2026-08-16
Dossier Littérature (4/5) Mettre des mots sur des maux
Écrit par : Mathilde Verdelet © Haut et Court, “Kérity et la maison des contes”
Cet article fait partie d’un corpus composé de réflexions et de piqûres de rappel sur l’état du monde du livre en France.
Ouvrir un livre, tourner les pages et sentir le papier entre les doigts. Imaginer devant nos yeux des scènes alors que seule l'encre y forme des lignes. Lire. C'est une action qui peut changer le cours d'une existence, parce qu'il ne s'agit pas seulement de mots. Et si la lecture était une véritable thérapie ? Marie-Amélie Renaud, étudiante en métiers du livre, et Lily-Rose Basle, étudiante en psychologie, racontent comment les livres façonnent notre identité, nous aident à travers les moments heureux ou difficiles et à mieux comprendre les autres autant que soi. Entre témoignage intime et éclairage scientifique, plongez dans le pouvoir fantastique des mots.
Mettre des mots sur des maux
La lecture, bien plus qu'un simple passe-temps, peut transformer une vie. Marie-Amélie Renaud, 23 ans, étudiante en métiers du livre à Paris Nanterre, témoigne de comment les mots d'un roman l'ont construite, apaisée et lui ont permis de mieux comprendre le monde qui l'entoure. Lily-Rose Basle, 20 ans, étudiante en psychologie à Poitiers, apporte quant à elle les clés pour comprendre pourquoi la lecture a un tel pouvoir sur nous. Parce que lire, c'est aussi apprendre à mettre des mots sur ses maux.
Ouvrir un livre, tourner les pages et sentir le papier entre les doigts. Imaginer devant nos yeux des scènes alors que seule l'encre y forme des lignes.
Lire.
C'est une action qui peut changer le cours d'une existence, parce qu'il ne s'agit pas seulement de mots. C'est une thérapie.
Âgée de 20 ans, Lily-Rose Basle est étudiante en psychologie à l'université de Poitiers et apporte une explication basé sur son apprentissage « L'être humain a certes un bagage génétique, mais la part jouée par l'environnement dans la construction de l'identité est énorme. L'éducation forge l'humain. Alors la lecture, les différents sujets abordés mettent les premières pierres sans même nous en rendre compte. Dès les premières années, ce que l'on inculque à un enfant peut rester. Donc, les livres peuvent avoir un impact. »
C'est le cas de Marie-Amélie Renaud, 23 ans, qui a choisi de s'orienter dans ce milieu pour ses études. Elle suit un parcours de BUT Information Communication, spécialisation métier du livre et du patrimoine, à l'université de Paris Nanterre. Fille de lectrice, Marie-Amélie baigne dans les romans depuis toujours.
Mais c'est surtout lors de la sortie au cinéma des films After que son appétence s’est confirmée. Ces films sont tirés de la saga du même titre d'Ana Todd, une autrice américaine.
« Certains livres m'ont fait ouvrir les yeux. J'ai une autre façon de voir le monde, parce que, grâce à eux, on devient plus attentive à certains éléments », raconte-t-elle. Lorsqu'elle lit, elle réussit à se mettre dans une bulle où elle ne pense à rien d'autre : « Il y a des périodes où j'ai plus envie de lire. Parfois, je vais lire des livres tristes pour me faire pleurer et donc, je relativise. »
Lily-Rose parle de ce sujet en commentant les raisons de ce ressenti : « lire sur une douleur qu'on traverse peut être bénéfique car cela peut permettre de ne pas se sentir seule. La situation a déjà été vécue et on est capable de dédramatiser. Mais surtout, cela peut permettre de mettre en mots, et lorsque l'on met en mots, on libère quelque chose qui stagne dans notre esprit et qui parfois nous ronge. Les mots des autres nous font écho et alors, nous libèrent. »
S'identifier pour mieux se construire
Au lycée, Marie-Amélie lisait beaucoup de romance universitaire. « Ça m'a aidée à rêver et ça m'a poussée à aller plus loin et à me créer mon groupe d'amis. » À cette réponse, Lily-Rose souligne que « parfois les personnages nous touchent et donc on s'y identifie. Une intrigue peut nous procurer de la satisfaction ou un choc car notre cerveau y a réfléchi et a transmis beaucoup de messages/neurotransmetteurs, ce qui nous implique encore plus. »
Marie-Amélie déclare que la lecture a su mettre des « mots sur des maux ». Parce que pour elle, on peut s'identifier à certains personnages, ou bien comprendre le monde qui nous entoure. « Sur un même sujet, on peut avoir tellement de réalités différentes. » Lire lui a permis de se sentir comprise. « Je me souviens d'un livre qui m'a marquée parce que je comprenais les protagonistes. Même sur des choses bêtes, ils arrivaient en une phrase à me faire dire « mais c'est exactement ce que je pense ! » alors que je ne l'avais jamais verbalisé. »
Lily-Rose donne une analyse de cette pensée : « on se souvient de certains livres car ils nous ont procuré beaucoup d'émotions. On peut soit se souvenir du choc à la révélation du plot twist, ou jusqu’à quel point la morale a pu nous enseigner quelque chose, nous faire réfléchir et solliciter notre esprit critique. On se souviendra mieux d'un livre qui nous a procuré de l'émotion, quelle qu'elle soit. »
« Cela peut apporter la satisfaction d'être comprise, de résonner d'une certaine manière en nous et en toutes autres personnes concernées. Les émotions que l'on peut ressentir se retrouvent partagées entre soi et le personnage ainsi la charge est moins lourde. Et encore une fois la mise en mots. Nous n'arrivons pas à nous comprendre nous-mêmes bien que la réponse existe. La lecture peut pointer du doigt la réponse si on la lit noir sur blanc. »
Marie précise que lire des personnages auxquels on ne s'identifie pas l'aide à appréhender les autres. Le parcours de Lily-Rose lui a permis de nous prouver que cela change bien notre approche avec autrui : « il y a même eu des études sur ça ! (Étude sur un jeu dans lequel on est un étranger discriminé et il faut tenter de vivre.) Il est très dur de se mettre à la place des autres mais quand on retrouve en l'autre quelque chose qui nous parle, qui nous relie alors on peut mieux comprendre et changer une vision totale. »
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