AMJES : "La Doctrine, ou comment en sortir." | TACK

AMJES : "La Doctrine, ou comment en sortir."

2024-05-31

AMJES : "La Doctrine, ou comment en sortir."

TACK a rencontré Amjes, un rappeur bordelais qui se distingue par son style Old-School et ses textes engagés. Présent sur la scène depuis près de trois ans, il explore de nouvelles influences avec son dernier projet, "La Doctrice", tout en cherchant à se réinventer. Cette interview, menée par Théo Toussaint et Léopold Frouin, aborde son processus créatif et ses réflexions sur la présentation au public.

 

INTRODUCTION et JINGLE [ 00:00:00 ]

 

THÉO : Aujourd’hui, on vous présente Amjes, rappeur technique qui, avec son dernier projet, La Doctrine, s'éloigne de son style old school qui l’a fait connaître au grand public vers de nouvelles propositions. On a eu l'occasion de le rencontrer pour discuter de ses influences, de sa manière de produire la musique et d'écrire, et de comment se présenter auprès du grand public.

 

Premier extrait musical - David

 

AMJES : Bonjour, moi c’est Amjes, ou Victor comme vous voulez ça fait plaisir. Je fais du Rap et des profs, ça fait à peu près deux trois ans que je dirais que fais ça sérieusement.  J’écrivais quand j’étais plus petit, mais là ça fait deux trois ans que c’est devenu sérieux, en tout cas que j’essaie de faire le mieux possible que ce soit des prod, du rap ou du chant, si je peux dire ça. 

 

LÉOPOLD : Et t'as sorti à la fin du mois de mars ton premier projet, La Doctrine, est-ce que c'est le reflet de ton personnage Amjes ? 

 

AMJES : Ouais, d'Amjes et de moi dans le sens Victor, la personne que je suis, ou tout du moins que j'étais jusqu'à ce que le projet se clôture. Parce que je sais que j'ai eu cette réflexion, il y a eu des moments où moi intérieurement j'étais en mode est-ce que je vais encore le sortir et tout, parce que tout ce qui est dans le projet j'étais en mode bah j'ai évolué, ça a été moi à un moment certainement. 

 

LÉOPOLD : Est-ce que c'est une porte d'entrée à ton univers, à ton rap ?

 

AMJES : Oui, en vrai plutôt, parce que c'est vraiment un projet sur lequel on a bossé pendant presque deux ans avec les gars pour avoir vraiment le truc le plus authentique possible. C'est ce qu'on voulait montrer de notre musique. Nous, on fait ça comme musique, on aime bien faire ça, on aime bien entendre ça, et voilà, c'est ce qu'on veut montrer. 

 

THÉO : La rédaction, l'écriture des paroles. Tu disais que ça avait commencé il y a longtemps, ça ne reflète plus la personne que tu es à l'heure actuelle. Ça avait commencé il y a combien de temps ? Comment s'est faite l'évolution en termes d'écriture ? 

 

AMJES : Oui, carrément, alors le premier morceau, ça doit être Hanzo, ça doit être le septième. Il doit y avoir David, qui était pas loin non plus aussi. Et après ça s'est rajouté progressivement. J'ai pas beaucoup changé de texte, je les ai travaillés au bout, mais je suis pas revenu, par exemple, Hanzo, je crois que j'ai jamais modifié le texte depuis que je l'avais écrit. L'écriture des morceaux part vraiment d'Halloween du coup 20[22] jusqu'à, c'est quand qu'on a écrit Moi, c'est décembre, je crois c'est décembre 20[23], janvier 20[24], donc il y a une bonne année d’écriture, un peu plus. 

 

LÉOPOLD : Et tu dis des choses quand même vraiment profondes dans ce projet, tu parles de tes pensées suicidaires, même de ton mal-être, à certains moments, est-ce que c'est un accomplissement d'avoir sorti ce projet, une introduction à tes futurs albums ?

 

AMJES : Alors, il faut savoir qu'à la base je suis pudique de fou, et il y avait beaucoup de gens autour de moi qui me disaient mais mec, il faut que tu parles de toi et tout, c'est stylé, la musique c'est comme ça, et j'ai toujours vu ça comme, je sais pas, comme si c'était de la vantardise, quelque chose comme ça, le fait de parler de soi. J'étais en mode, c'est bizarre, tu vois, et donc il y avait cette pudeur qui s'installait tout le temps. J'ai toujours l'impression que si je me montre un peu, les gens, ils peuvent me sauter à la gorge, en fait, et commencer à me dire : "oui mais t'es comme ça, t'es comme ça ». Et donc, c'est le fait d'avoir fait ça, déjà ça m'aide, je pense, à passer au-dessus et à être plus spontané, et du coup, c'est ce que j'essaye de faire, de devenir plus spontané au travers de la musique, en fait.

