TOM CHINARRO : "Projeter de moi dans le monde." | TACK

TOM CHINARRO : "Projeter de moi dans le monde."

2024-05-27

TOM CHINARRO : "Projeter de moi dans le monde."

Tom Chinarro est un artiste aux influences pop-folk qui vient de sortir son premier projet, Wisdom Teeth. Cet EP en duo guitare-voix revient sur différents moments de sa vie et de sa construction en tant qu'adulte. Bien que se sentant parfois peu confiant, Tom Chinarro a trouvé dans la musique un moyen de s'affirmer et de se construire. Il est également très engagé dans la communauté LGBTQIA+ à Bordeaux, militant pour plus de représentation et de droits.

Bonjour à toutes et à tous, vous écoutez le Bouillon, l'exhausteur de saveurs musicales du média TACK. Aujourd'hui, on vous présente Tom Chinarro, artiste aux très nombreuses influences pop-folk qui vient de sortir son premier projet, Wisdom Teeth. On est a eu l'occasion de le rencontrer pour parler de nombreux sujets, notamment de la passation entre l'anglais et le français dans l'écriture de ses morceaux, de sa façon de composer avec les artistes avec qui il travaille et de comment définir son identité en tant qu'artiste.

 

Extrait musical : Violets (Live guitare voix)

 

Thomas Chinarro 

Déjà la première chose que j'aimerais dire sur ce projet c'est que c'est un projet qui ne représente pas la version de moi que je suis maintenant. C'est des textes que j'ai écris il y a plusieurs années qui représentent des moments très précis de ma vie. J'écris pas à des moments ou je me dis : " là je vais me poser je vais écrire", c'est il m'arrive quelque chose et je me dis : "ok la il faut que j'écrive un truc" parce que soit c'est la façon un peu saine que j'ai de combattre le truc sur le moment soit, c'est comme une urgence, j'ai une inspiration j'ai un thème qui me vient.

 

C'était vraiment la première fois que j'avais des textes qui étaient à peu près terminés et je me suis dis maintenant soit j'essaie d'écrire sur mes expériences actuels soit j'accepte de sortir quelque chose qui ne traitent de sujets qui ne m'affectent plus autant, mais au moins j'ai une première introduction à ma musique. Je pense que c'est quelque chose d'hyper authentique, parce que je suis à moitié anglais et donc écrire des sons en anglais c'est hyper honnête pour moi.

 

Là, je pense que ça a surtout été un concours de circonstances. C'est-à-dire que j'avais un son qui était terminé. J'ai eu l'opportunité d'en faire un deuxième, un troisième. Après, j'en avais un quatrième qui était prêt, que j'ai enregistré avec Eva, qui va m'accompagner tout à l'heure à la guitare. Et j'avais aussi un autre son que j'avais co-écrit avec quelqu'un. Je me suis dit : OK, là, ça fait un petit projet qui est assez représentatif. Et donc, je me suis juste lancé, en fait. Je n'ai pas cherché forcément à me dire : OK, là, je fais un EP.

 

Théo Toussaint

C'est un EP, pour vous décrire, pour les utilisatrices qui souhaiteraient le découvrir, très acoustique. En duo guitare-voix, c'est des chansons qui reviennent sur différents moments qui t'ont construit en tant que adulte, en tant que personne que tu es aujourd'hui. C'est ce que tu écrivais tout à l'heure, passer par ces moments difficiles. Et la question que je me pose, et dont tu as déjà en partie répondu, mais qui pourrait être intéressante, en fait, de pousser aussi pour comprendre un petit peu comment s'est déroulé le processus d'écriture. Est-ce que tu as eu besoin de poser des mots sur des expériences douloureuses afin de les raconter dans tes morceaux et évoluer en tant que personne ?

