2023-11-01
Spartacus : un mythe à travers les siècles
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La période antique a toujours fasciné les plus grands artistes de notre Monde. Dès le début du XXe siècle, le cinéma s’est emparé de cette période pour délivrer des films grandioses, véritables marqueurs du 7e art. De La Chute de Troie (1910) de Giovanni Pastrone à 300 (2006) de Zack Snyder, on ne compte plus les métrages ayant épousé l’époque. Parmi toutes ces œuvres, un personnage mythique a traversé les décennies, dans des adaptations toujours plus monumentales. Son nom : Spartacus. Embarquez avec Tack dans ce voyage dans l’Antiquité, à la découverte du récit du Gladiateur rebelle.
Une figure guerrière et christique
La légende Spartacus a inspiré les plus grands réalisateurs au fil des décennies. Il faut dire que son histoire est des plus captivantes ; Spartacus serait à l’origine avec les esclaves gaulois Crixus, Gannicus, Castus et Œnomaüs de la troisième guerre servile (aussi appelée « Guerre des Gladiateurs ») contre la Républicaine romaine, entre 73 et 71 avant J.-C. Figure héroïque, guerrière, bestiale, le destin de Spartacus captive par sa teneur tragique. Dès 1909, une adaptation de la vie du révolté sera réalisée, par Oreste Gherardi, avant d’atteindre son point culminant en 1960, avec la version de Stanley Kubrick. Porté par un Kirk Douglas au sommet de son art, ce péplum de trois heures est un classique du genre, récompensé par 4 Oscars. Loin du « tout numérique » de l’industrie d’aujourd’hui, Spartacus embrasse les décors réels afin de revêtir une dimension spectaculaire. Certaines scènes ont marqué au fer rouge l’histoire du cinéma, comme lorsque les prisonniers se lèvent les uns après les autres pour crier « Je suis Spartacus ! ». Frissons garantis. Les scènes de combat offrent des moments épiques, avec des corps maculés de sang par les affrontements entre combattants. Par sa violence et ses démonstrations « choquantes », le film sera censuré à sa sortie, avant que ces scènes soient réintégrées dans sa restauration de 1991. Et puis, comment ne pas évoquer ce final déchirant, où la naissance d’un enfant côtoie la mort d’un homme. Varinia parle à Spartacus, crucifié et condamné, son enfant dans les bras. Elle s’éloigne et prononce au loin : « Au revoir mon amour, ma vie. » Frissons à nouveau garantis.
Après le grand, le petit écran
Après d’autres adaptations, plus ou moins convaincantes, la figure Spartacus revient sur le devant de la scène dans un nouveau format : la série télévisée. Diffusée en 2010 sur la chaîne Starz, cette nouvelle adaptation propose une histoire crue, sans détour, digne héritière des films d’antan. Interdit au moins de 17 ans aux Etats-Unis, Spartacus délivre un récit où violence, sang et sexe rythment les épisodes. Trois saisons appelées « Le sang des Gladiateurs », « Vengeance » et « La Guerre des damnés » seront diffusées jusqu’en 2013 pour le plus grand plaisir des spectateurs. Un préquel, se plaçant entre la première et la deuxième saison, nommé « Les Dieux de l’Arène » sera également diffusé. Moins monumental, mais tout aussi marquant, le nouveau Spartacus offre des moments chocs, comme ce carnage jouissif à la fin de la saison deux. Différent à bien des égards, le Spartacus du XXIe siècle brille par son esthétique, sa franchise, son affranchissement des adaptations passées. Une version brutale, mais toujours impressionnante et addictive.
De l’Histoire au mythe
Spartacus en roman, au cinéma, en série télé, au théâtre… Les versions se succèdent mais une question se pose : l’histoire du conquérant rebelle est-elle vraie ?
Il y a des personnages dont le destin fascine, et Spartacus en fait partie. C’est un héros qui a embrasé l’Antiquité, période sujette à l’imaginaire car éloignée de notre civilisation. Justement, Spartacus ne serait pas tant un héros de l’Histoire, qu’un mythe, bâti par les romains eux-mêmes, afin de cacher leurs défaites militaires : être vaincu par un héros « légendaire » permettait d’adoucir les échecs successifs. Claude Aziza, écrit dans Spartacus ou la gloire dérobée : « Bref, dans l’Antiquité, on considère ce rebelle comme le meneur d’une guerre d’esclaves, sans but politique défini. On est à mille lieues de l’adversaire de Rome, du libérateur d’un monde qu’elle a asservi, du prophète d’une nouvelle société plus humaine et plus juste – valeurs que Spartacus incarne, en revanche, dès 1760. » Pour autant, Jean-Noël Castorio, maître de conférences en histoire ancienne à l’Université du Havre se montre, quant à lui (et ce n’est pas le seul), catégorique quant à la véracité du récit. Quitte à croire qu’une troupe d’esclaves, menée par un chef de guerre, a mis en échec un Empire entier ? L’Etat le plus puissant du Monde ?
La succession d’adaptations, sur papier, sur grand et petit écran, sur scène, va achever de bâtir la mythologie du Gladiateur. Spartacus est juste, libre, affranchi. Il est un symbole, une idée, un contre-pouvoir. C’est un tout. Plus une histoire est racontée, plus son mythe s’inscrit dans le temps : Spartacus en est la preuve. Et tant que ses adaptations continueront, son mythe (ou son récit) perdurera.