 

THÉO : Tu t'expliquais, Léopold, qu'il y a ce côté un peu pudique, et toi aussi, du coup, tu le dis, pour éviter, justement, les jugements, ou le fait que les gens pointent du doigt certains aspects, alors que à contrario, sur scène, c’est quelqu'un de très affirmé, qu’on voit. La scène, par exemple, tu la tiens très différemment de la façon dont tu décris la manière dont c'est fait le processus d'écriture et de production du projet. 

 

AMJES : Je suis sûr que c'est un mécanisme de protection. J'ai dû traverser des trucs dans ma vie qui ont fait que j'avais envie de montrer quelque chose de solide, tu vois, pour pas me faire attaquer plus que ça. La conclusion que j'en tire aujourd'hui, c'est que c'est pas utile. C'est pas utile, parce que ça empêchera pas les gens de t'attaquer, genre, s’ils t'attaquent pas sur le fait que tu sois un peu sensible ou quoi, ils t'attaqueront sur le fait que t'es trop dur, donc tant pis, aujourd'hui, faut juste être soi, et tant pis pour les autres j'ai envie de dire. Enfin, c'est pas méchant, mais tu vois ce que je veux dire, genre, chacun peut dire ce qu'il pense. Au final, c'est pas bien important, au final. Ouais, c'est ce que j'en tire à peu près aujourd'hui. 

 

LÉOPOLD : Tu disais que sur scène, on voyait quelqu'un d'affirmé, mais aussi dans ce que tu dégages dans tes textes, il y a une certaine forme de rage. Alors toi, tu dis plutôt une détermination. Est-ce que, justement, t'es quelqu'un de déterminé dans tes textes, mais aussi dans ta vie ? 

 

AMJES : Ouais, comme tu dis, il y a un peu de rage ou de détermination, tu vois. Je sais que je l'ai beaucoup, beaucoup, beaucoup ressenti. Et j'avais l'impression que c'était ça qu'il fallait montrer dans le sens où, toujours à cause de la pudeur, il fallait d'abord que je montre un truc un peu vénère. Mais du coup, ça se met aussi dans la vie. Ouais, j'ai envie d'avancer. Même si là, j'ai eu quelques phases où je me suis posé plein, plein, plein de questions. J'ai eu beaucoup de doutes et tout. Du coup, je pense que ça se ressent un minimum dans le projet. C'est marrant que tu me dises ça, parce qu'à chaque fois que je vois ça, je suis en mode ; qu'est-ce qui est bien, qu'est-ce qui n'est pas bien dedans et qu'est-ce que je peux changer, tu vois. C'est une manière de fonctionner qu'il faut améliorer parce qu'à être tout le temps, tout le temps hargneux, je vais aller nulle part. 

 

LÉOPOLD : Et là, on est dans le studio de Tronco. C'est ça, exactement. Et justement, comment est-ce que tu fais tes prods ? Parce que toi aussi, tu fais des prods et tu es vraiment dans le processus complètement. Comment est-ce qu'un morceau s'écrit, un morceau d'Amjes ? 

 

AMJES : Alors, sur La Doctrine, il y a huit prods. On est en tant que beatmaker, moi, parce que je suis poli, je m'élimine direct, Tronco, Creed et Elio. On a fait les prods, pas tout ici, mais je crois que je ne suis même pas sûr qu'on en ait fait une seule ici. D'ailleurs, en fait, au niveau des prods, la première prod, c'est la prod de Moi avec Ryan Walter, qui est juste ici, qu'on ne voit pas à la caméra. On l'a fait, on l'a fait certainement en avril 2022, avril-mai 2022, on l'a fait avec Elio. On a samplé Jorja Smith parce que j'adore Jorja Smith. Super ce qu'elle fait. Et ça, c'était la première prod du projet. Mais à cette époque, on n'était pas encore dans le projet. On était juste, on fait des prods. D'ailleurs, c'était la deuxième production que l'on faisait avec Elio. La première, bon, elle a fini à la poubelle. Et c'était la deuxième. Et trop bien. Et ça s'est construit à gauche, à droite. 