 

Thomas Chinarro

Totalement. Je pense que d'écrire, ça a toujours été un peu un exutoire pour moi. Je ne suis pas le genre de personne qui écrit beaucoup des textes, on va dire. Mais quand c'est pour la musique, ça se fait vraiment tout seul et ça se fait très rapidement. Sauf pour une des chansons sur l'EP que j'ai quo-écrire avec d'autres artistes quand j'étais à Dublin l'année dernière. J'avais juste ce besoin de sortir quelque chose et de me dire, vu que j'ai très peur du temps qui passe, j'ai très peur de passer à côté de ma chance, tout ça. Donc c'est pour ça que je me suis dit que là, il fallait vraiment que je me lance et que je sorte un projet. Et ouais, donc il y avait une urgence et j'avais un besoin de mettre des mots aussi sur ces moments douloureux que j'ai pu vivre. C'est des trucs très classiques, des relations qui n'ont pas marché, des personnes qui te la mettent à l'envers. Et c'est juste des moments de vie ou des fois des moments que mes amis vivent et du coup, ils m'en parlent. Et moi, je me dis, ça ferait une super bonne chanson. Et du coup, des fois, j'ai une petite phrase qui me vient en tête, un petit truc. Et après, ça part de et j'écris tout ça en une soirée ou peut-être deux jours à tout casser. Et je pense que, ouais, là, pour ce projet-là, j'ai vraiment essayé de me détacher de la perfection. J'ai quand même essayé de bien le produire. Je ne sais pas, quand j'écris, ça revient à cette idée un peu d'urgence. Ça revient à cette idée qu'il faut vraiment que je fasse un truc, que j'écrive sur ce moment parce que sinon, en fait, je ne vais pas pouvoir m'en détacher. Et je sais qu'au moins, là, j'ai tout mis sur un bout de papier. C'est bon, on n'en parle plus.

 

J'essaye d'écrire ce qui me passe par la tête et ne pas trop réfléchir à essayer de tourner ça de façon fine, on va dire. Des fois, j'aime bien que ça reste un peu grossier. Après, en anglais, je trouve que ça passe, mais en français, souvent, c'est des refrains qui sont très simples, en fait. Et je me dis, c'est ça qui marche sur le son que j'ai fait avec Al'4. C'est quelque chose de très, très simple qui m'était venu comme ça d'un coup. J'écris le truc en 10 secondes, je me suis dit OK et c'est devenu une chanson. Du coup, c'est marrant.

 

Théo Toussaint

Pour peut-être aussi contextualiser, il y a quatre morceaux en anglais et un seul en français. Du coup, une autre vie avec Al'4. Quelle est la place de ce dernier morceau dans le projet et pourquoi avoir choisi de l'écrire en français vis-à-vis des autres qui étaient écrits en anglais ? Est-ce qu'il y a eu des difficultés rencontrées pour parler dans cette langue ? C'est souvent plus difficile. Souvent, quand on a interviewé des artistes, ils exprimaient le fait que c'est plus simple aussi de pouvoir se livrer en anglais plutôt qu'en français. Est-ce qu'il y a aussi une complication, quelque chose d'un peu plus complexe à retranscrire lorsque, du coup, on a écrit dans cette langue ?

 

Thomas Chinarro

Pour moi, c'était important que ce premier projet ne soit pas que dans une langue. Parce que, du coup, j'ai grandi avec mon papa qui est français, ma mère qui est anglaise. Donc, j'avais vraiment cette double culture. Et c'est pour ça que, quand j'écris, je ne me pose pas forcément la question de la langue. Et je trouve que ce son, il apporte presque une fraîcheur, un truc qui se détache un peu du reste des sons. Mais je pense aussi que les sons sur l'EP, je voulais qu'ils soient assez différents. Je trouve qu'il y a quand même des trucs qui se ressemblent. Mais, c'était important pour moi qu'il y ait quand même une variété pour ne pas proposer qu'un seul style. Parce que souvent, quand je faisais écouter à des amis avant que le projet sorte, ils me disaient « Ah, ce son, j'aime bien ! » Et ce n'était pas du tout le même son que d'autres personnes aimaient bien. Et je trouve que chaque personne a un peu son son préféré sur le projet. Donc, c'était vraiment juste un refrain que j'avais. Et c'était juste partie d'une curiosité de « Ok, j'aimerais bien écrire en français. » Tenter, parce que je n'ai pas l'habitude. Et c'est un style d'écriture qui est hyper différent. Mais là, j'étais avec mon producteur. J'ai envoyé une instruction à Al'4 parce que je voulais faire un son avec lui. L'idée de ce son-là, c'était de rapporter une petite fraîcheur à la fin. Quelque chose d'un peu différent. Et terminer sur une note un peu plus joyeuse, peut-être. Je ne sais pas. Mais je sais qu'il y a des chansons qui sont un peu tristes sur le projet. Notamment, les trois premières sont un peu tristes. Donc, Violets, Wisdom Teeth et The Race. Après, Perfect Strangers, c'est un peu une ouverture. C'est quand tu recroises ton ex des années plus tard. Et le son, il est quand même un peu dynamique et rythmé. Et puis, terminer sur Une autre vie. Je trouve qu'il y avait une suite logique dans ces sons-là. Et que du coup, ça a formé un projet presque naturellement.

