2026-02-16
Coups de coeur littéraires de Janvier 2026
Écrit par : Gaïane Fritsch
La Main Gauche de la Nuit, Ursula Le Guin, Le Livre de Poche
.Prix Hugo et Nebula du meilleur roman de 1969
Le Guin, avant d’être une écrivaine de science-fiction, a une âme d’anthropologue explorant des contrées lointaines. Après la lecture de son recueil “Changements de plan” publié par le Bélial’, elle a, de nouveau, conquis mon coeur de lectrice avec son livre “La Main Gauche de la Nuit” aux éditions Livre de Poche. Un de ses classiques où nous débarquons sur un monde de glace, Géthen, en compagnie d’un envoyé d’une union interplanétaire tout aussi perdu que nous dans les cultures et jeux politiques de cette réalité. Son but est de convaincre au moins un des royaumes de rejoindre l’union galactique de l’Ekumen. Sa mission est éprouvée par une population à la fois proche et différente dont tous les habitants sont androgines et changent régulièrement de sexe au besoin, où les rigueurs du climats contraignent tout Homme à endurcir son corps et sa pensée et où des sciences inconnues ont vu le jour. Le livre peut être lu comme un journal d’enquête d’un ethnographe sur une terre alien, un manifeste à la fiction sur le genre et le féminisme, un manuel de diplomatie ou une redéfinition de l’amour. Libre au futur lecteur de se laisser transporter par les personnages de cet univers.
Vous n'avez pas encore compris, Genry, pourquoi nous avons porté à sa perfection l'art de la divination et pourquoi nous le pratiquons. ...Non. ...Pour démontrer la parfaite inutilité de connaître la réponse à la mauvaise question.
Tant que nous sommes vivants, adaptation bande dessinée du roman de Anne-Laure Bondoux par Frédéric Bihel, futuropolis.
Anne-Laure Bondoux dans son roman publié en 2014 signait un conte familial apocalyptique racontant la menace des guerres, les migrations et la découverte salutaire d’un refuge. Frédéric Bihel en a dressé une remarquable fresque qui nous perd avec un style charbonneux et terreux dans les méandres des habitations souterraines d’étranges lutins, sur les côtes du dernier bastion de l’humanité ou dans une cité saturée de gazs toxiques et croulant sur ses propres décombres. Certaines pages s’ouvrent tel un tableau et nous offrent des silences, des minutes de contemplation d’un désert, d’une fuite et soudain nous appréhendons un peu du déracinement, de l’espoir et de l’abandon face à cette nature traversée par les vagabonds. “Tant que nous sommes vivants” est avant tout un conseil de recentrer nos vies sur l’essentiel, sur l’amour filiale et les familles choisies.
dessin issu de l’extrait de lecture sur le site futuropolis : Livre Tant que nous sommes vivants | Futuropolis
L’Invention du Désert, Tahar Djaout, Seuil
Tahar Djaout s’interroge sur le désert et ses implications philosophiques en Algérie. Pour cela, il passe par un étrange dialogue entre passé et présent, mettant en scène un romancier commissionné d’écrire sur Ibn Toumert précipitant la chute des Almoravides. Ne vous y trompez pas en lisant ce texte, derrière la voix de ce fanatique religieux du XIIème siècle, c’est celle des extrémistes qui instrumentalisent les symboles et le mysticisme des terres pour leur cause, pour dévoyer la notion de pureté et la soumettre à leur idéologie. Car oui, le désert n’est pas qu’un lieu géographique; il désigne à la fois l’intériorité du romancier, les vallées dans lesquelles son identité retourne et se perd. Revenir au désert n’est que retourner à soi. Et pourtant le présent malmène ses fantasmes, il déchire subitement le sable sous les traits d’un hôtel ou dans les descriptions d’un Paris pluvieux, loin de la chaleur. Étrangement, l’insistance sur les descriptions géométriques des constructions contenporaines m’a rappelé l’approche de Ballart dans “La foire aux atrocités”, une espèce de futurité violente transparaît de ce style mathématique et tranche fortement avec un ton presque fantastique dans le reste du livre. Pour lire “l’Invention du désert”, il faut accepter de se perdre dans les labyrinthes de ce territoire, que les vents puissent rapidement modifier sa topologie et qu’il est inévitable d’errer dans l’écriture où le temps et les lieux se superposent.
Il y a des gens pour qui le cadavre de l’enfance est trop lourd à porter. C’est un cadavre qui refuse de se décomposer, qui refuse de dégager le parquet pour laisser la vie adulte s’installer… C’est toujours avec une sensation confuse que je retrouve [...] Alger où je dois chaque fois m’arrêter [...] pour retrouver un peu plus loin dans l’arrière-pays le caveau où dort, momifié et intact, le souvenir de premières années.
Les enfants de la fortune, Ellie Green, Gulf Stream Editeur
Lastly but not least, pour les fans du disney, la Planète au Trésor, engagez vous à bord de la Fortune, pire rafiot pirate sillonnant les ciels, vulnérable à peu près à toute menace et dont la résistance de sa coque aux vents est un miracle… L’arrivée d’un petit mousse de 10 ans sans peur et sans reproche, Théodore de Longval de qui s’enticha bientôt l’entièreté de cet équipage de gredins et des quelques enfants qui y fouinent déjà, chamboule le destin de ce navire. Les Enfants de la Fortune est un texte court, un préquel à la trilogie “Steam Sailor”. Cette nouvelle ajoute énormément de profondeur au reste de l'œuvre et permet de mieux cerner les protagonistes. Il n’est pas nécessaire d’avoir lu la trilogie pour trouver un intérêt à l’histoire. Tous ceux qui brandissaient un cintre pour croire être Crochet ou ceux qui encore courent aussi étrangement que Jack Sparrow et cachent dans leur placard un cache-oeil découvriront dans ce livre un agréable trésor à voler.
Jamais, de toute l’histoire de Port-Régal, un navire n’avait si mal porté son nom. Le moindre souffle, un peu soutenu lorsqu’il venait de l’Est, suffisait à le faire boiter, autant que son capitaine.