mar. 2 juin 2026
ZS, entre regard social et récits intimes
Écrit par : Léopold Frouin, Lucie Dublanchet © Lucie Dublanchet Illustrations par Noémie Sulpin
Rencontré lors du Printemps de Bourges 2026, ZS fait partie de cette nouvelle génération d'artistes qui conjuguent introspection et regard sur la société. Originaire du Val-de-Marne, il défend une musique positive et sensible, portée par des sonorités lumineuses et une envie constante de donner du sens à ses récits. Quelques semaines après notre échange, il assurait la première partie de Tuerie à l'Olympia.
On retrouve dans ta musique des réflexions sur la société, mais aussi beaucoup de choses plus personnelles. Tu te livres assez librement dans tes textes : quelle place occupe cette dimension intime dans ton écriture ? Est-ce une façon de créer du lien avec ton public, ou d'abord un besoin personnel ?
Oui. Quand je fais de la musique, je ne peux pas faire du son juste pour faire du son. J'ai besoin de raconter quelque chose. Et forcément, comme je passe beaucoup de temps à me parler à moi-même, à me questionner, à douter, à me remettre en question, c'est ce qui finit par ressortir dans mes morceaux.
Le micro, c'est un outil incroyable pour ça. Ça permet de se décharger, de lâcher ce qu'on a sur le cœur. On peut déjà le faire sur le papier, mais le fait de le partager ensuite, c'est encore autre chose.
On a souvent l'impression d'être seul à penser certaines choses, alors qu'en réalité beaucoup de gens traversent les mêmes questionnements. Quand on met ça en musique et qu'on le partage, on se rend compte qu'on n'est pas seul. Et ça, c'est quelque chose que je trouve très fort.
En dehors de la musique, tu dessines énormément. Est-ce que cette passion t'accompagne depuis toujours, depuis que tu sais dire le mot « oui » ? Plus largement, quel lien entretiens-tu avec le dessin aujourd'hui ?
Bien avant ça ! Je dessine depuis que je suis petit. J'ai un grand frère qui dessinait super bien et, quand j'étais en primaire, mon rêve était de créer des animés. Puis, avec le temps, j'ai un peu laissé le dessin de côté.
Des années plus tard, en découvrant Samuel d'Émilie Tronche, j'ai eu un déclic. Je me suis dit : « Mais moi aussi, il faut que je fasse ça ! » J'ai essayé de la contacter, puis de trouver des animateurs pour m'accompagner dans ce type de projet, mais c'était beaucoup trop cher.
Alors je me suis lancé seul. Aujourd'hui, je dessine directement sur mon téléphone, avec mon doigt, et je raconte mes chansons à travers mes animations. Au final, je me suis retrouvé à faire de l'animation 2D parce que Samuel m'a donné envie de créer à mon tour.
Dans l'une de tes animations, tu te mets en scène dans une interview fictive avec Mehdi Maïzi pour À la régulière. Au-delà du clin d'œil, est-ce que cette séquence traduit une ambition particulière pour la suite de ton parcours ?
Oui, complètement. D'ailleurs, je devais sortir une deuxième partie de cette animation, mais je n'ai pas encore eu le temps de la terminer.
En fait, que ce soit Mehdi Maïzi, France Inter ou d'autres médias, j'aimerais vraiment pouvoir échanger avec toutes ces personnes-là. Avant même de faire de la musique, je regardais ces institutions avec beaucoup d'admiration en me disant : « Waouh, j'aimerais trop être là un jour. »
Quand on commence à faire du son, on a souvent envie d'accéder directement à ces espaces-là. Mais on te rappelle vite qu'il y a des étapes, qu'il faut d'abord franchir certains paliers. Alors je me suis dit : pourquoi attendre ? Comme l'animation me permet de représenter tout ce qui se passe dans ma tête, j'ai décidé de commencer à manifester ces envies, à planter des graines.
Ça ne m'a rien coûté : j'ai dessiné Mehdi Maïzi dans les bureaux d'À la régulière et, d'un coup, ça devenait presque réel. En plus, il a réagi à l'animation. C'est déjà un premier contact, et parfois ça fonctionne mieux qu'un simple message qui risque de ne jamais être lu.