 

Théo Toussaint

Quand on écoute justement l'EP, on parvient à sentir par exemple les peines de cœur dans Perfect Strangers. La recherche de soi avec Violets, la peur de grandir, l'amitié aussi, qui reviennent aussi dans des thèmes récurrents du projet. Tu nous livres une palette d'émotions qui est assez riche. Est-ce que ça fait peur de les chanter à haute voix ?

 

Thomas Chinarro

Moi, je ne suis pas quelqu'un de particulièrement ouvert sur mes émotions lorsque je ne fais pas confiance aux personnes que j'ai en face. Et là, c'est vrai qu'en soi, de sortir un projet, c'est prendre le risque aussi que des personnes que tu ne connais pas l'écoutent. Donc forcément, c'est se livrer, c'est se mettre à nu et c'est très flippant. Mais je pense que là, cette fois-ci, je n'ai pas eu si peur que ça. C'était plus un sentiment d'accomplissement et un sentiment de « Ok, j'ai vraiment besoin de sortir ça pour avancer aussi. »

Sans passer par là, c'est difficile d'écrire parce que sinon, tu prends le risque de ne pas être honnête quand tu écris. Mais c'est vrai que j'essaye d'écrire sur des thèmes qui me ressemblent et je n'ai pas envie d'écrire sur des choses sur lesquelles je n'ai rien à dire et qui ne me correspondent pas.

 

Forcément, les peines de cœur, je pense que ça touche beaucoup de gens. Moi, j'ai eu mon propre ressenti aussi parce que j'ai aussi une identité qui n'est pas hétéro, donc forcément, il y a aussi un rapport différent à ces relations-là. Et ouais, surtout le fait de grandir, je pense que c'est surtout ça du coup, le thème principal de l'EP, c'est le passage un peu entre l'enfance et l'âge adulte. Je trouve que la pochette, ça rappelle pas mal ça aussi. Du coup, c'est Eva qui m'accompagne aussi plus tard qui l'a faite. Je pense qu'en fait, c'est aussi le genre de projet il n'y a pas forcément d'explication derrière. Je ne sais pas comment expliquer parce que c'est vrai que là, on parle de l'explication derrière les sons, etc. Et c'est super intéressant. Mais pour le coup, même moi, je ne sais pas si je peux apporter des réponses sur certaines de ces choses.

 

Et aussi, il y a un risque en plus parce que c'est sur ta question de départ, il y le côté écrire en anglais pour un public qui n'est pas anglais. Il y a le côté de sortir ça en France. Je ne sais pas trop pourquoi j'ai fait ça. Mais après, je pense que c'était encore une fois ce besoin de laisser toutes ces chansons dans le passé, aussi parce que je n'écrit plus du tout pareil maintenant. Je trouve que j'ai beaucoup grandi au niveau de l'écriture de mes textes, que je m'appuie toujours beaucoup sur les personnes qui m'entourent et qui font de la musique. Mais que maintenant, j'ai une écriture qui est un petit peu plus rodée, on va dire. Et donc là, vraiment, c'était des chansons qui appartenaient à une certaine ère de ma vie. Donc je pense qu'aussi le fait de les avoir sorties, vu que ça ne reflète pas forcément qui je suis maintenant, c'était presque comme si ce n'était pas vraiment moi qui me livrais.

