Deuxième extrait musical : Wisdom Teeth (Guitare Voix)
Théo Toussaint
Justement, tu évoquais le fait que tu avais eu des rencontres, tu avais eu des moments aussi pour découvrir des personnes qui faisaient de la musique. Tu as rencontré beaucoup de personnes pour aussi produire cette EP. La question qui se pose et qui pourrait être intéressante, est-ce que tu as une anecdote, une expérience significative vis-à-vis de la production de l'EP que tu pourrais nous partager ? Je suis sûr qu'il doit y en avoir beaucoup, mais c'est vrai que c'est toute une partie de la production musicale que le grand public connaît pas forcément, et qui pourrait être intéressant aussi à développer.
Thomas Chinarro
C'est vrai que pour la plupart des chansons, donc pour trois des chansons, elles ont été enregistrées en studio donc forcément, il y a ce côté assez professionnel. C'est vrai que je voulais sortir un projet qui était quand même assez fini. Mais il y a une des chansons sur le projet qui s'appelle The Race, qui est le troisième son, qui est un interlude. Voilà, c'est vraiment Eva, mon amie, qui l'a produit et encore produire, c'est un grand mot, puisqu'en fait, elle l'a simplement enregistré d'une traite et après, on l'a mis sur Audacity, on a fait deux, trois trucs et ça, ça se retrouve sur le projet. Mais parce que c'était un interlude et je me suis dit, c'est vraiment un projet qui est vrai, qui est sur le moment. Et sur cette prise-là, on a fait une seule prise avec un micro parce que je n'avais pas forcément le budget aussi de réenregistrer un autre son en studio. Et on s'est dit, on enregistre ça. Le rendu était cool. Je me dis qu'il montre en fait ce manque de connaissances presque du monde de la musique. Je ne sais pas comment expliquer. Mais je trouve que ça se voit que du coup, c'est un projet qui est authentique parce qu'il y a tout ce côté. Et ça fait un peu rabiboché, mais dans le bon sens du terme. Je ne sais pas comment expliquer. Je trouve que ça fait un peu catalogue. J'ai un peu pioché dans mon catalogue. Et du coup, chaque chanson est hyper différente parce qu'il n'y a pas les mêmes personnes qui ont travaillé dessus. Il n'y a pas les mêmes personnes qui ont écrit les chansons. Mais voilà, donc première anecdote, je dirais qu'il y a ça.
Et deuxième anecdote, je dirais que ça serait sur Violets, du coup, qui est le premier son que j'ai sorti. Et j'ai rencontré la personne avec qui je l'ai écrit à un open mic à Dublin. Et en fait, une semaine après, on s'est retrouvés dans sa chambre du Crous à Dublin, l'équivalent, quoi. Et on l'a écrit. Encore une semaine après, on l'a enregistré et on l'a sorti. Et en fait, cette chanson-là, je ne sais pas, j'ai senti qu'il y avait un truc très spécial sur ce son. Parce qu'en plus, cette personne en question, elle a pu collaborer avec des artistes aux États-Unis qui étaient assez connus, style Phoebe Bridges, tout ça. Donc des gens qui sont assez connus. Et ouais, donc en fait, ça s'est fait très rapidement. Donc soit ça prend pas mal de temps, parce que Perfect Strangers, elle a pris, je pense, plusieurs mois à être vraiment peaufinée. Et il y a des sons qui ont été écrits en une après-midi, enregistrés la semaine d'après, et préparés pour la sortie encore la semaine d'après, quoi. Donc voilà.
Théo Toussaint
Je voulais partir sur un tout autre sujet qui traite de la communauté queer, et notamment du milieu queer à Bordeaux, qui a connu quand même une représentation beaucoup plus significative que les autres années. On a vraiment eu une évolution. Et surtout maintenant, on a des collectifs qui sont présents et qui permettent aussi de pouvoir accueillir un public réceptif dans des lieux accueillants, bienveillants. Et c'est très important. Et c'est plutôt une bonne chose, effectivement, qu'il y ait une belle évolution dans ce sens-là. En parallèle, tu répètes à juste titre que la lutte, elle doit continuer. Ça, tu l'explores, par exemple, dans tes réseaux sociaux, où tu traites énormément de ces sujets-là. Il y a encore des droits à acquérir et à stabiliser. Comment est-ce que tu te projettes de ton côté vis-à-vis des différentes luttes à mener ? Et surtout, comment, du coup, devenir un peu le catalyseur aussi des messages à transmettre? Peut-être pour ton public ?
