Rien ne vaut une petite maison à la campagne | TACK

2024-03-01

Rien ne vaut une petite maison à la campagne

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Ils passent de village en village pour atteindre les villes. Ils passent, et ne regardent pas vraiment. Il est vrai qu’il suffit de suivre la route tracée sur l’écran du GPS, de surveiller la circulation et les piétons. Entre deux villages, c’est la plaine, les maisons en briques rénovées ou à l’abandon qui remplacent le paysage. A l’horizon, ils roulent et accélèrent. Et dans leur course, le moteur fait un bruit qui surpasse celui du vent. Mais bientôt, la voiture est passée. On l’a simplement aperçue. Elle est passée sans même prendre le temps de s’arrêter ou rien que de regarder. Dans la plaine, le chasseur s’enfonce loin des routes de béton, et le gibier peut baisser sa garde. 

 

Le couple de paysans passe ses journées à l’extérieur. Des journées trop souvent plus longues que ce que la plupart des gens s’imagine. Alors qu’il travaille sans regarder sa montre, ses manches remontées empêchent les rayons du soleil d’atteindre ses épaules. Et quand la saison est terminée, souvent le contraste avec le reste de ses bras fait rire ses petits-enfants aux bras tout blancs. A quelques kilomètres de là, le fils du paysan est parti construire sa vie dans un lotissement tout neuf. La ferme, c’est bien trop d’investissement pour lui. Il a vu ses parents s’endetter, a pris peur. Mais il oublie parfois de réaliser, que lui-même a encore vingt ans à rembourser depuis qu’il a fait construire sa maison. Il n’habite cependant pas la grande ville, du moins pas encore.

 

L’agriculteur habite, lui, dans une jolie maison à l’entrée de la ferme. La cour autour est grande. Au fond, les hangars protègent de la pluie les engins, et les silos sont enfin remplis. Plus loin encore, passé un tas de cendres, la forêt s’annonce où poussent continuellement de nouveaux arbrisseaux. Quelque part, la tronçonneuse hurle en hâte. Quand l’hiver vient, il fait certes froid et le stock de bûches disparaît toujours plus vite que prévu, en cendre dans les cheminées. Mais l’épais brouillard qui s’installe tôt le matin dans les champs, réveille le coq et donne à l’horizon son charme éphémère et mystérieux, est le signe que l’année est sur le point de se renouveler.

 

Rien ne vaut, pour un enfant du pays, une petite maison à la campagne. Rien ne vaut de s’enraciner jusqu’à soulever la terre. Une petite maison à la campagne fait partie intégrante du paysage, si bien qu’on ne la voit plus. Une barque fragile dans un océan à la houle d’or, elle s’efface dans l’inconscient des passagers d’une voiture passant par là. Les arbres, ces créatures marines qui s’allient pour former les haies bocagères, défendent un territoire vulnérable. La vie est dure loin des grands magasins, il faut sans cesse se réinventer, défendre son identité, faire avec les solutions que proposent généreusement les investisseurs. Les villages petit à petit se transforment en ville. Bientôt, il n’y aura plus aucun silence qui permette au paysan de prendre le temps d’écouter le vent.