Regards croisés entre James Baker et Beca | TACK

2026-05-12

Regards croisés entre James Baker et Beca

Écrit par : Joséphine Lloret et Léopold Frouin @lesoleilpleureaussi__

A l’occasion d’un concert exceptionnel organisé par le Crous Bordeaux-Aquitaine au (S)pace’ Campus, l’étoile montante de la scène émergente James Baker et le néo-bordelais Beca ont participé à un podcast live en public avec l’équipe de TACK. L’occasion de revenir avec eux sur les débuts de leur carrière, leurs influences artistiques, leur rapport avec le public ainsi qu’aux réseaux sociaux. 

 

James Baker est un artiste de la scène émergente qui construit une musique nourrie par le cinéma et la narration. Il développe des projets pensés comme des récits, tel un conteur, où les morceaux s’enchaînent avec une logique de court-métrage sonore. Entre rock, textures organiques et influences électroniques, il revendique une approche instinctive, guidée par la sincérité plus que par les tendances. 

 

Beca, artiste néo-bordelais, évolue dans une esthétique plus intime et épurée, centrée sur l’émotion et le storytelling personnel. Sa musique s’ancre dans le vécu, avec une attention particulière portée à la mélodie et aux ambiances. Sur scène comme en studio, il cherche avant tout à transmettre une forme de fragilité assumée, dans une direction artistique "à la maison". 

 

 

L'ENTRETIEN

 

James, le cinéma constitue une partie de ton univers, avec notamment des références aux films de Michel Gondry. Peux-tu nous parler de cet amour pour le cinéma ? Beca, est-ce un art qui t’inspire également ?

 

James Baker : Quand j’étais enfant, ma première passion était la magie. Je faisais des tours avec la boîte de magicien de ma sœur. C’est comme ça qu’est née ma fascination pour les effets visuels et le cinéma. Je pense notamment à Georges Méliès, qui fabriquait lui-même ses effets spéciaux, et que j’avais envie d’imiter.

Plus jeune, je voulais devenir réalisateur. J’écrivais des scénarios que j’envoyais à des boîtes de production, avec l’espoir naïf qu’elles puissent les produire. Évidemment, je n’ai jamais eu de réponse ! (Rires)

En parallèle de cet amour du cinéma, je faisais aussi de la musique. J’aimerais toujours garder un pied dans cet univers plus tard, mais aujourd’hui, je me consacre avant tout à la musique.

 

Beca : De mon côté, le cinéma fait moins partie de mes inspirations. Je suis davantage influencée par le chant et par la recherche de mélodies qui correspondent à mes ressentis sur les instrumentales.

 

James, sur ta chaîne YouTube, tu as dévoilé le clip de Jtm un peu, réalisé par Simon Vitkovsky, qui reprend l’ADN du film Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Quelle importance accordes-tu à la création de clips et, plus largement, à toute la direction artistique autour de tes projets ? Tes prochains visuels s’inscriront-ils encore dans cette démarche, avec l’utilisation de VFX et une photographie soignée ?

 

J. B. : J’accorde beaucoup d’importance à toute la direction visuelle liée à mon projet musical. Je suis passionné par le cinéma et les clips permettent justement de créer un lien entre ces deux formes d’expression.

Je ne me ferme pas à une seule direction artistique. Le clip de Jtm un peu est inspiré du film Eternal Sunshine of the Spotless Mind, réalisé par Michel Gondry, et en reprend certains codes esthétiques. Pour les prochains visuels, je préfère laisser venir les inspirations afin de définir une direction artistique propre à chaque projet.

 

Beca, en parcourant ta chaîne YouTube, on est tombés sur un faux Colors Show. Peux-tu nous raconter l’histoire derrière ce concept ?

 

B. : Je trouve que c’est difficile de mettre son projet musical en image. Gérer tout l’aspect visuel et artistique représente un vrai défi.

Quand j’ai commencé la musique, en 2021, je cherchais surtout à me faire entendre et à sortir de l’anonymat en imaginant différents concepts. Mon meilleur ami, Simon, m’a alors proposé de recréer un Colors Show. J’ai appelé un ami qui avait un studio chez lui, et on l’a fait comme ça.