 

Théo Toussaint

Il y a quelque chose que tu mentionnes beaucoup, c'est que la musique t'a rendu plus confiant. Et ça, en fait, tu parlais du fait que cette dissociation vis-à-vis de cette EP et de la personne que tu es maintenant, et en quoi cette évolution dans ton parcours artistique a contribué à renforcer ton estime de soi également ?

 

Thomas Chinarro

Je paraît très confiant, je pense, au premier abord, mais honnêtement, je ne le suis pas tant que ça. Surtout, surtout, surtout avec ma musique, au final. Je suis content parce que, d'écrire, ça m'aide à un peu me construire un univers, construire un projet, quelque chose qui me reflète, qui me représente et qui représente un peu ce que j'ai envie de sortir et projeter de moi dans le monde, on va dire.

 

En même temps, c'est hyper flippant de sortir un projet. Typiquement, le premier son que j'ai sorti, Violets, qui a, en soi, il a pas mal marché. Il avait eu, je crois, 15 000 streams, quelque chose comme ça, donc c'est pas mal du tout. Mais je vois tout le travail qu'il y a derrière. Et là, pour l'EP, limite, je me suis moins investi parce que en fait, je me rends compte que d'avoir tant donné et d'avoir reçu si peu, on va dire, en retour, c'est hyper frustrant. Et je pense que c'est ça aussi, le fait de sortir de la musique, c'est vraiment, il faut accepter d'être ouvert à la frustration, quoi. Ça m'a vraiment permis aussi de m'affirmer davantage et je pense que, aussi, moi, j'ai grandi sur le bassin d'Arcachon, donc c'était pas forcément un milieu qui était hyper ouvert, surtout aux questions queer, etc. Donc, le fait d'être venu sur Bordeaux et d'avoir pu commencer vraiment à écrire sur Bordeaux aussi, ça m'a beaucoup aidé. Et le fait d'être parti à l'étranger aussi, d'avoir fait des rencontres et d'avoir vu qu'il y avait des personnes, en fait, qui pouvaient vivre de la musique, ça m'a donné cette confiance, en fait, de sortir le projet. Mais en fait, j'arrive à un point je sors des projets, je sors de la musique et j'écris, j'écris et je tente. Mais derrière, je sais qu'il y a un risque que ça ne marche pas et je sais qu'il y a un risque que je prenne un coup au moral, mais je pense que c'est juste une question de, même pas de courage, en fait, c'est juste une question de sauter le pas.

 

Et je pense qu'il y a des textes que j'ai écrits qui sont plus compliqués, qui sont plus sombres aussi, mais c'est le genre de texte que je n'ai pas envie de sortir parce que ça me, je ne sais pas, j'ai l'impression que presque ils m'appartiennent et je ne suis pas prêt forcément à me livrer sur certaines choses aussi. Mais, donc oui, ça revient un peu aux questions que tu me posais avant aussi, c'est qu'il y a un choix qui a été fait et j'ai essayé de prendre des chansons qui avaient un peu la même vibe, un peu le même univers, mais c'est vrai que je me suis questionné sur comment est-ce qu'on construit un EP, comment est-ce qu'on construit un projet, un univers, et donc j'ai essayé de faire quelque chose à ma sauce.

 

 

Deuxième extrait musical : Wisdom Teeth (Guitare Voix)

 

Théo Toussaint

Justement, tu évoquais le fait que tu avais eu des rencontres, tu avais eu des moments aussi pour découvrir des personnes qui faisaient de la musique. Tu as rencontré beaucoup de personnes pour aussi produire cette EP. La question qui se pose et qui pourrait être intéressante, est-ce que tu as une anecdote, une expérience significative vis-à-vis de la production de l'EP que tu pourrais nous partager ? Je suis sûr qu'il doit y en avoir beaucoup, mais c'est vrai que c'est toute une partie de la production musicale que le grand public connaît pas forcément, et qui pourrait être intéressant aussi à développer.

