rad 1o1 : "Je fais tout au feeling."
2023-12-29
rad 1o1 : "Je fais tout au feeling."
rad 1o1 est une artiste pop alternative, autrice-compositrice depuis 2020 et membre de l'Espace 120, l'association musicale de l'université de Bordeaux. Sa musique mélange diverses influences tout en racontant sa vie et ses relations. TACK a eu le plaisir de la rencontrer lors de l'inauguration de notre nouveau studio. Nous avons discuté de son processus de composition et de ses expériences d'écriture, révélant ainsi son univers créatif unique.
Hello, moi c'est Radja, mon nom d'artiste c'est RAD 1O1 et je fais de la musique alternative électro. Je compose tout moi même et du coup j'ai hâte de vous parler de mon univers.
Chloé : Moi aussi j'ai hâte d'entendre de t'entendre parler de ton univers. Depuis combien de temps est-ce que tu chantes ?
Je chante depuis que j'ai 16 ou 17 ans. J'ai commencé de façon très très expérimentale. En fait, je regardais des vidéos sur YouTube pour m'entraîner à apprendre à ne pas chanter faux. J'ai commencé un été, je crois que c'était l'été avant de rentrer en terminale parce que j'ai toujours trop aimé la musique, mais j'en ai jamais fait. J'ai touché à beaucoup d'autres sortes d'arts, mais jamais la musique. Et j'ai appris aussi à composer à côté.
Chloé : Pourquoi as-tu commencé la musique ? Qu'est ce qui te parle dans ce milieu ?
C'est pas censé être difficile je pense, mais pour moi ça l'est un peu parce que je réfléchis pas trop avant de commencer des nouveaux projets. Je pense qu'il y a une espèce d'expression en fait de mon âme. C'est déjà très profond, mais il y a quelque chose au fond de moi que j'ai envie d'exprimer, que j'ai envie de montrer au monde. Et je pense que c'est ça qui m'a poussé.
Théo : Quand on écoute tes projets, on ressent quand même beaucoup d'influences electro, voir techno. Est-ce que c'est une influence dont tu te revendiques ?
J'ai jamais trop essayé d'imiter ou de suivre un artiste en particulier. Je ne pense pas revendiquer un style en particulier, ça s’est fait au fur et à mesure. J'insiste toujours à tout faire toute seule. Donc ça donne un genre un peu alternatif, dans lequel je me retrouve. Après, au niveau de mes influences, je pense qu'il y a vraiment une grosse distinction entre mes influences dans la voix et dans l'instrumental. Au niveau des prods que je fais, c'est inspiré de The Weeknd que j'aime beaucoup. Au niveau de la voix…
Chloé : Moi, directement quand je t'ai entendu, j'ai pensé à du Lana del Rey.
C'est carrément ça ! Si jamais vous creusez sur mon Soundcloud, mes premiers sons que j'ai sorti, c'est des covers de Lana Del Rey. Quand j'ai commencé à chanter, j'ai vraiment commencé à essayer d'imiter sa voix. C'est vraiment une grosse influence pour moi. Après, quand j'ai continué un peu à développer mon propre style, je m’en suis un peu éloigné, mais ça s'entend quand même encore un peu je pense.
Théo : Ce qui est assez intéressant dans tes productions, c'est les patterns que tu utilises. On peut y retrouver de la drum and bass, de la dubstep, comme sur Fairy Dance. On retrouve parfois des sons beaucoup plus Lo-fi ou synthwave. Comment tu mixes tous ces patterns pour donner cette couleur à tes morceaux ?
Tu m'as dit “tu essaies un peu de mixer tous ces gens là ensemble” mais il n'y a pas trop d'intention de mon côté. Quand je me mets à composer, je fais tout au feeling, par rapport à ce que j’ai entendu, ou mes envies du moment. Pour Fairy Dance c'était un peu plus intentionnel d’ajouter cette grosse basse DNB. Mais c'est pas très calculé avant. C'est selon mon mood, selon la vibe, selon ce que je veux exprimer.
Théo : Comment est-ce que tu t’immerges dans une ambiance pour créer ?