 

THÉO : Et sur le choix des productions, ce qu'on remarque quand on écoute le projet, quand on écoute la Doctrine, peut-être un grand mot, mais cette espèce de mélange entre du old school et des choses beaucoup plus modernes, beaucoup plus new wave Dans le sens où, du coup, tu l'expliquais, tu as samplé Jorja Smith, mais d'une autre façon on retrouve des voix pitchées très hautes, qu'on trouvait aussi dans des productions beaucoup plus old school. Pareil il y a des sons de musique classique aussi. Moi, par exemple, ça me faisait penser à du Lino ou à du Kerry James dans la texture, les productions. Surtout qu'il y a des fois du côté très boombap. Mais à côté de ça, par exemple, des fois, tu utilises des basses ou des rythmes qui font plus actuel.

 

AMJES : En fait, quand on s'est vraiment posé avec les gars pour commencer à faire ça, pour faire des productions, moi, j'écrivais quasiment que sur du boombap. Premièrement parce que j'estimais que j'étais très mauvais en rap et qu'il fallait que je progresse dans l'écriture des paroles et tout. J'étais très mauvais, donc il fallait que je progresse. Et pour progresser, j'étais en mode OK, il faut comme les anciens. J'écris sur du boombap, ça fait plaisir. Le truc, c'est qu'à côté de ça, j'écoute plein, plein, plein de musique et j'avais envie de faire un truc plus moderne comme tu dis, tu vois, pas forcément que daté old school parce que j'adore ça, mais ce n'est pas que ce qui m'intéresse. Et du coup, on a cherché à créer un peu des rythmiques, tu vois, pas que ce soit tout le temps la même ligne de hat ou de la drill, en soi, on va prendre Hanzo, c'est une rythmique drill, je pense, mais Creed, il a fait en sorte que ce soit des percussions un peu plus originales que juste la snare qu'on entend partout. Et donc, on était parti sur un peu cette ligne directive de faire des rythmiques assez atypiques. Il y a beaucoup de percussions d'Afrique ou d'Inde qu'on a pris dans les banques, qu'on trouve sur Kontakt ou à gauche à droite dans des drummers. Et donc, on a pris des drum kits et on a essayé vraiment de faire un truc cinématique aussi, un peu, je pense. Il y a des trucs comme ça, un peu épiques, un peu cinématiques. 

 

THEO : Et du coup, pour revenir sur cet aspect cinématique, cinématographique dont tu parlais, en fait, c'est quelque chose qui est aussi assez prégnant dans ce que tu proposes. Déjà, avec le clip que tu as sorti en amont de la sortie du projet, il me semble que c'est David qui a été cliquer. Il y a une ambiance un peu à la Dark Souls, tu vois, évidemment, la capuche, le feu de camp, tout ça, machin, tu vois. Tu sentais un peu ça. 

 

AMJES : The Witcher, un peu, peut-être. 

 

THEO : Ouais, The Witcher aussi, complètement. Mais même avant. Dans les autres clips que tu as pu sortir, il y a quelque chose de très cinématographique aussi, tu vois. Il y a aussi cette recherche de vraiment créer une esthétique, surtout quand on est un artiste en voie de professionnalisation indépendant. C'est important aussi de se créer une vraie identité dès le début. 

 

AMJES : Ça me fait plaisir que tu dises ça, parce que là, j'ai l'impression, des fois, j'ai l'impression que ça ne sert à rien de faire ça. Mais ouais, ça, c'est avec Adi beaucoup. Adi, du coup, qui réalise mes clips, quasiment tous. Non, Naz, il en a fait un aussi. Et il est sur les premiers aussi, en réal. Mais ouais, c'est un truc que je voulais au début. En fait, j'aime beaucoup le cinéma. Et je voulais que ça ressemble à des petits films. Que ce soit sur les clips de Fox Libre, de La Fumée. Mais après, sur les premiers, on s'est vite rendu compte que c'était très compliqué. Tu vois, par exemple, La Fumée, je ne vais pas raconter le tournage, mais ça a été une galère. Il nous a manqué une journée qu'on a dû reporter cinq mois après. Enfin bref, c'était n'importe quoi. On apprend. Mais ouais, du coup, on essayait d'avoir cette ambiance, de créer un truc où, ouais, comme des petits films. Comme des petits films, en fait. C'était le but. Et que tu en parles comme ça, ouais, ça fait plaisir.

 

Second extrait musical, prestation Live du morceau Moi avec Rayan Walter  (Rap 101)

 

LEOPOLD : Maintenant, on va parler du collectif Rap 101. Parce que tu fais parti justement de ce collectif, de rappeurs et pas que... Est-ce que tu peux nous le présenter en quelques mots ? 