 

Thomas Chinarro

C'est vrai que pour la plupart des chansons, donc pour trois des chansons, elles ont été enregistrées en studio donc forcément, il y a ce côté assez professionnel. C'est vrai que je voulais sortir un projet qui était quand même assez fini. Mais il y a une des chansons sur le projet qui s'appelle The Race, qui est le troisième son, qui est un interlude. Voilà, c'est vraiment Eva, mon amie, qui l'a produit et encore produire, c'est un grand mot, puisqu'en fait, elle l'a simplement enregistré d'une traite et après, on l'a mis sur Audacity, on a fait deux, trois trucs et ça, ça se retrouve sur le projet. Mais parce que c'était un interlude et je me suis dit, c'est vraiment un projet qui est vrai, qui est sur le moment. Et sur cette prise-là, on a fait une seule prise avec un micro parce que je n'avais pas forcément le budget aussi de réenregistrer un autre son en studio. Et on s'est dit, on enregistre ça. Le rendu était cool. Je me dis qu'il montre en fait ce manque de connaissances presque du monde de la musique. Je ne sais pas comment expliquer. Mais je trouve que ça se voit que du coup, c'est un projet qui est authentique parce qu'il y a tout ce côté. Et ça fait un peu rabiboché, mais dans le bon sens du terme. Je ne sais pas comment expliquer. Je trouve que ça fait un peu catalogue. J'ai un peu pioché dans mon catalogue. Et du coup, chaque chanson est hyper différente parce qu'il n'y a pas les mêmes personnes qui ont travaillé dessus. Il n'y a pas les mêmes personnes qui ont écrit les chansons. Mais voilà, donc première anecdote, je dirais qu'il y a ça.

 

Et deuxième anecdote, je dirais que ça serait sur Violets, du coup, qui est le premier son que j'ai sorti. Et j'ai rencontré la personne avec qui je l'ai écrit à un open mic à Dublin. Et en fait, une semaine après, on s'est retrouvés dans sa chambre du Crous à Dublin, l'équivalent, quoi. Et on l'a écrit. Encore une semaine après, on l'a enregistré et on l'a sorti. Et en fait, cette chanson-là, je ne sais pas, j'ai senti qu'il y avait un truc très spécial sur ce son. Parce qu'en plus, cette personne en question, elle a pu collaborer avec des artistes aux États-Unis qui étaient assez connus, style Phoebe Bridges, tout ça. Donc des gens qui sont assez connus. Et ouais, donc en fait, ça s'est fait très rapidement. Donc soit ça prend pas mal de temps, parce que Perfect Strangers, elle a pris, je pense, plusieurs mois à être vraiment peaufinée. Et il y a des sons qui ont été écrits en une après-midi, enregistrés la semaine d'après, et préparés pour la sortie encore la semaine d'après, quoi. Donc voilà.

 

Théo Toussaint

Je voulais partir sur un tout autre sujet qui traite de la communauté queer, et notamment du milieu queer à Bordeaux, qui a connu quand même une représentation beaucoup plus significative que les autres années. On a vraiment eu une évolution. Et surtout maintenant, on a des collectifs qui sont présents et qui permettent aussi de pouvoir accueillir un public réceptif dans des lieux accueillants, bienveillants. Et c'est très important. Et c'est plutôt une bonne chose, effectivement, qu'il y ait une belle évolution dans ce sens-là. En parallèle, tu répètes à juste titre que la lutte, elle doit continuer. Ça, tu l'explores, par exemple, dans tes réseaux sociaux, tu traites énormément de ces sujets-là. Il y a encore des droits à acquérir et à stabiliser. Comment est-ce que tu te projettes de ton côté vis-à-vis des différentes luttes à mener ? Et surtout, comment, du coup, devenir un peu le catalyseur aussi des messages à transmettre? Peut-être pour ton public ?

