2026-08-04
Coups de coeur littéraires de mai 2026
Écrit par : Gaïane Fritsch et Charlotte Pardal
Embarquez avec TACK Airlines pour des escales aussi variées que surprenantes : entre les pensées d’un banquier plus anarchiste que n’importe quel révolutionnaire et mille ans d’histoire portugaise dignes d’un roman, un adolescent qui replonge dans les secrets de son île natale pour retrouver sa soeur disparue, une mère et ses deux filles qui prennent la route pour un road-trip en camping-car à travers la Scandinavie, et un jeune architecte italien confronté aux arrivées de migrants à Lampedusa. De quoi rythmer vos débuts de vacances sous la chaleur, sans même quitter votre canapé ou votre transat.
Le Banquier anarchiste, Fernando Pessoa, traduit du portugais par Françoise Laye, Editions Christian Bourgeois, 2024.
Fernando Pessao est un de ces auteurs qui ne laissent pas seulement une œuvre mais un mythe : un écrivain qui de son vivant n’offra qu’un recueil de poème à succès pour léguer à sa mort une malle renfermant plus de 27 000 textes dont ses chef d’oeuvres, un homme polyglotte écrivant autant en anglais qu’en portugais, une personnalité qui se perd dans les quatres autres hétéronymes de sa création. N’est-il pas une figure fascinante racontant lui-même une histoire ?
Il est alors évident que de ce personnage étonnant naissent des romans tout aussi atypiques. Aussi ai-je voulu commencer par un de ses plus petits textes, loin des 624 pages du Livre de l'intranquillité. Je me suis alors retrouvée à lire une parodie de dialogue à la Platon où un banquier tente d’expliquer à son ami que le geste le plus radicalement anarchiste est de s’enrichir individuellement, peut-être dans une banque au lieu de la plastiquer. Vous aussi vous vous demandez comment a-t-il abouti à cette étrange conclusion ? Je vous invite donc à lire le livre pour le découvrir.
Citation : « Eux ne sont anarchistes qu'en théorie, moi en théorie et en pratique; eux sont des anarchistes mystiques, moi je suis scientifique; eux sont des anarchistes qui courbent l'échine, moi je suis un anarchiste qui combat et libère...En un mot : eux sont des pseudo-anarchistes, moi je suis anarchiste. »
Histoire abrégée du Portugal, A.H. de Oliveira Marques, traduit du portugais par Joana Cabral de Oliveira, Tinta da China, 2018.
Oui, si toi aussi tu es allé en vacances au Portugal, tu as peut-être acheté ce livre du parfait touriste. Malgré son pullulement dans toutes les librairies de Porto et Lisbonne, je me permets de poursuivre sa conquête de nos étagères en France en le promouvant dans cet article. Pas qu’il soit particulièrement bien écrit - ce n’est pas un roman -, ce petit précis de l’histoire lusophone m’a passionné et je ne doute pas m’y replonger pour retrouver les récits des Taïfas, des princes explorateurs, des histoires d’amour dignes de Roméo et Juliette ou d’un Empire qui devint une colonie. Pour tous ceux qui aiment un tantinet l’histoire, vous trouverez tout ce qu’il vous faut dans cet ouvrage, de quoi raviver votre imagination et vous inspirer un voyage dans des contrées pas si lointaine et pourtant suffisamment pittoresques pour vous croire Gulliver à la découverte d’une de ses îles imaginaires.
Magnetic Island, Fabrice Colin, Albin Michele, 2017.
Magnetic Island. Cette île australienne, perdue au milieu de l’océan Pacifique. Ce coin paradisiaque et presque inhabité, où les seules raisons de s’y rendre sont de patauger dans une eau turquoise ou de partir en randonnée à travers les montagnes.
Pour Cyan, c’est bien plus qu’une île touristique. C’est là-bas que sa soeur jumelle, Holly, a disparu quatre ans plus tôt. Tout le monde semble vouloir l’oublier, sauf lui.
Alors, lorsque Cyan découvre que sa grande soeur Divine est, elle aussi, portée disparue, il prend son courage à deux mains et remet le pied à terre sur Magnetic Island. Son aventure le mènera bien plus loin que prévu, jusqu’à faire ressurgir une histoire familiale longtemps enfouie.
Entre thriller haletant et roman psychologique, séances chez la thérapeute et secrets de famille, plot-twist inattendu et aventure tumultueuse, partez à la rencontre de Cyan. Un adolescent fragile, tourmenté, envahi autant par le poids du passé que par celui du présent, qui tente de s’accrocher à la vie à un moment inévitable : la fin de l’enfance.
Citation : « L'adolescence ! Un exercice sans cesse renouvelé de soumission à la grâce ! Abandonnez tout espoir. Cessez d'émettre des prédictions. L'émerveillement est à ce prix. Dites merci. »
Il est grand temps de rallumer les étoiles, Virginie Grimaldi, Le Livre de Poche, 2018.
Trois femmes. Trois générations. Une famille. Une mère célibataire et épuisée, une adolescente brillante qui cache ses blessures et une petite fille persuadée que les animaux ont bien plus à nous apprendre que les humains. Anna voit peu à peu sa famille lui échapper.