Au départ, c’était davantage un coup de communication qu’un projet avec une réelle portée artistique en lien avec mon univers, mais ça a marqué les gens et je suis très content du résultat final.

Pour beaucoup d’artistes, participer à un Colors est un rêve. J’écoute souvent leurs playlists en boucle, en aléatoire, pour découvrir de nouveaux artistes. J’avais envie de reprendre ce concept à ma manière.

 

On t’a vu l’année dernière au Tremplin des Deux Rives, où tu développais une esthétique chaleureuse et familiale. Pourquoi avoir choisi cette direction artistique ?

 

B. : Je me suis rendu compte de cette esthétique au fil des scènes. Plus j’avance dans la musique, plus mon univers me ressemble.

Au départ, je faisais des morceaux très orientés rap. Puis, j’ai progressivement pris une autre direction, qui me correspond davantage aujourd’hui : des ambiances à la Tiny Desk, plus proches du public et plus intimistes.

Pour le Tremplin, j’avais ramené ma plante, mon tapis et ma lampe afin de recréer cette atmosphère chaleureuse. J’aimerais encore pousser cet univers plus loin sur mes prochaines scènes.

 

 

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 James Baker et Beca (de droite à gauche) @lesoleilpleureaussi__ 

Pouvez-vous nous raconter votre processus d’écriture ? Comment les mélodies et les paroles vous viennent-elles ?

 

J. B. : En ce qui me concerne, il n’y a pas vraiment de règle. La plupart du temps, je compose d’abord la musique avant d’écrire les paroles. Je commence par créer l’instrumentale, puis je cherche une mélodie à la voix, avant de poser les textes dessus.

Mais il m’est aussi arrivé de construire certains morceaux différemment. J’essaie surtout de rester libre dans le processus créatif.

 

B. : C’est pareil de mon côté. Il faut essayer de se laisser aller au maximum et varier les façons de créer. Parfois, on a simplement envie d’écrire un texte, et à d’autres moments, de trouver une mélodie avant tout.

La plupart du temps, on cherche surtout une ambiance qui nous donne envie d’écrire, en lien avec notre vécu et nos émotions.

 

Dans le processus de création, il y a aussi la question du public et de la manière dont les morceaux vont être reçus. Est-ce que vous y pensez dès l’écriture ou est-ce une réflexion qui vient seulement après ?

 

B. : J’essaie d’y penser de plus en plus. Mais je crois qu’il faut avant tout écrire et produire sans trop réfléchir.

L’aspect scénique occupe aussi une place importante dans notre manière de concevoir la musique. Il faut penser à la façon dont le morceau va vivre sur scène pour réussir à toucher les gens. L’objectif, c’est de trouver un équilibre entre une musique “streamable”, qu’on peut écouter en boucle, et une musique plus “impactante” en live.

 

J. B. : Je suis assez d’accord avec ça. De mon côté, j’essaie surtout d’être le plus sincère possible. Évidemment, une fois le morceau terminé, je me pose la question de la réception du public.

Mais avant tout, la musique doit me toucher profondément, parce que c’est moi qui vais ensuite la défendre sur scène et sur les réseaux sociaux. Si je ne ressens pas cette émotion moi-même, le public ne pourra probablement pas la ressentir non plus.

 

Qu’est-ce que James Baker et Beca sur scène ?

 

B. : Je vais rebondir sur ce que James vient de dire. Sur scène, j’essaie avant tout de transmettre mes émotions au public. Ça correspond totalement à cette direction artistique très “cocon” que je développe.

J’ai envie qu’on ressente mon intensité, mais aussi ma fragilité et ma timidité.

 

J. B.  : Sur scène, c’est très rock. J’aime quand ça transpire de partout ! (Rires) Il y a évidemment des morceaux plus calmes aussi, mais l’émotion doit toujours être présente, quelle que soit son intensité.

Dans mes concerts, il y a beaucoup d’énergie. On travaille toute une scénographie ainsi que des arrangements spécialement pensés pour le live.