Aujourd'hui, les médias se sont beaucoup diversifiés et les artistes sont parfois devenus leurs propres médias pour communiquer avec leur public. De ton côté, quels outils utilises-tu pour créer du lien avec ta communauté ? On pense évidemment à tes animations, mais y a-t-il d'autres formats ou moyens d'expression que tu apprécies particulièrement ?
Aujourd'hui, ce sont surtout les réseaux sociaux. C'est vrai que c'est une chance pour les artistes d'avoir leurs propres médias et de pouvoir s'adresser directement à leur public. Mais en même temps, je dois avouer que j'aurais adoré connaître l'époque où la télévision et la radio occupaient une place encore plus importante. J'avais ce rêve de passer dans certaines émissions ou sur certaines antennes, et je trouve ça un peu dommage que cet imaginaire-là se soit atténué.
Cela dit, les réseaux sociaux ont aussi un énorme avantage : ils nous permettent de garder le contrôle. Quand tu dépends d'un média ou d'une interview, tu peux parfois être mal compris ou te retrouver dans une situation qui ne te ressemble pas. Là, tu maîtrises ce que tu racontes et la manière dont tu le racontes.
Donc oui, aujourd'hui, mes principaux outils restent les réseaux sociaux. Mais j'aime aussi beaucoup aller à la rencontre des gens directement, dans la rue ou à la sortie des concerts, en faisant du main à main. C'est une façon plus directe et plus humaine de créer du lien.
Dans l'un de tes morceaux, tu racontes avoir eu un véritable déclic qui t'a poussé à te lancer sérieusement dans la musique après plusieurs années passées à travailler. Peux-tu nous raconter ce moment ? Si je ne me trompe pas, c'est quelque chose qui t'est arrivé sur le trajet pour aller au travail ?
Oui. À cette période, je découvrais beaucoup de choses, notamment les travaux de Pierre Bourdieu, la sociologie et l'anthropologie. Ça m'a amené à beaucoup observer les gens et leurs trajectoires.
Pendant longtemps, j'étais dans une forme de déni : je me disais que je ne travaillerais jamais, que je voulais uniquement faire de la musique. Sauf qu'à un moment, il faut bien financer ses projets, et donc gagner de l'argent. Tout le monde me répétait d'aller travailler, alors je me suis lancé.
En prenant le métro ou en allant au travail, je regardais les gens autour de moi. Je voyais les mêmes visages, les mêmes trajets, les mêmes habitudes, toujours aux mêmes heures. J'avais l'impression d'assister à une immense mécanique bien huilée. Et je me suis rendu compte que ce mode de vie ne me correspondait pas.
Un jour, en rentrant chez moi, j'ai écrit Métro, boulot, dodo. Ce morceau a été un véritable déclic. Il n'a pas explosé, mais il m'a permis de comprendre quelque chose d'essentiel : je respectais ce parcours, mais ce n'était pas le mien. Moi, ce que j'avais envie de faire, c'était raconter des histoires, écrire des chansons et faire de la musique. Alors j'ai démissionné.
Quand tu dis que ce mode de vie n'était pas fait pour toi, est-ce que ça veut dire que tu ne considères pas la musique comme un travail au sens classique du terme ? Quelle place elle occupe dans ta vie aujourd'hui ?
Oui, comme une passion. Après, ça peut aussi être un travail. Il y a un travail de sociologue, d'anthropologue, d'écrivain... En vrai, c'est un travail.
Mais moi, je le vois surtout comme un jeu. Oui, comme un jeu.
On parlait tout à l'heure de cette interview imaginée avec Mehdi Maïzi, qui était une façon de matérialiser certaines ambitions. Dans FGO, tu évoques aussi un autre objectif, cette fois plus musical : jouer un jour à l'Olympia. Quelle place occupe ce rêve dans ton parcours aujourd'hui ?
Oui, vraiment. Aujourd'hui, mon objectif le plus proche, c'est l'Olympia.