 

Thomas Chinarro

La notion de catalyseur, je ne me sens pas du tout connecté à cette notion-là parce que c'est vrai que, du coup, je suis dans une association qui s'appelle RAGE. Donc, on organise des événements sur Bordeaux qui mêlent plein de formes d'art et on essaie de mettre vraiment en avant, pour le coup, les personnes racisées, les personnes issues de la communauté trans ou de la communauté queer, etc. L'idée, vraiment, c'est de mettre en avant des personnes marginalisées et surtout l'art du drag, qui reste un art très, très précaire. Mais c'est vrai que je pense que ce qui fait le collectif et ce qui fait cette mise en avant et ce qui fait le succès des soirées, c'est les artistes. Incontestablement, c'est vraiment les artistes qui performent sur scène qui rendent la soirée géniale. Donc, je pense aussi que le collectif, il est arrivé à un moment j'avais ce besoin aussi de faire bouger les choses à mon échelle. Et l'idée, c'était vraiment que j'avais une frustration, en fait, qui était tellement importante par rapport aux questions queer, etc. J'avais ce besoin, en fait, de créer une scène et de donner une voix aux personnes que j'allais voir en chaîne depuis des années, quoi. Parce que c'est vrai qu'au tout début, le drag, il y a deux ans, sur Bordeaux, c'était vraiment, ça se faisait dans des tout petits bars à Victoire. Les drag, elles devaient se déplacer, c'était pas du tout safe. Maintenant, c'est vrai qu'il y a une évolution, comme tu l'as dit, et que je trouve que, sur certains points, la communauté queer est plus mise en avant, enfin, plus mise en avant. Mais au niveau des droits trans, là, en ce moment, ce qui se passe, c'est complètement disgracieux, quoi. C'est vraiment choquant qu'on en arrive et qu'on doit encore manifester pour des droits qui étaient, je pensais, acquis. Quoi, mais apparemment pas. Donc, c'est vrai qu'il y a cette frustration-là et je trouve qu'il y a d'autant plus cette importance de mettre en avant l'art queer, parce qu'il y a ces discriminations derrière, en fait, et on pourrait penser que ça va mieux, mais typiquement, là, j'en parle parce que l'événement, il est passé, mais sur l'événement qu'on a organisé le 2 mai, récemment, on a été victime de l'extrême droite et ça nous a, enfin, c'est pas allé très loin, c'était vraiment des tweets et c'était des, genre, la cocarde étudiante, les parties de, de reconquête de Zemmour, etc., qui s'en sont pris à l'événement, donc sur Twitter, etc., donc on a renforcer la sécurité, on a dû, prévenir la préfecture, etc., donc ça a pris quand même des dimensions qui étaient plus importantes que ce qui était prévu et ça montre qu'en fait, il y a tellement de travail à faire encore et même si je suis très fier de ce que le collectif donne maintenant, il y a tellement de lutte encore à faire, quoi, il faut vraiment continuer à se battre, il faut manifester, c'est hyper important, mais c'est vrai que je me sens quand même très privilégié dans ma position, parce qu'en soi, je suis un homme cisgenre, je suis blanc, et déjà, je vois que je souffre et que je vais pas bien. Parce qu'on me traite de pédé dans la rue. On me traite de ça, ce n'est pas très fréquent, heureusement, ça va. Je me porte bien, mais c'est vrai que ça m'est déjà arrivé et ce n'est pas le genre de choses qui aggravent du tout, même au lycée, collège, etc. Déjà, c'était compliqué pour moi avec mon expérience personnelle et du coup, dans le collectif, on est tous de queer aussi, donc tout le monde a son ressenti.

 

C'est vrai que des fois, je perds un petit peu d'espoir par rapport à tout ce qui se passe. Mais je pense que, justement, perdre espoir, c'est laisser les gens qui clairement ne savent rien de la cause, Gagner, donc, voilà. J'aurais toujours cette incompréhension énorme de pourquoi ça dérange les gens que des personnes vivent, quoi.

