Un grand pouvoir implique des dinosaures : Jurassic League | TACK

2023-12-19

Un grand pouvoir implique des dinosaures : Jurassic League

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Dans ce comics de Daniel Warren Johnson et Juan Gedeon, des dinosaures endossent les costumes emblématiques de la Justice League pour vivre une aventure épique.

 

De nombreuses œuvres offrent un pastiche aux icônes de la littérature super-héroïque, à l’instar de The Boys de Garth Ennis, ou Captain Biceps dans un autre registre. Cependant, les propriétés intellectuelles sont rarement détournées par leurs ayants-droits et les propositions parodiant les figures majeures des comics restent souvent confidentielles, témoignant du manque de dérision des grandes industries de la culture populaire. Pour DC Comics, quelques exceptions notables existent, comme la série télévisée Teen Titans Go! ou les films d’animation Lego Batman.

 

Jurassic League apparaît alors comme un OVNI, une création décomplexée et absurde où les personnages incontournables de la Justice League sont incarnés par des dinosaures anthropomorphes. Ce synopsis improbable est livré par l’auteur Daniel Warren Johnson, sur une idée originale de l’illustrateur Juan Gedeon. Derrière ce concept, le duo a pour volonté de rendre hommage aux dessins-animés des années 90 ayant des protagonistes mi-humains mi-animaux, comme les Tortues Ninjas ou Street Sharks.

 

Un peu trop fossile

 

L’histoire de Jurassic League démarre dans la pure tradition d’une origin story, un nourrisson échappant à la destruction de sa planète natale atterrit sur Terre, où il est élevé par des parents humains. L’enfant n’est autre qu’un brachiosaure nommé Supersaure. À partir de ce simple twist révélé dès la première planche, l’œuvre enchaîne les détournements avec un ton résolument parodique assumé dès le départ. Lecteurs et lectrices sont ainsi amené.e.s à rencontrer Batsaure, un allosaure à la cape de chauve-souris. Avec Wonderdon, une styracosaurus armée de son lasso et chevauchant son ptérodactyle invisible, le groupe forme une trinité héroïque, à laquelle s’ajoute une galerie de vengeurs masqués formant les justiciers du crétacé. Si Marvel avait déjà imaginé une ré-interprétation stonepunk de ses protagonistes avec Avengers 1, 000, 000 B.C. sorti en 2022, Jurassic League va encore plus loin dans son adaptation, comme l’expliquent les deux créateurs au cours d’une interview pour le média CBR : “Lorsque l’on travaille sur un Batman ou un Superman, il existe une tonne de livres à utiliser comme référence, mais ce projet était complètement nouveau. L’un des plus grands défis fût la gestion des dialogues. La rédaction s’est d’abord effectuée comme un épisode classique de la Justice League, d’une manière assez instinctive. Puis, nous avons dû simplifier l’écriture, pour faire parler ces personnages comme des dinosaures.”

 

Le scénario, mené par Daniel Warren Johnson, s’amuse avec les codes des comics. Des jeux de mots bien sentis et des références aux super-héros classiques ponctuent cette aventure préhistorique. L’aspect parodique s’estompe au fur et à mesure du récit pour proposer une véritable épopée, où les super-dinosaures déjouent les sinistres machinations de Darkyloseid. Cependant, derrière ce concept alléchant se cache une réalité mitigée. Si certaines idées sont plutôt bonnes et prêtent à sourire, l’histoire n’atteint pas la profondeur espérée. Daniel Warren Johnson, habitué à des œuvres plus approfondies, a choisi ici de privilégier le spectacle divertissant au détriment d’une réflexion plus poussée sur les personnages, leurs motivations, ou des thèmes potentiellement riches. Malgré ce manque de subtilité, le traitement du brachiosaure-Superman reçoit un certain investissement, témoignant de l’amour de l’auteur pour cette icône, déjà démontré dans son segment dédié de Superman Red & Blue.

 

Vous voyez le raptor ?

 

Graphiquement, Juan Gedeon élabore des dessins vibrants et colorés, ses planches dynamiques captent l’essence de ce monde déjanté. Le style de l’illustrateur assure une atmosphère délirante et frénétique, collant parfaitement à l’esprit du scénario. Le chara-design des super-héros adaptés à la sauce Mésozoïque propose une réelle cohérence dans le choix du dinosaure vis à vis de son pouvoir. Flash, qui peut se mouvoir à la vitesse de la lumière, devient ainsi un vélociraptor ; Aquaman apparaît sous les traits d’un Baryonyx, un dinosaure à tête de crocodile, rappelant visuellement l’aspect marin inhérent au justicier. Juan Gedeon reprend une partie du travail de composition inspiré du travail de mise en case de Daniel Warren Johnson. Cette attention particulière se ressent par le découpage offrant de courtes pauses dans ce récit frénétique avec d’immenses illustrations et des splash-pages hyper-détaillées, qui permettent d’apprécier les séquences d’action et les poses héroïques. L’hommage est également appuyé dans le style graphique des onomatopées et des bulles qui dispose d’un soin tout particulier pour caractériser les dialogues et densifier le rythme. Tous ces éléments démontrent qu’il s’agit d’une création imaginée à quatre mains. Cependant, les dessins de Juan Gedeon disposent d’arrière-plans trop peu fournis, ce manque de détail peut parfois nuire à l’immersion. Un autre défaut survient lors de l’intervention du dessinateur Rafa Garres dans le milieu de l’œuvre, qui peut surprendre avec un changement visuel notable par son aspect brouillon et très texturé. Le style old school de l’artiste espagnol s’impose le temps d’un chapitre, et manque d’harmonisation avec le reste du roman. L’ensemble du comics n’en reste pas moins une découverte plaisante et légère, dont la conclusion suggère une potentielle suite pour de futures aventures préhistoriques.

 

Même s’il manque parfois de mordant, Jurassic League est un cocktail détonnant et une lecture divertissante pour les fans de super-héros et de dinosaures.