Pour moi, c'est un lieu incroyable. Rien que les lettres rouges sur la façade... Le jour où elles affichent ton nom, tout le monde sait que c'est toi. Il y a quelque chose de très fort là-dedans.
J'y vais souvent, que ce soit pour passer devant ou pour assister à des concerts. Quand je regarde un artiste sur scène, il m'arrive de cligner des yeux et de m'imaginer à sa place. Je fais aussi ce que j'appelle des « scans » : j'observe la salle, les lumières, les angles de vue, l'ambiance. J'essaie d'enregistrer un maximum de choses pour pouvoir les revoir plus tard.
Ça peut paraître étrange, mais avant de dormir, je ferme parfois les yeux et je me projette à l'Olympia. C'est très sérieux. Et je trouve que ça fonctionne vraiment. Le jour où j'y jouerai, j'aurai déjà des repères. Je saurai où l'on voit le mieux la scène, où le son résonne le mieux... J'aurai déjà vécu une partie de ce moment dans ma tête.
On retrouve beaucoup d'univers différents dans ta musique, que ce soit dans les textes, les animations ou les références que tu mobilises. Comment est-ce que tu articules tout ça, notamment dans une setlist ? Et de manière plus générale, qu'est-ce qui nourrit ton imaginaire et ton travail artistique ?
Au FGO-Barbara, j'ai la chance d'être accompagné par des professionnels incroyables. Il y a notamment Virginia, qui travaille sur la présence scénique. Comme je n'avais aucune expérience dans ce domaine, elle m'a appris à penser une setlist comme un film.
L'idée, c'est de raconter une histoire. À partir de là, les morceaux prennent une autre dimension : un titre que l'on pensait triste peut devenir lumineux selon l'endroit où il se trouve dans le récit.
Pour ce concert, j'ai donc imaginé une histoire. Celle d'un homme qui vient de perdre son emploi, qui vient de perdre sa femme et qui replonge dans l'alcool. Face à ses rêves, il se retrouve paralysé, incapable d'agir ou de faire de la musique. Puis, au fil du spectacle, il comprend que ce drame est peut-être la meilleure chose qui pouvait lui arriver. C'est ce parcours-là que raconte la setlist.
Quand on pense à des objectifs comme l'Olympia, on imagine aussi des projets d'envergure : un EP, une mixtape, un album... Cela fait maintenant un peu plus d'un an et demi que tu publies de la musique sur les plateformes, et on a le sentiment qu'il se prépare quelque chose. Ta présence aux Inouïs du Printemps de Bourges constitue aussi une étape importante. Qu'est-ce que tu peux nous dire de la suite et de tes projets à venir ?
L'avenir, c'est beaucoup de travail. Les Inouïs, c'est une super expérience, mais pour moi, c'est presque comme un congé studio : dès que je rentre, je retourne travailler.
Si j'ai pris un peu de temps avant de sortir de nouveaux morceaux, c'est parce que je suis en train de rencontrer des personnes capables de m'aider à faire la musique que j'ai envie de faire. Jusqu'à présent, je travaillais seul, dans ma chambre. Aujourd'hui, j'ai envie de passer un cap.
Je ne cherche pas à changer ma manière d'écrire ou de créer. En revanche, j'aimerais que la forme finale soit la plus aboutie possible et qu'elle puisse traverser le temps. Du coup, je suis dans une phase de recherche : je teste, je rencontre des musiciens, des ingénieurs du son, j'expérimente différentes façons de travailler.
Là, je suis vraiment en pleine préparation. J'espère que tout sera prêt le plus vite possible, mais si tout se passe bien, j'aimerais pouvoir sortir quelque chose à la rentrée.
On a beaucoup aimé Le mot oui, qui fait d'ailleurs partie de nos morceaux préférés. À la fin du clip, il y a cette séquence assez marquante où tu sautes. C'est une image qui nous a interpellés : est-ce qu'il y avait une symbolique particulière derrière ce geste ?