Thomas Chinarro
La notion de catalyseur, je ne me sens pas du tout connecté à cette notion-là parce que c'est vrai que, du coup, je suis dans une association qui s'appelle RAGE. Donc, on organise des événements sur Bordeaux qui mêlent plein de formes d'art et on essaie de mettre vraiment en avant, pour le coup, les personnes racisées, les personnes issues de la communauté trans ou de la communauté queer, etc. L'idée, vraiment, c'est de mettre en avant des personnes marginalisées et surtout l'art du drag, qui reste un art très, très précaire. Mais c'est vrai que je pense que ce qui fait le collectif et ce qui fait cette mise en avant et ce qui fait le succès des soirées, c'est les artistes. Incontestablement, c'est vraiment les artistes qui performent sur scène qui rendent la soirée géniale. Donc, je pense aussi que le collectif, il est arrivé à un moment où j'avais ce besoin aussi de faire bouger les choses à mon échelle. Et l'idée, c'était vraiment que j'avais une frustration, en fait, qui était tellement importante par rapport aux questions queer, etc. J'avais ce besoin, en fait, de créer une scène et de donner une voix aux personnes que j'allais voir en chaîne depuis des années, quoi. Parce que c'est vrai qu'au tout début, le drag, il y a deux ans, sur Bordeaux, c'était vraiment, ça se faisait dans des tout petits bars à Victoire. Les drag, elles devaient se déplacer, c'était pas du tout safe. Maintenant, c'est vrai qu'il y a une évolution, comme tu l'as dit, et que je trouve que, sur certains points, la communauté queer est plus mise en avant, enfin, plus mise en avant. Mais au niveau des droits trans, là, en ce moment, ce qui se passe, c'est complètement disgracieux, quoi. C'est vraiment choquant qu'on en arrive là et qu'on doit encore manifester pour des droits qui étaient, je pensais, acquis. Quoi, mais apparemment pas. Donc, c'est vrai qu'il y a cette frustration-là et je trouve qu'il y a d'autant plus cette importance de mettre en avant l'art queer, parce qu'il y a ces discriminations derrière, en fait, et on pourrait penser que ça va mieux, mais typiquement, là, j'en parle parce que l'événement, il est passé, mais sur l'événement qu'on a organisé le 2 mai, récemment, on a été victime de l'extrême droite et ça nous a, enfin, c'est pas allé très loin, c'était vraiment des tweets et c'était des, genre, la cocarde étudiante, les parties de, de reconquête de Zemmour, etc., qui s'en sont pris à l'événement, donc sur Twitter, etc., donc on a dû renforcer la sécurité, on a dû, prévenir la préfecture, etc., donc ça a pris quand même des dimensions qui étaient plus importantes que ce qui était prévu et ça montre qu'en fait, il y a tellement de travail à faire encore et même si je suis très fier de ce que le collectif donne maintenant, il y a tellement de lutte encore à faire, quoi, il faut vraiment continuer à se battre, il faut manifester, c'est hyper important, mais c'est vrai que je me sens quand même très privilégié dans ma position, parce qu'en soi, je suis un homme cisgenre, je suis blanc, et déjà, je vois que je souffre et que je vais pas bien. Parce qu'on me traite de pédé dans la rue. On me traite de ça, ce n'est pas très fréquent, heureusement, ça va. Je me porte bien, mais c'est vrai que ça m'est déjà arrivé et ce n'est pas le genre de choses qui aggravent du tout, même au lycée, collège, etc. Déjà, c'était compliqué pour moi avec mon expérience personnelle et du coup, dans le collectif, on est tous de queer aussi, donc tout le monde a son ressenti.
C'est vrai que des fois, je perds un petit peu d'espoir par rapport à tout ce qui se passe. Mais je pense que, justement, perdre espoir, c'est laisser les gens qui clairement ne savent rien de la cause, Gagner, donc, voilà. J'aurais toujours cette incompréhension énorme de pourquoi ça dérange les gens que des personnes vivent, quoi.