 

AMJES : Alors, Rap 101, c'est nous, le rap. On est constitué du coup,  de plein de rappeurs. Je vais pas les compter sur les doigts, mais je crois qu'on est 8. Plusieurs beatmakers aussi, au moins 7, je pense. Et 2 vidéastes, je crois. Si je dis pas de bêtises, en tout on est 15, mais je crois qu'officiellement on est 14. Plein de mecs qui rappent. C'est des gars qui s'aimaient bien, qui aimaient bien faire de la musique. Et il fallait se rassembler sous un étendard. Du coup, on a créé Rap 101. Et là, c'est pas mal. Chacun sort un peu des projets. On essaie d'avancer, de faire un peu plus. De musique ensemble, C'est pas forcément facile parce qu'on est un peu à gauche à droite. Déjà tous ceux qui sont dans Bordeaux, c'est pas facile de se capter tout le temps. Parce que le travail ou les études, il y a des gars Angoulême, il y a un mec à Rennes. Mais ça avance bien, Bah là les gars, il y a Nemo et Kuzco qui sont allés au warm-up. Donc ça c'est top. Et Kuzco, je sais pas si j'ai le droit de le dire, quand la vidéo est sortie, bon il va être pris au RC de toute façon. Il va être pris au RC. Donc ça c'est trop bien.

 

LEOPOLD : Ça tombe bien que tu aies parlé du battle rap, parce que toi aussi tu fais du battle rap. T'as été au retour à la rue, t'as été également à Rafale. Session d'où te vient cet amour finalement, pour le battle rap ? Est-ce que t'as été bercé par les rap contendeurs ? 

 

AMJES : Ah ouais, j'aime bien les battle. J'en avais regardé quand j'étais plus petit. Pas énormément, mais j'en avais regardé. Je me souviens surtout de celui de Guizmo à l'ancienne contre Arongstrong, je crois il s'appelait le frérot. Et j'avais bien aimé. Bah, en fait, parce que c'était dans le rap, vraiment, en mode, je sais pas... ça rappelle le truc de base, le clash et j'aime bien, c'est stylé. Après, j'avais un peu laissé, et c'est quand j'ai recommencé à vraiment écrire, je suis retombé sur ça et je me suis dit : ok, il faut que je ponce un peu, parce que c'était très dur. C'est pas du rap -la musique. Mais ça reste du rap, dans l'écriture et tout. Et du coup, ça m'a aidé pour tout ce qui est déjà capter comment tu formes une... C'est bête, mais une multi, tu vois Une jolie rime à 3, 4, 5, 6 syllabes... Comment tu la formes ? La plus grosse phase, où est-ce que tu vas la placer Il y a une sorte de musicalité dans le truc. Donc ça, j'ai bien aimé. Et en fait, pour moi, c'est intrinsèquement lié au rap. Donc, en vrai, je pense que c'est intéressant de le faire, même si je vais dire peut-être une bêtise, mais il ne faut pas se perdre dedans, parce que tous les mecs qui deviennent très, très chaud en battle rap, ils n'ont plus le temps de faire du rap, parce que ça demande vraiment beaucoup d’efforts aussi le battle rap. Donc, voilà, mais là, j'aimerais bien essayer de pousser un peu plus le truc, parce que ça apporte toujours aussi de la visibilité dans la limite des stocks disponibles. C'est un peu la réalité dont je me suis rendu compte. Par exemple, j'aime bien battle, j'aime bien regarder mes potes battle, mais si c'est des gars que je connais pas trop, des gars super chauds, genre là, je regardais Voitec, R.E.S et j'étais en mode J'aime bien, mais vas-y, je préfère écouter de la musique. 

 

THEO : C’est vrai que c'est compliqué, aussi. Quand t'es rappeur et qu'à côté Tu fais des battle. En fait, à un moment donné il faut choisir. Tu vois, par exemple Alpha1, il a commencé par des battle, Il a fini par faire du rap pareil pour Guizmo. Il a complètement laissé tomber le truc à côté. Moi je me demande, est-ce que ça a quand même une plus-value quand t’écris, de faire des battle ? Parce que tu parlais en fait du fait que ça permet de construire aussi d'une manière différente ses phases. Ça permet aussi de pouvoir rapper différemment. Est-ce que t'as senti une évolution entre le moment où t'as commencé et là, par exemple ce que t'écris actuellement ou ce que tu produis aussi de ton côté 

 

