Le Festival du Livre de Paris du point de vue d’une autrice | TACK

2026-04-28

Le Festival du Livre de Paris du point de vue d’une autrice

Écrit par : Rose Haussmann

Pour sa première dédicace au Festival du Livre de Paris, une jeune autrice découvre l'envers du décor : l'adrénaline des allées, le trac du face-à-face avec ses lecteurs, et une rencontre inattendue qui donne enfin un sens concret à des années d'écriture solitaire.

 

Le Festival du Livre de Paris est l'événement littéraire le plus attendu de l'année. Pour les lecteurs qui rêvent de rencontrer leurs auteur·es favori·es, pour les maisons d'édition qui exposent leurs nouvelles parutions, pour les visiteurs curieux qui se laissent porter par l'effervescence des allées.

 

En tant qu'autrice, le sentiment est tout autre. On l'attend, bien sûr, avec une impatience mêlée d'appréhension. Car cette réunion annuelle au Grand Palais est réputée autant pour sa magie que pour son intensité. Le flot de visiteurs est continu, presque vertigineux. Dans cette masse grouillante, les auteur·es se font arrêter à chaque pas rendant parfois le simple trajet jusqu'au stand de dédicace une véritable aventure humaine. Mais tout cela, finalement, est une bouffée d'amour. Une chaleur rare. Même quand des lecteurs patientent déjà dans la file depuis de longues minutes, leur enthousiasme intact.

 

Pour ma part, c'était la première fois que je m'y rendais dans ce rôle. Du moins, la première fois que j'étais de l'autre côté de la table. Non plus simple visiteuse, mais autrice assise, stylo à la main, prête à dédicacer mon roman. Une position que j'avais imaginée mille fois, sans jamais vraiment y croire.

 

Ce que les lecteurs ne voient pas, ce qu'ils ne peuvent pas deviner, c'est qu'être assise derrière cette table a fait naître en moi une anxiété insoupçonnée. Serais-je à la hauteur ? Aurais-je les bons mots ? Et si le silence s'installait, pesant et gênant, entre moi et celles et ceux qui s'approcheraient ? Ces questions ont tourné dans ma tête jusqu'à la dernière seconde.

 

Mais le stress a rapidement laissé place à quelque chose de bien plus fort : la joie. Celle, simple et bouleversante, de vous rencontrer enfin. De mettre des visages sur des messages reçus tard le soir. D'échanger quelques mots vrais, dans le bruit et l'agitation du festival, comme si le reste du monde s'effaçait le temps d'un instant.

 

Il y a eu un moment, en particulier, qui restera gravé en moi longtemps. Pendant que je signais un livre pour une jeune fille, sa maman a pris la parole. Elle m'a dit, avec une sincérité désarmante, que mes écrits avaient beaucoup aidé sa fille. À cet instant précis, quelque chose s'est arrêté en moi. Le bruit du festival s'est estompé. J'ai pris du recul, et je me suis revue seule dans ma chambre, à deux heures du matin en train d'écrire ce roman dans l'obscurité et le silence, sans imaginer une seule seconde les répercussions qu'il pourrait avoir.

 

Jamais je n'aurais pensé que mes mots pouvaient aider. Qu'ils pouvaient, peut-être, guérir quelque chose. Jamais je n'aurais imaginé que mon héroïne (née de mes doutes, de mes nuits sans sommeil, de mes propres blessures) ferait à ce point écho en vous, résonnerait aussi profondément dans vos vies.

 

Cette anecdote pourrait sembler anodine aux yeux de certains. Pour moi, elle représente bien plus que cela. C'est la confirmation que j'ai réalisé mon rêve. Non pas celui d'être publiée, ni celui d'être lue, mais le vrai, le premier, celui que je portais sans même oser le formuler :

 

Aider.