Théo Toussaint
T'as beaucoup évoqué rage et c'est vrai que même si on va plus globalement, en fait, dans toutes les activités que tu mènes, déjà, du coup, t'as fondé rage, t'es très actif dans l'association, à côté de ça, à côté, du coup, de la sortie de l'EP, t'as quand même une carrière musicale qui est florissante, puisque, à côté, tu fais aussi de la cover, du coup, de morceaux avec d'autres artistes sur les réseaux sociaux, donc, ça fait quand même pas mal de choses qui se passent en même temps. Qu'est-ce que tu cherches à travers ces projets ? Où est-ce que ça pourrait te mener ?
Thomas Chinarro
Je suis étudiant aussi, donc, pour le moment, je suis en master, ça ne me correspond pas, ça ne me fait pas kiffer du tout. J'en parle avec mes potes, ils me disent, on ne sait pas trop ce que tu fais là, mais même moi, je ne sais pas du tout ce que je fais là. En parallèle, je bossais à la fac aussi, dans Bordeaux également, en tant que tuteur d'anglais, donc, j'avais un peu ces deux trucs en parallèle. Et puis, dès que j'avais du temps libre, libre, c'était l'association ou c'était la musique. Et je me dis que, si j'avais encore plus de temps, je pense que je pourrais emmener encore tout ça au niveau supérieur.
Mais c'est vrai que là, dans l’immédiat, moi, je suis très, très perdu comme personne, je me pose beaucoup de questions et je suis en questionnement constant. Donc, en fait, je fais des choses alors que je suis en questionnement, donc, au final, c'est un peu quitte ou double. Mais c'est vrai que, donc, idéalement, là, je termine mes études parce qu’en soi, c’est important d’avoir une sécurité. Enfin, j’essaie de me convaincre que c’est important d’avoir une sécurité. Après, j’aimerais travailler dans la musique. N'importe quel métier dans la musique pourrait me correspondre. Mais c'est vrai que j'ai cette envie et j'ai toujours eu cette sensation que la seule chose qui était faite pour moi, c'était la musique. Mais ouais, je pense que je vais essayer juste d'avancer à ma manière, d'avancer doucement.
J'aimerais bien relire sur un EP potentiellement parce que je pense que j'ai des nouveaux textes qui pourraient correspondre. Ça va encore être en français et anglais. Je ne sais pas trop ce que ça va donner. Pareil, l'association, franchement, je pense qu'on a un point où on a tellement trouvé notre place, je pense, à Bordeaux en si peu de temps parce qu'en soi, l'association, on l'a créée en septembre. Donc, c'est septembre 2023. Donc, elle est très récente. Mais je pense que là, on a un point où on a tellement les bases qu'on ne peut pas lâcher. Donc, pareil, je vais continuer l'association à fond. Mais c'est vrai que je sens au fond de moi que la musique, c'est vraiment la chose qui me fait vibrer.
Et même là, j'ai fait il n'y a pas longtemps une Release Party du coup pour mon projet au FIACRE. Donc, c'est une très petite salle bordelaise. Mais en soi, il y avait du monde. C'était vraiment bien. Et la sensation que j'ai ressentie sur scène, je me suis senti hyper à l'aise en fait. Et donc là, je cherche à faire quelques petites scènes à droite, à gauche. J'aimerais, et ça rejoint cette idée de confiance en soi, j'aimerais me rapprocher encore plus d'une carrière musicale ou d'un semblant de carrière musicale parce que pour l'instant, franchement, je ne le fais pas du tout pour ça. Et je ne le fais pas parce que je n'y crois pas. Je ne sais pas si j'y crois. C'est compliqué comme question. Mais je pense que j'aimerais y croire. Pour l'instant, je ne me sens pas dans les dispositions forcément à aller plus loin, même si j'aimerais et si quelqu'un me propose, je y réfléchirais avec grand plaisir. Juste continuer à faire ce que je fais pour le moment et croiser les doigts.
Merci beaucoup d'avoir écouté cet épisode du Bouillon. Pour en savoir plus sur Tom Chinarro, n'hésitez pas à aller regarder la description de ce podcast. Et vous pouvez aussi découvrir toutes les autres productions.