 

Vous avez des styles assez différents. Pour vous, qu’est-ce que “prendre un risque” dans la création musicale ? Est-ce aller vers quelque chose de très personnel et inattendu, sortir de son cadre habituel, ou au contraire proposer quelque chose de plus simple ? Comment prenez-vous des risques artistiquement ?

 

J. B. : Le risque apparaît surtout quand j’ai un morceau qui me plaît un peu moins personnellement, mais dont je sens qu’il a un potentiel plus important que d’habitude. À ce moment-là, je dois me demander s’il faut le sortir ou non.

Tout est une question de sincérité. Il faut réussir à trouver un équilibre entre le plaisir de faire de la musique et l’envie de réussir.

 

B. : Je suis d’accord avec toi. Quand on s’éloigne de son univers pour aller vers quelque chose qui pourrait mieux fonctionner, ça peut vite devenir un piège.

 

 

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@lesoleilpleureaussi__

 

 

James, peux-tu nous parler de Romy Rose, ce projet construit en deux EP ?

 

J. B. : Romy Rose est inspiré du film Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry. C’est une œuvre pensée comme une histoire, avec un début et une fin.

 

J’essaie d’y mêler ma passion pour le cinéma en scénarisant mes projets musicaux. Je crée notamment des transitions entre les morceaux afin de construire une sorte de court-métrage sonore.

 

Le projet parle d’amour, de manière assez pessimiste finalement, un peu comme le film de Gondry. J’aime cette idée de fatalité et de schémas qui se répètent. Quand on essaie de mettre certains problèmes de côté dans nos vies, ils finissent toujours par revenir. À un moment, il faut les affronter plutôt que de les fuir.

 

Ce sont des thématiques auxquelles j’ai moi-même été confronté.

 

Lorsqu’on écoute ton projet, on entre dans un roller coaster musical, avec un travail minutieux sur les transitions entre les morceaux. 

 

J. B. : J’explore plusieurs styles dans ce projet, tout en ayant fait un travail sur sa cohérence globale. Il y a bien sûr des loopings, mais j’ai veillé à rendre l’ensemble homogène. La première partie est plus organique et rock, la deuxième plus éléctronique. Ma voix et mon écriture créent la liaison entre les morceaux et les styles développés. Je dirais que ma musique emprunte un chemin entre Daft Punk, Radiohead et les Strokes. L’aspect roller-coaster permet à l’auditeur d’être pris dans l’histoire. 

 

De ton côté, Beca, tu développes aussi une forme de storytelling dans ta musique, en racontant des histoires très intimes.

 

B. : J’essaie surtout de raconter ce que je vis au quotidien. C’est comme ça que je trouve mon inspiration. Pour un futur projet, je ne pense pas forcément créer un univers construit autour du cinéma. J’ai plutôt envie de créer librement, puis de sélectionner des morceaux qui dégagent une même couleur et une même émotion.

 

Est-ce que vous vous considérez comme votre propre média ? Aujourd’hui, la communication a évolué, parfois au détriment des médias plus traditionnels. Est-ce que vous cherchez à développer un lien direct avec votre public via les réseaux sociaux ? Et si oui, par quels moyens ?

 

J.B. : Je ne me considère pas comme un média personnellement, je n’y ai jamais vraiment réfléchi de cette manière.Je sais qu’il faut être présent sur les réseaux sociaux, donc je le fais. Si je n’y étais pas obligé pour promouvoir ma musique et m’adapter aux codes de l’industrie, je ne pense pas que je le ferais. Ce n’est pas un univers dans lequel je me sens particulièrement à l’aise, même si j’essaie d’y prendre un minimum de plaisir.

 

B. : À un moment, j’ai essayé de m’investir davantage sur Instagram en produisant plus de contenus. Même si ça a plutôt bien fonctionné, j’ai eu l’impression de me perdre un peu. Aujourd’hui, je considère surtout les réseaux sociaux comme une vitrine.

 

 

Entretien réalisé en live, à l'(S)pace' Campus du Crous Bordeaux-Aquitaine, le 23 avril 2026. 

 

 

 

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