 

Théo Toussaint

T'as beaucoup évoqué rage et c'est vrai que même si on va plus globalement, en fait, dans toutes les activités que tu mènes, déjà, du coup, t'as fondé rage, t'es très actif dans l'association, à côté de ça, à côté, du coup, de la sortie de l'EP, t'as quand même une carrière musicale qui est florissante, puisque, à côté, tu fais aussi de la cover, du coup, de morceaux avec d'autres artistes sur les réseaux sociaux, donc, ça fait quand même pas mal de choses qui se passent en même temps. Qu'est-ce que tu cherches à travers ces projets ? est-ce que ça pourrait te mener ?

 

Thomas Chinarro 

Je suis étudiant aussi, donc, pour le moment, je suis en master, ça ne me correspond pas, ça ne me fait pas kiffer du tout. J'en parle avec mes potes, ils me disent, on ne sait pas trop ce que tu fais là, mais même moi, je ne sais pas du tout ce que je fais là. En parallèle, je bossais à la fac aussi, dans Bordeaux également, en tant que tuteur d'anglais, donc, j'avais un peu ces deux trucs en parallèle. Et puis, dès que j'avais du temps libre, libre, c'était l'association ou c'était la musique. Et je me dis que, si j'avais encore plus de temps, je pense que je pourrais emmener encore tout ça au niveau supérieur.

 

Mais c'est vrai que là, dans l’immédiat, moi, je suis très, très perdu comme personne, je me pose beaucoup de questions et je suis en questionnement constant. Donc, en fait, je fais des choses alors que je suis en questionnement, donc, au final, c'est un peu quitte ou double. Mais c'est vrai que, donc, idéalement, là, je termine mes études parce qu’en soi, c’est important d’avoir une sécurité. Enfin, j’essaie de me convaincre que c’est important d’avoir une sécurité. Après, j’aimerais travailler dans la musique. N'importe quel métier dans la musique pourrait me correspondre. Mais c'est vrai que j'ai cette envie et j'ai toujours eu cette sensation que la seule chose qui était faite pour moi, c'était la musique. Mais ouais, je pense que je vais essayer juste d'avancer à ma manière, d'avancer doucement.

 

J'aimerais bien relire sur un EP potentiellement parce que je pense que j'ai des nouveaux textes qui pourraient correspondre. Ça va encore être en français et anglais. Je ne sais pas trop ce que ça va donner. Pareil, l'association, franchement, je pense qu'on a un point on a tellement trouvé notre place, je pense, à Bordeaux en si peu de temps parce qu'en soi, l'association, on l'a créée en septembre. Donc, c'est septembre 2023. Donc, elle est très récente. Mais je pense que là, on a un point on a tellement les bases qu'on ne peut pas lâcher. Donc, pareil, je vais continuer l'association à fond. Mais c'est vrai que je sens au fond de moi que la musique, c'est vraiment la chose qui me fait vibrer.

 

Et même là, j'ai fait il n'y a pas longtemps une Release Party du coup pour mon projet au FIACRE. Donc, c'est une très petite salle bordelaise. Mais en soi, il y avait du monde. C'était vraiment bien. Et la sensation que j'ai ressentie sur scène, je me suis senti hyper à l'aise en fait. Et donc là, je cherche à faire quelques petites scènes à droite, à gauche. J'aimerais, et ça rejoint cette idée de confiance en soi, j'aimerais me rapprocher encore plus d'une carrière musicale ou d'un semblant de carrière musicale parce que pour l'instant, franchement, je ne le fais pas du tout pour ça. Et je ne le fais pas parce que je n'y crois pas. Je ne sais pas si j'y crois. C'est compliqué comme question. Mais je pense que j'aimerais y croire. Pour l'instant, je ne me sens pas dans les dispositions forcément à aller plus loin, même si j'aimerais et si quelqu'un me propose, je y réfléchirais avec grand plaisir. Juste continuer à faire ce que je fais pour le moment et croiser les doigts.

 

Merci beaucoup d'avoir écouté cet épisode du Bouillon. Pour en savoir plus sur Tom Chinarro, n'hésitez pas à aller regarder la description de ce podcast. Et vous pouvez aussi découvrir toutes les autres productions.