Je n'ai pas de modèle de travail. J’utilise FL studio pour la composition, Ableton pour le live. Je fais ce que j'appelle une base. Ça peut être une basse, une guitare, ça peut être une mélodie. C’est avec cette base là que je vais construire toute la chanson. En général, j'ai rarement les paroles déjà écrites. Je vais plutôt en fait avoir une idée en tête, essayer de la faire ressortir dans ma base mélodique, et trouver des accords. Et ensuite je vais construire mon son autour de ce que ça me fait ressentir, selon l'idée que ça me donne.
Théo : Est-ce tu t'occupes également du mastering ?
Oui, c'est moi. J'ai moins le mérite de dire ça pour mon tout premier album. Mon tout dernier album, j'ai vraiment tout fait de A à Z, que ce soit la composition, l'écriture, le mixage, le mastering. C'est vrai qu'il m'a pris pas mal de temps. Étant donné que je découvre, j'ai mis beaucoup de temps pour finir mon projet.
Chloé : Ta musique est en anglais, quels sont tes thèmes récurrents ?
Oui, ma musique est en anglais. J'ai fait ce choix parce que c'est ma deuxième langue natale. Je trouve que c'est plus facile de m'exprimer dans cette langue là. Dans mes morceaux, je parle surtout de tout ce qui est relationnel. Je pense qu'il y a deux sortes de thématiques : le relationnel, que ça soit du relationnel avec moi-même ou bien avec les gens autour de moi, les amitiés, les amours. Il y a une autre catégorie où c'est des sons, des concepts que je trouve super intéressants ou drôles, des images que j'ai en tête, je vais faire une petite chanson autour de ça. Par exemple Fairy Dance, pour moi c'est des petits lutins qui dansent dans la forêt.
Chloé : En général, on a tendance à dire que quand on parle anglais, c'est moins tabou, les mots sont moins prenants puisque c'est pas une langue qu'on utilise au quotidien. Est-ce que cela joue dans ton écriture ?
C'est ma deuxième langue natale, mais en réalité je suis née à Kuala Lumpur. Du coup, mes parents me parlaient, français et arabe. L'anglais, c’était une des langues du pays. Quand on est étranger en Malaisie, l'anglais, c'est la langue que tu parles avec tout le monde. Quand on a emménagé en France, j'ai un petit peu perdu l'anglais, un petit peu perdu l'arabe. L'anglais est revenu car je lisais beaucoup de fictions en anglais, j'écoutais beaucoup de chansons en anglais. La chanson française, ça me parlait moins. Finalement, s'exprimer en anglais, ça m'est aussi venu plus facilement. La deuxième raison pour laquelle j’ai choisi l'anglais, c'est au niveau de l'élocution. Dans ma manière de chanter d'écrire, je chante très doucement, je chante avec la voix de tête. Si on me demande de chanter devant quelqu'un, on ne va pas trop m'entendre, Je dois vraiment chanter avec beaucoup de contrôle, mais vraiment pas très fort. Et cette façon de chanter là, toute douce, pour donner cet effet là, en français, je trouve que ça saccade les mots, la mélodie, donc c'est un peu plus difficile de donner cet aspect très doux. C'est pour ça que, en général, je vais plus me porter sur l'anglais
Chloé : Un jour, tu tenteras de faire une chanson en français ou pour le moment cela te parle pas du tout ?
Les chansons en français, j'en fais de plus en plus et il y a certaines de mes chansons avec un peu de français. En général, on ne l'entend pas directement. Dans mon dernier projet, il y a deux chansons où il y a du français, genre Fairy Dance. Cette chanson, je l'ai enregistrée sur mon lit avec mon téléphone, j'ai improvisé les paroles sur le moment en français. Et j’ai écrit la toute dernière chanson de mon album en français, mais j’ai fait un mixage assez spécial, qui coupait les mots.
Chloé : Quelles sont les grandes différences entre ton premier album et ton second ?
La plus grande différence, c'est l'étape où j'en étais dans ma vie. Le premier album, c'était la fin du lycée. Aussi la fin de l'enfance, la fin de l'adolescence. Au niveau des sujets abordés, c’était surtout les petits amours. C''est pas quelque chose de très très profond dans les textes et au niveau de la qualité de production. Je pense qu'il y a vraiment une grosse différence entre les deux albums. Je me suis décidé à obtenir un vrai micro pour enregistrer le deuxième album. J'avais une idée de projet en tête, je l'ai un peu plus préparé. Je me suis un petit peu plus construit une identité d'artiste je pense.