AMJES : Alors là, au moment où on parle, j'écris beaucoup et tout est nul. Tout est vraiment très très nul, donc ça je espère que ça va passer. Par contre, ouais, les battle du coup au début, ça m'a aidé pour la structure et ça se liait. Enfin, il y a du bon à prendre partout de toute façon, mais ça se liait avec. J'allais dans les open mic, tu vois, et je regardais un peu les mecs plus chauds que moi. Je sais pas si vous connaissez Strait, Très chaud, c'est un rappeur de Bordeaux qui est vraiment bon. Qui a gagné des End of the week et tout, c'est stylé. Et oui, là, dans l'écriture des battle, le deuxième on a écrit avec Nemo. Et Nemo est très, très, très bon et très pointu sur tout ce qu'il fait. Et là, pour le coup, ça m'a fait passer un cap en mode OK, il faut qu'on aille sur ce niveau de précision vraiment. On laisse rien au hasard dans le battle qu’on écrit, et t’appliques ça à la musique aussi, dans les phases que t'écris, tu laisses rien au hasard. Tu vas jusqu'au bout du truc, le but c'est de laisser aucune rime qui a aucun sens, tu vois. Bon, après, t'es pas obligé que tout, ait du sens tout le temps, mais ouais, si quand même t'essayes de faire au maximum donc, oui, ça apporte, je pense sur la précision du truc, parce que quand t'es en battle, tu peux pas laisser une phase au hasard. Vu que le but c'est quand même de gagner face à ton adversaire, tu vois ? Il faut faire réagir les gens. Donc, tu peux pas laisser une phase toute bidon au milieu de ton truc, sinon tu perds des points. Donc, oui, je pense que ça apporte sur la rigueur. 

 

LÉOPOLD : Et pour revenir à Rap 101, Sur le projet, y'a deux feat avec Rayan, si je me trompe pas, et également avec Mattis avec le titre Lettre de Noblesse. Est-ce que c'est important qu'il y ait des feat dans tes projets pour montrer toute la galaxie Rap 101 ? 

 

AMJES : Je veux dire si là demain je fais un projet, et que dans le projet, y'a pas de feat. Bah, y'aura pas de feat dans le projet. Personne va m'en vouloir dans le groupe et moi je m'en voudrai pas. On marche comme ça. On est pas en mode : il faut absolument qu'il y ait un feat dessus. Si c'est là, c'est cool parce que ça fait plaisir, mais si y'en a pas, c’est pas le but. On veut quand même faire de la musique ensemble, c'est bien. Mais voilà, on s'en voudra pas pour ça. 

 

LEOPOLD : Est-ce que t'essaies déjà de te projeter sur d'autres projets à venir, un petit peu dans ta tête ? De construire ce que tu pourrais faire ? 

 

AMJES : Carrément, là pour être tout à fait honnête je vais faire un petit reset en vrai. J'ai l'impression qu'avec La Doctrine, je suis arrivé à un palier, où j'ai besoin de recommencer à zéro, quelque part. Je disais ça tout à l'heure : tout ce que j'écris, c'est nul. C'est plutôt qu’il y un niveau d'exigence qui est très différent d'avant. Et je comprends des trucs sur comment les choses fonctionnent : ta spontanéité quand t'écris, ta musique et tout... En fait, j'ai envie de recréer des nouveaux trucs. Donc là, je pense que je vais essayer de prendre une petite pause en vrai-de-vrai. Je vais prendre une pause, je vais continuer à écrire et tout, mais je pense, je vais rien sortir. Et on va essayer d’affiner, même sur l’image, de comment j'ai envie de me présenter au public. Essayer d'affiner ça et de revenir sur une base plus durable en fait. J'ai l'impression qu'il me manque un peu ça autant musicalement, que visuellement parlant. On va pas tout changer parce que ça reste moi. Ça reste nous avec les gars et tout. Mais dans la manière de faire les choses bah je pense, en vrai, ça va avec la vie. On grandit, on évolue. On change. Donc, forcément, ce serait bizarre que je reste dans une démarche qui est ancienne. 

 

Quand j'ai commencé à écrire La Doctrine, j'étais en mode : ça évolue, qu’est qui est bien ? Qu’est-ce qui l’est moins ? Mais qu'est-ce qu'il y a de bien quand même dedans ?Et qu'est-ce qu'on peut faire d'autre ? Et au final, c'est mieux. Je voyais ça comme La Doctrine Ou comment en sortir. Pourquoi j'ai ces schémas de pensée qui se répètent et  qu'est-ce que je fais pour faire pour fonctionner autrement ? C'était ça le processus mental. Et du coup, forcément, ça amène au changement.