petits, dans le 20e arrondissement, s’appelait Oiseau Bleu. Après avoir fait les chansons du projet, je suis repassé devant un café qui lui ressemblait et je me suis dit que c’était fou.
Je me suis rendu compte que cette couleur faisait le lien entre toutes les chansons. Il y a aussi la mer, le ciel… le bleu est partout, entre fonction, émotion et symbolique.
Le bleu, c’est aussi la couleur de la nuit. Est-ce un moment particulier pour toi et une source d'inspirations ?
Oui, complètement. De manière générale, le fait d’être coupé du monde m’inspire beaucoup.
La nuit, il y a un moment où le temps s’arrête un peu, où l’activité ralentit. C’est aussi pour ça que j’adore faire de la musique l’été : tout le monde part en vacances. J’adore rester à Paris à ce moment-là, parce qu’il n’y a plus personne dans les rues. J’adore m’enfermer en studio et travailler. Pendant l’été, je peux vraiment me donner à fond, parce que le temps s’arrête et que je ressens une forme de liberté. C’est pareil la nuit : ton téléphone ne sonne pas, personne ne te coupe. Tu es un peu au-dessus du monde.
C'est pour cette raison que tu es allé au Burkina Faso pour tourner le clip ?
Exactement. C’est le même état d’esprit.
Mon ancien projet, je le faisais avec mon ex. Il y avait quelque chose de très fusionnel : on faisait tout ensemble. J’avais besoin de retrouver du contrôle sur moi, sur ce que je voulais raconter, sur qui j’étais en dehors de cette relation et du groupe. Je me suis dit qu’il fallait provoquer un arrêt du temps. Donc je suis parti au Burkina Faso, à la campagne. J’y ai fait de la musique, et ça m’a fait vraiment du bien.
© Clip la Nuit (Live session)
Tu as tourné deux clips au Burkina Faso. Comment s’est passé le tournage ?
On a tout fait nous-mêmes. Je suis parti avec un pote, muni d'une petite caméra. On n’avait pas de production, pas de label à ce moment-là, rien.
On a organisé une soirée, toujours la nuit. On est allés voir toutes les personnes qui travaillent avec mon père, il a une fabrique de tissus traditionnelle burkinabé, avec des femmes qui tissent à la main.
On s’est dit qu’on allait organiser une fête dans la cour et filmer ça. Et c’est ce qu’on a fait.
On a filmé caméra à l’épaule. Ce sont mes clips préférés. Quand je les regarde, je suis très fier, parce qu’il y a quelque chose de très sincère. On ne voulait pas que ce soit un tournage classique. On a vraiment fait la fête, puis on a continué toute la nuit après avoir coupé les caméras.
Aujourd’hui, ils ont même gardé ce rituel et refont cette fête tous les mois. Donc c’est plus qu’un clip, c’est presque un documentaire.
Dans le prolongement de ton propos sur "la musique de l'intime", la chanson Le mur du salon est chargé en symboliques intérieures. Tu y parles de toi, à l'âge de 13 ans, de ton frère, de ton père et de ta mère : "Il y a un trou dans le mur du salon / Il a la forme de la main de mon frère / Je crois que mon père veut le laisser là / Il veut nous donner une leçon" On comprend que "le mur du salon" symbolise une trace dans ta vie.
Mais est-ce également la métaphore d'un enfermement que tu souhaites détruire ? Briser les murs autour de toi ? Dans le clip, on voit deux oiseaux enfermés dans une cage. On a l'impression que c'est toi et ton frère, et que tu as envie de te libérer.
L'Oiseau Bleu
Le mur du salon
Les inséparables
Emmy
La nuit
Le bleu du ciel
On dansera encore
La marée
Paradis
2026-04-22
Chroniques
Entretien avec Summer Pearl, la Voix de Londres À l’occasion de la 50e édition du Printemps de Bourges Crédit Mutuel, nous avons rencontré la chanteuse britannique Summer Pearl. Entre jazz, reggae, néo-soul et hip-hop, elle façonne une musique organique et habitée, nourrie par Londres et ses vibrations. Avec outmysystem puis The Interlude, elle explore spleen, colère et identité. D’où vient son inspiration ? Que prépare-t-elle pour la suite ? Elle nous répond sans filtre dans cette interview.