Théo : Quelles sont les étapes clés dans la création d'un album, surtout quand on est totalement indépendant ?
Je pense qu'il faut délimiter une idée d'album, ce qu'on a envie d'exprimer à travers l'album. Pour moi c’était ce moment là où j'en suis dans ma vie, qui a été l'élément. Le premier album, c'était la fin de l'adolescence, le deuxième, c'est un peu le début de l'âge adulte et tout l’aspect relationnel qui va avec. Dans mes paroles, il y a un schéma qui est très souvent suivi : une première partie où j'explique le problème, et un deuxième couplet où j’explique les raisons pour lesquelles ces petits soucis. Du coup, il y a beaucoup de conclusions à des questions que j'aurais pu me poser dans le premier album. C'était flagrant pour moi quand je relisais les paroles et au fur et à mesure, après avoir écrit les premières chansons, j’ai commencé à avoir une idée du thème de l'album. Il faut vraiment juste avoir une idée de ce qu'on a envie d'exprimer, ce qu'on a envie de montrer au monde. Je pense que c'est cette partie là de mon identité que j'ai envie de montrer. Et puis pour le futur, j’ai déjà un petit peu une idée de ce qui va venir.
Théo : Comment penses-tu que ta carrière musicale pourrait évoluer dans le futur ?
J'ai déjà des idées. Mes créations sont vraiment très inspirées de ce qu’il y a autour de moi, de mon environnement, de ce que je vis. Et j'aimerais bien sortir un petit EP d'ici l'été, mais plus orienté techno, qui n'aurait rien à voir avec le relationnel, mon identité… Du coup, je vais vous parler d'une petite chanson que je suis en train d'écrire. Elle s'appelle “Le petit espace entre le pont entre les deux mondes”. C'est un titre un peu long, un peu osé, mais c'est un concept vraiment que j'ai trouvé super cool. On m'a dit que ça ressemblait à un concept de Star Wars. Je vais en faire un son un peu techno, un peu trance dessus.
Chloé : Qu'est ce qui fait, selon toi, un bon chanteur ?
C'est peut-être la facilité pour quelqu'un qui écoute, de voir à travers cette personne quand elle chante, le message qu'elle a à passer, ce qu'elle a envie d'exprimer. Quand je chante, je trouve ça vraiment génial quand ça atteint les gens, qu’il y a une espèce de connexion entre nous.
Chloé : Est-ce qu’on t'a déjà donné un conseil qui t'a marqué ?
On m'a donné pas mal de conseils. En termes techniques, le truc qui m'a le plus aidé, c'est que pendant un moment, je galérais pour le mixage et le mastering. Je ne comprenais pas mon mastering. Je me disais : “je vais faire en sorte qu’on puisse bien entendre ma musique sur des AirPods, comme sur une enceinte.” Jusqu'à ce qu'un jour, je parle avec un ingé son, il m'a dit pour moi le mixage c'est faire en sorte que tout sonne bien ensemble et le mastering, c’est faire en sorte que tout sonne encore mieux ensemble. Et à ce moment là, je me suis dit que ça ne sert à rien de me prendre la tête, je vais faire ça à l'oreille, comme j'ai toujours fait, avec ma propre façon. Et en vrai, ça marche plutôt pas mal mais j'ai encore beaucoup à apprendre. Si je pouvais donner un conseil c'est de ne jamais se poser de limite. Quand j'avais 16-17 ans et que j'essayais de tout faire moi même, c'était vraiment la galère. Je faisais des trucs assez horribles, mais au fur et à mesure du temps, on apprend. Tout s'apprend. Je n'avais aucune connaissance musicale, j'avais jamais fait de musique, j'ai jamais pris de cours de chant et au final je me suis motivé. Je pense qu’il faut savoir se donner les moyens.
Interview : Théo Toussaint et Chloé Perrier
Réalisation vidéo : Gael Mirande
Identité sonore : Théo Toussaint et Juliette Miglierina-Hardy