lun. 27 juil. 2026

Bleus ou la douce mélancolie d’Antonin

Écrit par : Charlotte Pardal © Pierre Le Bastard-Carla

Le 15 mai dernier, Antonin dévoilait Bleus, dix titres et vingt-sept minutes d’une mélancolie douce, entre guitares acoustiques, airs de jazz et un titre qui cache bien plus qu’une simple couleur. De Hangar à sa carrière solo, retour sur le parcours d’un artiste qui a fait du silence sa force.

 

Le radar de Tack s’est activé du côté du Bassin d’Arcachon ! Antonin, artiste au bleu si particulier, dévoile son nouvel album qui porte justement bien son nom. 10 titres, 27 minutes et toujours cette mélancolie qu’on lui connaît bien.

 

Le 15 mai dernier, l’auteur-compositeur-interprète Antonin, a sorti son nouvel album, Bleus. Un disque qui nécessite d’abord de remonter le fil de son parcours. Antonin grandit à la pointe du Cap Ferret en Gironde. Il s’est d’abord fait connaître avec Hangar, groupe de rock né dans le Bassin d’Arcachon en 2007, avec qui il sort deux albums et multiplie les concerts, dont quelques premières parties de -M-. L’aventure s’arrête brutalement après l’incendie criminel du hangar qui donnait son nom au groupe. Antonin devient alors le bassiste des Papooz, un groupe pop français. En parallèle, il signe plusieurs collaborations avec Polo & Pan.

 

Son premier album solo, En Silence, paraît en 2023 sous le label Ekleroshock Records. Véritable ode à la quiétude et à la mer, en écho avec son enfance sur le Bassin, le disque est salué pour la justesse de son écriture et donne lieu à une tournée.

 

Une identité musicale singulière

 

Ce qui frappe dans sa musique, c’est justement ce qu’il ne dit pas. Une musique singulière, à la fois calme et chargée d’intensité, portée par sa voix douce qui oscille entre pop poétique et sensualité. Avec très peu de paroles, il construit des morceaux qui s’éloignent des codes classiques couplet-refrain. Chez Antonin, un seul couplet se répète éternellement, telle une véritable marque de fabrique, héritée dès ses premiers titres (« Caresser les chevaux », « Le sel », « Television »).

 

Antonin cite Leonard Cohen et Georges Moustaki parmi ses influences musicales. Des références qu’on entend clairement dans ses morceaux lents à la frontière d’une sonorité presque indie pop et qui laissent une vraie place au silence centré sur les instruments, comme des respirations au coeur de la construction musicale.

 

Bleus, un album entre continuité et évolution

 

Fidèle à cette identité musicale, Bleus s’inscrit dans la continuité de l’univers d’Antonin tout en faisant évoluer certains de ses codes. Le morceau d’ouverture, « Bleu », pose d’emblée le décor de l’album et dessine les contours d’un univers sombre et intime qui traverse le reste du disque.

 

Bleus s’impose comme un album qui aborde les émotions sans jamais les nommer. Sous ses allures discrètes, le disque aborde en fait des thèmes lourds : le silence, l’enfance, l’amour qui blesse, une recherche d’apaisement… Sur « Bleu », l’artiste installe une sensation presque suspendue, plus qu’un récit, avec peu de mots mais beaucoup d’espace. « J’sais pas dire non » est teinté d’une mélodie plus pop. Les paroles s’attardent sur l’ambivalence d’une relation entre attraction et rapport de force. « Palme d’or » met en scène l’amour comme un rôle à tenir. Le disque se clôture sur « Après tout », un morceau qui réduit les mots à l’essentiel pour parler de la simplicité de l’amour.

 

Musicalement, le projet déploie une composition bien spécifique : guitares acoustiques et électriques (surtout sur « J’suis pas ta guitare »), touches de slide guitare. Tous ces éléments participent à l’accentuation de l’atmosphère mélancolique de certains morceaux, pour ne pas dire tous. Rythmique souple et lente, claviers et synthés, percussions délicates ou même léger jazz, comme sur « L’enfant qui pleure ». L’album marque également un tournant dans sa musique avec la présence d’une structure couplet-refrain, signe d’un retour à une construction musicale plus traditionnelle.

 

Cover-tableau réalisée par Jules de Balincourt, peintre renommé - notamment représenté par la galerie Thaddeus Ropas. 

 

La froideur du bleu, jusque dans l’image

 

Antonin innove en proposant un disque centré sur une couleur. Difficile de rater le fil rouge, ou plutôt bleu, qui traverse tout le projet : cover d’album, son titre, jusqu’au morceau d’ouverture. Une cohérence qu’on retrouve même dans le seul clip entier publié sur YouTube depuis la sortie de l’album : « Après tout ». Filtre grainé, couleurs grisâtres et froides, un décor imaginé autour de pièces vides et abîmées par le temps, avec un seul piano à queue trônant au centre - pourtant ce n’est pas un piano qu’on entend dans le morceau, mais bien un synthé.

 

Un contraste qui intensifie à nouveau la mélancolie des paroles, qui deviennent ici presque nostalgiques. Cette esthétique froide se retrouve d’ailleurs dans les anciens projets d’Antonin, sombres et filmés comme à travers un vieux film, jusqu’au noir et blanc total pour « Television ». Avec cette continuité entre visuel assumé et paroles épurées, le chanteur confirme bel et bien son univers musical.