On y a vu l'idée d'une rupture ou d'un passage vers autre chose, peut-être la fin d'une période de vie et le début d'une nouvelle. Est-ce que c'était quelque chose de cet ordre-là ?
Oui, et d'ailleurs je parle aussi de cette idée dans Je veux sauter. Mais il ne s'agit pas du tout de se donner la mort. Au contraire.
Bien sûr, il y a peut-être l'idée de laisser mourir une ancienne version de soi pour en faire naître une nouvelle. Mais pour moi, le saut représente surtout un mouvement vers le haut. Quand on pense à sauter, on imagine souvent quelqu'un qui tombe. Moi, je pense plutôt à quelqu'un qui s'élève, qui rejoint ses rêves, les étoiles, quelque chose de plus grand.
Et puis il y a aussi cette idée de dépasser les obstacles. Quand je sature ou que je n'ai pas envie d'affronter un problème de front, j'ai parfois envie de passer au-dessus. Le saut représente aussi ça : prendre de l'élan pour franchir ce qui nous bloque.
Au fond, quand je saute, je ne vois pas le vide. Je me dis qu'il y a un trampoline, un parachute, quelque chose qui va me permettre de rebondir. C'est sans doute pour ça que cette image revient souvent dans ce que je fais.
J'avais envie de revenir sur le contexte de cette rencontre. Tu vis cette semaine au milieu de beaucoup d'artistes, dans le cadre des Inouïs du Printemps de Bourges. Qu'est-ce que ça représente pour toi de partager cette aventure avec eux ? Est-ce qu'il y a déjà des rencontres qui t'ont marqué ou des collaborations que tu aimerais voir naître ?
Les Inouïs m'ont surtout apporté une véritable ouverture musicale. J'en avais déjà une, bien sûr, mais elle restait limitée. Je viens d'un univers très marqué par le rap, et même si ma musique est assez large dans ses influences, il y avait encore beaucoup de choses que je connaissais peu.
Cette semaine, j'ai découvert des univers que je fréquente rarement, notamment le rock ou l'électro. Par exemple, je n'étais jamais allé à un concert de rock de ma propre initiative. Ça m'a permis d'élargir mon regard et de nourrir mon imaginaire.
Il y a aussi énormément d'artistes avec lesquels j'aimerais collaborer un jour. Je pense notamment à Tessina, Cutting Corner, Sahéli, Steve Brahim ou encore Moera June. Ce sont des rencontres qui m'ont marqué.
Je sais que ces collaborations ne se feront peut-être pas tout de suite, mais la prise de contact est faite. Et surtout, cette expérience me donne envie d'aller voir ailleurs. Demain, si je me retrouve à un concert de rock ou d'électro, j'irai avec plaisir, parce que tout ça me nourrit. Au fond, ça reste de la musique, et je suis convaincu qu'on peut apprendre de chaque univers.
Pour conclure, on a beaucoup parlé de toutes les influences qui nourrissent ton travail, bien au-delà du rap. Aujourd'hui, est-ce que tu te définis encore comme un rappeur ou plutôt comme un artiste qui navigue librement entre plusieurs genres musicaux ?
Et justement, est-ce que cette ouverture est quelque chose que l'on retrouvera dans les projets que tu prépares pour la rentrée ?
Je rappe sur certains morceaux, bien sûr, mais je ne peux pas me limiter à l'étiquette de rappeur. Ce qui m'intéresse avant tout, c'est la musique.
Au fond, je pose sur des sonorités. Demain, si une instrumentation rock, électro ou issue d'un autre univers me parle, je vais avoir envie d'écrire dessus. Ma manière de raconter, ma manière de poser restera la même ; c'est surtout l'environnement sonore qui change.
Je ne réfléchis pas les choses en termes de genres musicaux. Si une sonorité m'inspire et que j'ai quelque chose à raconter dessus, alors j'y vais. C'est quelque chose qui se fait très naturellement chez moi.
ZS - Playlist
Métro Boulot Dodo
LE MOT OUI
JE VEUX SAUTER
LE RESPECT
FGO
jeu. 24 sept. 2026
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