Alors, lorsque son quotidien devient trop lourd à porter entre travail acharné, relances des huissiers et enfants bouleversés, Anna prend une décision : embarquer ses deux filles dans un vieux camping-car et partir à la découverte de la Scandinavie. Un voyage sur un coup de tête pour fuir une vie épuisante, mais surtout pour se retrouver.
L’autrice nous offre un récit profondément humain, bouleversant et rempli d’émotions. Au fil des paysages suédois ou finlandais, décrits avec une précision remarquable, les silences s’apprivoisent, les blessures se dévoilent, les rires réapparaissent et les liens se reconstruisent.
La petite famille fera la rencontre d’une colonie de camping-caristes avec qui elles poursuivront leur road-trip. À travers l’humour enfantin de Lily dans son journal intime, les émotions fortes de Chloé dans son blog et la narration touchante d’une mère anxieuse, embarquez pour un voyage riche de sens.
Ce roman nous apprend une belle leçon de vie : on ne peut choisir les épreuves que la vie nous impose, mais on peut choisir de ne pas les traverser seul. Parce qu’il n’est jamais trop tard pour réparer les liens qui nous unissent. Si vous n’avez toujours pas lu la jolie plume de Grimaldi, vous a-t-on convaincu ?
Citation : « Même à 17 000 kilomètres, nous serons ensemble. Même quand elles auront cinquante ans, nous serons ensemble. Nous possédons quelque chose qui ne disparaîtra jamais. Nous sommes une famille. »
Un Abri à Lampedusa, Elsa Régis, Les Editions du Panseur, 2026.
Le paradoxe de notre sensibilité aux images a rarement été aussi bien retranscrit. Elsa Régis nous montre comment les médias tout en nous mettant au plus près des misères et des tragédies du monde nous en éloigne tout autant, comment notre confort tétanise notre humanité.
Nous suivons un jeune architecte en Italie dont le monde bascule presque lors des arrivées massives de migrants à Lampedusa… Presque car il ne peut se résoudre à quitter ses banalités, son appartement, son succès, ses amours. Il s’engage à la marge pour sa conscience mais n’embrasse jamais vraiment la réalité de cette enclave. Il reste un étranger, toujours un peu à côté, “à côté” dans les rues de Rome car trop émotif par ce qui se passe là-bas dans la méditerranée, “à côté” dans le camp de migrants car la volonté émoussée par ses privilèges.
Ce roman émeut. Elsa Régis ne nous accuse pas d’inaction, elle nous tend tout simplement un miroir pour nous mettre face à notre altruisme et ses limites.
Un livre qui sent l’été et la chaleur. A lire sur la plage si vous rêvez d’Italie, d’amour et de réflexions existentielles
Citation : « Un poème de Josué Guébo dit : "Il y a pire qu'un radeau à l'agonie, la terre oublieuse d'être maternelle."
Quand les Hommes débarquent après des jours de mer, ils manquent de places à Lampedusa. C'est pareil dans les centres d’accueil ou les camps provisoires que montre la télévision. Ils submergent. Le recueil de Guébo parle de ces Hommes, il s'appelle Songe à Lampedusa. »
Crédits photo de couverture : Captain Fantastic de Matt Ross
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Coups de coeur littéraires d'avril 2026 Coups de coeur littéraires de mars 2026 Coups de cœur littéraires de février 2026 Coups de coeur littéraires de Janvier 2026 Il faut croire que les lectrices de Tack souhaitaient changer d’air et s’embarquer dans des aventures rocambolesques. Si vous aussi, une démangeaison irraisonnée et incompressible vous prend, que vos jambes veulent partir en balade sur des chemins inconnus, nous vous invitons à consulter leur petites revues de voyages. Vous y trouverez peut-être une inspiration pour où laisser gambader votre esprit. Peut-être, qui sait, vous retrouverez vous à vous dépatouiller entre ornements gothiques d’Oxford et schèmes machiaveliques, fuir au passage d’un géant ou encore visiter une citée mythique depuis longtemps disparu ? Quatre livres qui éprouvent la moralité de nos sociétés, interrogeant notre regard et notre opinion sur ce qui est habituellement condamné alors que éthiquement acceptable et sur ce qui est couramment consenti alors que fondamentalement pernicieux. Quatre livres qui nous invitent à combattre les injustices dissimulées dans les banalités de notre quotidien que ce soit dans la maison de Charlotte et Dolores Haze, à scruter la vie de Dorian Gray, à embarquer dans des aventures abracadabrantes parmi les Crows ou dans les couloirs de la Maison Biscornue. Quatre œuvres explorent des univers contrastés : Thoreau invite à une immersion libre dans la nature américaine, entre carnet de route et contemplation. Kawabata dérange en abordant solitude et désir chez les aînés. Stento et Trouillard livrent une fable absurde et critique sur le capitalisme. Enfin, Baldi séduit surtout par son atmosphère visuelle envoûtante plus que par son récit. De la planète glacée de Géthen aux ruines d’un monde finissant, jusqu’au désert intérieur algérien, ces trois récits tissent un même fil : comprendre l’autre et soi-même. Entre mission diplomatique parmi des êtres androgynes, errance de survivants cherchant refuge et méditation d’un écrivain face à l’histoire et au fanatisme, chacun explore l’exil, l’identité et l’amour comme ultimes repères humains. À travers glace, cendres et sable, leurs voyages opposent la violence du monde à la force des liens et laissent entrevoir, malgré tout, une fragile espérance pour demain commune aux cœurs errants.